Pourquoi la condition de la femme japonaise fait tant parler

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Souvent dépeintes comme les pantins de la société, la condition des femmes au Japon suscite un grand intérêt. Comment la femme japonaise se situe-t-elle par rapport à l’image de la femme moderne ? Entre l’histoire du pays, codes culturels et interprétation, voire surinterprétation, gros plan sur certains aspects de la vie d’une nippone d’aujourd’hui.

Le travail, au centre du débat

A l’occasion de la journée de la femme, le 8 mars dernier, a permis de remettre sur le devant de la scène la condition de la femme à travers le monde. Une étude, publiée dans le journal The Economist, met en lumière la place accordée à la femme, dans son environnement professionnel. Le graphique révèle donc un Japon à l’avant-dernière place du classement. On y apprend qu’à peine 26 femmes sur 100 sont considérées au travail comme l’égal de l’homme. Score le plus bas de l’étude.

Au Japon, certains emplois sont considérés comme « féminins ». Autrement dit, au Japon, le clivage hommes/femmes au travail est assumé. Les métiers en questions sont particulièrement ceux de réceptionniste, secrétaire médicale, hôtesse de caisse, mais aussi tous les métiers de l’assistanat, tous secteurs confondus. Un assistant sera rarement un homme (mais là encore, le Japon n’est pas un cas isolé).

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La grande différence réside dans le fait qu’à niveau d’études égal, la femme se voit occuper des postes inférieurs à ceux de leurs collègues masculins. La situation peut, à certains égards, sembler rétrograde ; on se rapproche d’une époque où la femme n’avait pas ou peu de perspectives d’évolutions dans sa société, dû à une éventuelle-future-grossesse. Il est vrai que l’une des raisons les plus évoquées pour expliquer la situation des femmes au travail est le manque de places en crèche. En comparaison, aux Etats Unis ou en France, une femme n’a pas à se soucier de son retour au travail après son congé maternité, particulièrement si cette dernière occupe son poste depuis un certain temps dans une grande entreprise. Sa place et ses dossiers lui seront gardés au chaud.

Même s’il n’est pas si rare de trouver des femmes haut placées dans certaines entreprises, ces dernières sont souvent découragées par les promesses d’évolutions au sein de la société non tenues. Aussi, pour les japonais dont les femmes restent au foyer, les rôles sont distribués différemment. Si l’homme travaille et apporte l’argent au sein du foyer, c’est son épouse qui a la main mise sur la gestion du budget.

Des mœurs ancrés dans la culture japonaise

Il semble en effet que bien des individus nippons déplorent cette situation. Seulement, il n’est pas dans leur culture de remettre en cause le fonctionnement d’une entreprise. De plus, les japonaises, tout comme les hommes, aspirent à de belles carrières, sont de plus en plus nombreuses à faire de longues études. Il y a une réelle volonté de leur part de se sortir de ce schéma. Ce n’est pas un problème sociétal, mais plus un problème politique.

Ministre Shinzo Ab

Le premier Ministre Shinzo Ab – © Flickr

Le premier Ministre Shinzo Abe a même fait de l’intégration des femmes l’une de ses priorités. En 2013, il exprimait son souhait d’intégrer plus de femmes sur le marché du travail. Cela semble encourageant, surtout de la part d’un homme aux idées conservatrices. Concrètement, il entend d’ici 2020, voir 30% de femmes occuper des postes d’encadrement, contre 12% en 2013. Soudaine prise de conscience ? Pas exactement. En réalité, des raisons économiques se cachent derrière cet élan de modernité. En effet, la campagne « Womenomics »* a pour but de « sauver » l’économie du pays, en « cessant de gaspiller autant de main d’œuvre ».

Prudence, donc. S’il est vrai, chiffres à l’appui, que la femme n’est pas l’égale de l’homme au Japon, la tendance tend à s’inverser, avec les jeunes générations. C’est un sujet souvent épineux, qui suscite de nombreuses interprétations, de nombreuses prises de positions, féministes ou non. Il y a pourtant énormément de paramètres à prendre en considération : la culture du pays, les standards, qui ne sont pas les mêmes partout.

Cependant, la situation au Japon n’est ni une question d’hommes, ni une question de femmes, mais plus une question de gouvernement, et de culture. Malgré tout, des mesures pour rétablir un certain équilibre sont prises, et la tendance risque bien, sinon de s’inverser, de s’harmoniser dans les années à venir.

*Womenomics est une campagne mise en place par le premier ministre japonais, visant à intégrer et donner une place aux femmes sur le marché du travail, considérant que la situation actuelle est un « gaspillage de main d’œuvre ».

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Melissandre Briansoulet

Titulaire d'un diplôme européen d'études en journalisme, je suis touche à tout, mais je m'intéresse tout particulièrement aux thématiques culturelles.

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