En Australie, 150 villages aborigènes sont menacés de fermeture

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En Australie, le premier ministre Tony Abbott a provoqué les foudres de la communauté Aborigène en annonçant être favorable à la fermeture de 150 villages de l’État de l’Australie Occidentale, arguant ne plus vouloir financer le « choix de vie » des Aborigènes.

Trop chers pour le contribuable

« Non viables ». Voilà ce qu’à affirmé Tony Abbott, le premier ministre australien, à propos des 150 plus petits villages aborigènes de l’Australie Occidentale. La semaine dernière, le chef du gouvernement a déclaré vouloir fermer ces communautés pour renflouer les caisses de l’État. Leur tort ? Elles coûtent trop cher en eau, électricité, éducation, santé et logement, pour peu de résultats sociaux positifs. Toujours selon Tony Abbott:

Nous ne pouvons pas éternellement subventionner des choix de vie si ces choix de vie ne permettent pas [à leurs bénéficiaires] de participer pleinement à la société australienne.

Le ministre libéral conservateur avait pourtant fait part fin décembre de sa volonté de « suer sang et eau » pour la reconnaissance de la communauté Aborigène dans la Constitution. Mieux encore, il avait décidé d’installer son bureau une semaine par an au sein de la communauté.

Aujourd’hui, ces régions reculées et isolées de l’Australie Occidentale enregistrent un taux élevé de chômage et sont très dépendantes des subventions de l’État. Face à la fermeture de ces villages, la communauté Aborigène redoute un renforcement des inégalités.

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© Rusty Stewart – Remote Education, Terre d’Arnhem Land, Australie

Un mode de vie de plusieurs millénaires

Les propos du premier ministre ont provoqué un tollé parmi la communauté Aborigène qui non seulement dénonce la fermeture de ces villages mais aussi l’utilisation du terme « choix de vie » au lieu de « mode de vie ».

Vivre dans des villages reculés n’est pas une question de choix, c’est l’essence même de la culture aborigène, qui implique une connexion profonde avec la terre où l’on naît, où l’on vit, avec laquelle un lien spirituel ineffable s’est créé », explique Tammy Solonec, responsable de la cause indigène pour Amnesty International.

Offusquée, la communauté accuse Tony Abbott d’ignorance et de mépris envers leur culture.

Femme chassant le varan - © Flickr

Femme chassant le varan – © Flickr

Présent sur le territoire depuis 40 000 ans, le plus ancien peuple de l’humanité (hors Afrique) a vu son mode de vie fortement mis à l’épreuve, nombre de ses villages détruits et des populations décimées.

Avant l’arrivée des colons européens en 1788, la population des Aborigènes d’Australie et des îles du Détroit de Torrès s’élevait à 1 million d’habitants. Aujourd’hui, on estime que 669 000 Aborigènes vivent sur le pays-continent, soit 3% de la population.

La fermeture de ces villages serait un nouveau coup dur pour les Aborigènes, leur terre étant l’essence même de leur culture et de leur spiritualité, indispensable pour vivre dans le respect de leur mode de vie.

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© Wikipedia – Le massacre de Slaughterhouse Creek, 1838

1 309 personnes délogées

Paria dans son propre pays, la communauté qui était considérée par la Constitution comme faisant partie de la faune jusqu’en 1970 est descendue dans la rue jeudi pour manifester contre les propos de Tony Abbott. Politique d’assimilation, génération volée, génocide… la communauté Aborigène a eu son lot de mesures racistes et discriminantes depuis plus de deux cents ans.

Selon un recensement de 2011, 69 665 Aborigènes résident en Australie Occidentale, dont 1 309 dans les villages menacés par la fermeture.

Analphabétisme, alcoolisme, taux d’incarcération et de suicide élevés, espérance de vie faible, les problèmes sociaux des Aborigènes sont réels, que ce soit dans les villages ou en ville. Et si les politiques du passé à l’égard de la communauté ont déjà fait de gros dégâts, la fermeture des villages n’arrangerait rien. Car délogés, les habitants se tourneraient vers d’autres villes, et sans logement ni travail, cette décision ne ferait que déplacer le problème.

A still from the film 'Samson and Delilah'.

© Warwick Thornton – Samson & Delilah

Au sein même du gouvernement, les propos de Tony Abbott choquent et sont vivement dénoncés. Face aux protestations, le premier ministre a voulu mettre un terme à la polémique : « Il est terriblement difficile pour les enfants d’aller à l’école s’ils ne sont qu’une demi-douzaine, on ne trouve pas d’enseignants désirant travailler là-bas » et « Il est également très compliqué pour un adulte de trouver un job s’il n’y a pas de travail à des centaines de kilomètres à la ronde. Il faut être un peu réaliste« . Des propos bien loin d’apaiser la colère de la communauté Aborigène, on peut l’imaginer.

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Noémi Capell

Auteure passionnée à la plume tenace et à l'appétit vorace pour les idées qui claquent.

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