Alexandre Zaldostanov, l’ange noir de Poutine

Il est à la tête des Night Wolves, les Loups de la Nuit. Ce géant aux yeux perçants est devenu en quelques années le bras armé non officiel de Vladimir Poutine. Portrait du « Chirurgien » et de ses loups, postés aux portes de l’Europe.

Alexandre Zaldostanov pourrait être un des personnages du prochain Mad Max. Une allure sombre, imposante, chef du club de motards russes le plus important du pays, et faucheuse pour le compte du Kremlin. A 52 ans, le « frère » de Poutine, comme le surnomme le Président russe, est devenu le symbole d’un régime de plus en plus nationaliste et patriotique. Avec ses 5 000 loups, cette milice à deux roues s’est imposée comme le bras armé des ambitions du gouvernement russe, soutenue par une Eglise fière de pouvoir compter sur ces chevaliers 2.0.

Leur dirigeant se dit être investi de deux missions divines : apporter son aide au « sauveur du monde aka Vladimir Poutine à réunifier l’Ukraine, la Biélorussie et la Russie ». En plus de vouloir recréer la Grande Russie, il dit devoir protéger le dirigeant russe de « la bête orange », soit la révolution que feu Boris Nemtsov voulait voir naître.

En 2010, Vladimir Poutine est accompagné des Loups de la Nuit pour un séjour en Crimée. Photo/Alexander Zemlianichenko,

En 2010, Vladimir Poutine est accompagné des Loups de la Nuit pour un séjour en Crimée. Photo/Alexander Zemlianichenko,

Le Chirurgien, muse de Vladimir Poutine

Malgré ses actions condamnées par la communauté internationale, Alexandre Zaldostanov est le nouveau héros d’une Russie de plus en plus belliqueuse. Il a récemment été félicité de « son action dans l’éducation patriotique des jeunes » en étant décoré de l’ordre du mérite. Durant les Jeux Olympiques de Sotchi, c’est bien lui qui portait la flamme olympique.

C’est également lui qui organise les grands spectacles patriotiques diffusés en direct à la télévision d’état. Le dernier en date était, en outre, une ode à l’intervention russe à l’Est de l’Ukraine: «  nous célébrons notre victoire sacrée dans une époque où le fascisme, comme un poison putride, a infiltré Kiev et commence à se propager partout en Ukraine. La nouvelle bataille contre le fascisme est inévitable. ». Les loups ont été, en novembre dernier, à la tête du cortège de la fête nationale, brandissant leur drapeau mêlant l’aigle impérial à l’étoile rouge soviétique.

En plus d’attiser la flamme patriotique, Zaldostanov endosse le rôle de diplomate, à l’instar de la dernière recrue du club : Ramzan Kadyrov, Président de la Tchétchénie.

Un membre des Loups de la Nuit gardant un checkpoint en Crimée, non loin de Sébastopol. Derrière lui, on peut y voir une affiche avec pour inscription : "Où nous nous trouvons,il y a la Russie". Sean Gallup/Getty Images

Un membre des Loups de la Nuit gardant un checkpoint en Crimée, non loin de Sébastopol. Derrière lui, le ton est donné : « Où nous nous trouvons, il y a la Russie ». Sean Gallup/Getty Images

D’après le département d’Etat américain, les membres des Night Wolves combattent en Ukraine. Ils auraient également entrepris une invasion des quartiers navals de Sébastopol durant l’annexion de la Crimée. Il s’avère qu’Alexandre et ses motards ont été les premiers à « défendre la Crimée ». Après la chute de Viktor Ianoukovitch, le chef de meute déclare à la principale agence de presse russe –RIA Novosti- le départ « d’une colonne de motards » partant pour Sébastopol, afin de participer « au Printemps russe » et d’apporter une aide humanitaire.

Partout où il y a des difficultés, nous apparaissons en premier. C’était déjà le cas en Crimée.

C’est le point de départ d’une utilisation de ses soldats de l’ombre par le gouvernement russe. Totalement opposés au rapprochement entre l’Ukraine et l’Europe, leur idéologie repose notamment sur un profond patriotisme en guerre contre l’Europe et les Etats-Unis. Des patriotes qui espèrent « étendre l’influence russe dans le monde », quitte « à mourir comme des combattants ».

Suite au rôle qu’il a tenu durant la guerre en Crimée, Alexandre Zaldostanov est aujourd’hui interdit de séjours en Europe, mais également au États-Unis.

De nombreuses personnes ont rendu hommage à Boris Nemsov, assassiné près du Kremlin. Photo / Evgeniy Isaev

De nombreuses personnes ont rendu hommage à Boris Nemsov, assassiné près du Kremlin. Photo / Evgeniy Isaev

Un an après la révolution ukrainienne, Zaldostanov mène une marche anti-Maïdan, livrant une tribune virulente contre les opposants. Il ira jusqu’à vouloir les « exterminer », « tout faire pour les empêcher de nuire ». Une semaine plus tard, Boris Nemtsov, principal ennemi politique de Vladimir Poutine, sera assassiné. « Ceux qui sont contre le président sont des ennemis de la Russie, donc les nôtres » assure t-il, terminant par une menace plus que limpide : « la peur de la mort est la seule chose qui peut arrêter l’opposition russe ».

La peur de la mort est la seule chose qui peut arrêter l’opposition russe.

En plus de vouloir assurer la pérennité du pouvoir poutinien, Alexandre Zaldostanov, véritable défenseur de l’Église orthodoxe russe, voit ses loups et lui-même comme des croisés du XXIème siècle. Leur principale cible ? Les Pussy Riot et leurs multiples blasphèmes à l’encontre de l’Eglise.

Dans une interview accordée à l’agence de presse RIA Novosti, le biker explique l’idéologie faisant loi chez les Night Wolves : « La fraternité, le sentiment d’appartenance à une certaine caste – comme l’ordre de chevalier ou même le monachisme, je dirais. » Hormis la fraternité qui existe dans le club, il a construit son propre mode de pensée, qui pourrait être résumé par « idéologie orthodoxe ».

Je voudrais qu’on reste un club patriotique, un exemple pour les jeunes, qu’on fasse quelque chose pour notre pays, notre Patrie, que nous avons perdu, en principe, en achetant des chewing-gums et des jeans, en l’échangeant contre McDonalds.

Paul Miller/The Washington Post

Paul Miller/The Washington Post

Les loups aux portes de la Pologne

Fiers de leur histoire, les Loups de la Nuit animent la même passion pour la Russie des tsars que pour l’Union Soviétique. En témoigne le périple organisé par la meute pour célébrer la victoire de l’armée rouge sur les nazis. Pour relier Moscou à Berlin, ils comptaient passer par la Biélorussie, la Pologne, la République Tchèque, la Slovaquie et l’Autriche pour arriver le 9 mai dans la capitale allemande. La Pologne a catégoriquement refusé l’entrée de son territoire.

Le ministère des Affaires Etrangères polonais a d’ailleurs déclaré « avoir transmis une note diplomatique à l’ambassade de Russie à Varsovie (…) concernant un refus d’entrée en Pologne à un groupe organisé de motocyclistes, qui comprend des représentants du club des Loups de la Nuit ». Toujours selon ce même ministère, cette demande était tout bonnement une provocation, les polonais y voyant un rappel de la domination soviétique après 1945 mais aussi l’annexion de la Crimée. Il faut rappeler que la Pologne s’inquiète de plus en plus des agissements de la Russie. Cette dernière a en effet déployé des missiles balistiques « Iskander » dans l’enclave de Kaliningrad, au nord de la Pologne.

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Né dans un chaudron, j'ai développé une curiosité maladive qui m'a amené à me passionner pour l'international. Serpentard adoubé et champion de Cramois'Île, je collabore notamment avec Ijsberg Magazine, Grafitee ainsi qu'Impact Magazine. Entre Ukraine et Islande, me voici de retour après 6 000 km à travers la Scandinavie.

    1 Commentaire

    • Répondre avril 29, 2015

      Margot

      Très bon article, merci.

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