Affaire Petrobras : Comment la corruption gangrène la politique au Brésil

Le Brésil est actuellement traversé par une gigantesque affaire de corruption impliquant la compagnie pétrolière Petrobras. Plus d’un million et demi de personnes sont descendues dimanche dans les rues pour réclamer la démission de Dilma Roussef. C’est que l’actuelle présidente était ministre de l’Énergie à l’époque où ce scandale se déroulait…

Un système de corruption lié à la compagnie Petrobras

Après avoir mis la main sur des organisations criminelles soupçonnées de blanchiment d’argent, les services fédéraux brésiliens tombent en mars 2014 sur un réseau de malversation tentaculaire impliquant politiques et élites économiques. Les principaux groupes de BTP travaillant avec le géant public Petrobras s’arrangeaient pour se répartir les chantiers et surfacturer l’ensemble des marchés publics qu’ils avaient obtenus.

Ces surplus d’argent étaient ensuite distribués à des personnalités de l’entreprise et des élus, en échange de leur soutien au gouvernement. Le scandale aurait commencé vers 2003. Pour chaque contrat, une commission de 1 à 3% du montant total du contrat aurait été reversée.  En dix ans, le Parti des travailleurs de Dilma Roussef aurait reçu, à ce titre, entre 150 et 200 millions de dollars, sur le dos du contribuable brésilien. Des montants qui feraient presque passer pour de la broutille l’affaire Bygmalion en France…

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© Photo Vanderlei Almeida – AFP.

Le procureur général a dressé une liste de 54 noms sur laquelle figurent 12 sénateurs et 12 députés, accusés d’avoir directement touché des pots de vin. On y trouve essentiellement des représentants des trois partis de la coalition au pouvoir : le Parti des travailleurs (PT), le Parti du mouvement démocrate brésilien (PMDB) et le parti progressiste (PP).

Les présidents du Sénat, Renan Calheiros, et de la chambre des députés, Eduardo Cunha, font également partie de cette liste. Il s’agit d’un véritable tremblement de terre pour toute la classe politique brésilienne. L’actuelle présidente est quant à elle mise en cause pour avoir présidé le conseil d’administration de Petrobras en tant que ministre de l’Énergie entre 2003 et 2005. Même si d’aucuns l’accusent de s’être servi de cet argent pour financer sa campagne électorale de 2010, les preuves concrètes de sa participation ou de la couverture du scandale restent à apporter.

La corruption, un sport national au Brésil

Dans un pays où la corruption règne en maître, ce scandale n’est peut-être que l’arbre qui cache la forêt, comme le soutient Paulo Roberto Costa, l’ancien directeur de Petrobras. « Ce qui s’est passé au sein de Petrobras se passe dans tout le Brésil. Pour les routes, les chemins de fer, les ports, les aéroports, les barrages, cela se passe dans tout le Brésil ; il suffit de se renseigner ». Le versement de ces pots de vin s’explique très largement par la collusion entre l’élite politique et une partie de l’élite économique du pays qui se couvrent mutuellement. La corruption s’est d’ailleurs plus ou moins institutionnalisée quand Lula est devenu président, à partir de 2004.

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Lula da Silva, ancien président du Brésil – © Flickr.

On arrive pas à la direction de Petrobras sans soutien politique. Aucun parti ne donne son soutien simplement pour les beaux yeux du candidat ou pour ses capacités. Il y a toujours quelque chose à payer en retour .

Tous les partis politiques profitent de ce système et les Brésiliens eux-mêmes continuent de se montrer indulgents à l’égard de la corruption. Plus qu’une véritable prise de conscience, les manifestations de dimanche étaient surtout l’occasion pour l’opposition d’utiliser le scandale pour déstabiliser le pouvoir.

Les enjeux de l’affaire Petrobras

Si la coalition gouvernementale est déstabilisée, Dilma Roussef tient à préserver son image d’incorruptible. La présidente martèle que l’enquête peut changer le Brésil en permettant d’en finir avec l’impunité qui prévalait jusque-là. Mais les peines prononcées seront-elles suffisamment lourdes pour être vraiment dissuasives ? L’ONG Transparency International, souligne l’urgence d’une réforme du financement des campagnes électorales pour mettre fin à certaines pratiques.

Le scandale a certes renforcé le mécontentement d’une partie de la population, mais c’est bien sur le terrain économique et social que Dilma Roussef sera attendue. Or, les retombées économiques de l’affaire risquent de poser problème. Dans un pays où l’économie est déjà en quasi récession, de grandes entreprises du CAC 40 brésilien sont touchées, des investissements sont suspendus et des faillites ne sont pas à exclure. La question est de savoir qui en fera les frais.

S‹o Paulo - SP

La présidente Dilma Roussef – © Wikimedia Commons

Dans un pays où les inégalités restent très importantes, la seule volonté d’en finir avec l’impunité ne peut tenir lieu de politique. La lutte contre la corruption devra nécessairement s’articuler avec un réel souci de justice sociale.

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Diplômé d'un master d’histoire et sciences humaines, j'ai enseigné l'histoire-géographie en collège. Je m'intéresse actuellement à l'évolution des sociétés, aux questions géopolitiques et aux enjeux liés à la mondialisation

    1 Commentaire

    • Répondre mai 12, 2015

      benoit charruyer

      Article très intéressant ! j’ai appris beaucoup de choses ! Il semble que le Brésil, d’après moi, s’est fourvoyé dans ces choix. Toutefois, je pense qu’il manque à l’article quelques éléments de presse ou bien des actes de justices qui pourraient alimenter et justifier davantage ton article. Je pense que tu as bien déblayé le sujet ne t’inquiète pas !
      à plus !

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