Amygdaleza, l’enfer grec des réfugiés

Suite au suicide d’un Pakistanais dans le centre pour immigrés proche d’Athènes, le ministre Yannis Panousis s’est rendu sur place. Une cinquantaine de personnes ont manifesté avec des banderoles demandant « la fermeture des camps de concentration ». Une des promesses du gouvernement Syriza.

© Flickr

Trois morts en une semaine, c’est le triste bilan des centres de détention pour réfugiés, en Grèce. Vendredi, un Pakistanais de 28 ans s’est suicidé dans son conteneur qui faisait office de cellule. Le lendemain, le ministre de la Protection des Citoyens, Yannis Panousis, s’est rendu sur le lieu du  décès, le centre de Amygdaleza, non loin d’Athènes. Il y a exprimé sa « douleur » face aux conditions de détention des détenus :« Je ne pouvais pas croire ce que j’ai vu. Je ne pouvais vraiment pas y croire. Cela doit changer immédiatement ! », s’est-il exclamé. Le gouvernement de Syriza a promis de fermer ce centre dans les cent prochains jours. Cependant, les associations des droits de l’Homme craignent que le parti de droite souverainiste de la coalition ne bloque le processus de fermeture.

11007424_10153084917026341_1639093976_n

Originellement prévu pour loger des personnes déplacées pour cause de catastrophes naturelles, le centre d’Amygdaleza et ses 250 conteneurs se sont reconvertis, en avril 2012, en centre pour réfugiés clandestins. Dès le mois d’août, les conteneurs ont alors fait le plein d’immigrés grâce aux opérations « Zeus l’Hospitalier » menées sous le gouvernement d’Antonis Samaras, des opérations visant à débarrasser la ville de ses sans-papiers. En l’espace de sept mois, les autorités grecques ont arrêté 85 000 personnes en se basant sur des critères physiques. Selon Human Right Watch, 6% seulement s’avéraient être en situation irrégulière.

11007463_10153084917001341_285179467_n

© Flickr

Conditions sanitaires déplorables, privation de nourriture, torture

Certains réfugiés ont terminé leur voyage à Amygdaleza, un site qui devait accueillir un millier de personnes et qui en accueille désormais le double, dans des conteneurs sans électricité ni chauffage, où la nourriture est rare et les violences policières sont régulières. Le délai de détention des immigrés est normalement plafonné à 18 mois par l’Union Européenne. Cependant, depuis mars 2014, une nouvelle norme établie par le précédent gouvernement permet de prolonger la durée de détention administrative de manière illimitée. Des immigrés venus de Syrie ou d’Érythrée se retrouvent ainsi enfermés pendant deux ans, voire plus, dans des conditions misérables, avant d’être renvoyés dans leur pays.

11003990_10153084917006341_612342147_n

En novembre 2014, grâce à une énième grève de la faim, 29 migrants furent relâchés. Mahmed Tanveer, détenu pendant deux ans et dix-sept jours a pu témoigner : « Si quelqu’un demandait des médicaments plus de deux ou trois fois, les policiers se mettaient à le battre et à l’insulter ». C’est de cette manière qu’un de leurs amis, Muhammad Ashfaq, a perdu la vie. Porte principale d’accès à l’Europe pour les pays d’Afrique, d’Asie et du Moyen-orient, la Grèce a de grande difficultés à contrôler ses frontières en cette période de crise économique. Depuis 2011, elle a été condamnée onze fois par la Cour Européenne des Droits de l’Homme pour « violation des droits fondamentaux à l’encontre des réfugiés ». Rebecca Harms, la co-présidente du groupe des Verts/ Alliance libre européenne, s’est rendue sur le site en novembre dernier. Selon ses mots, le lieu lui a « rappelé Guantanamo ».

(*) Depuis la rédaction de cette article quelques changements ont eu lieu: en fin de semaine dernière, le gouvernement grec a relâché 20 détenus.

  • share on facebook
  • share on twitter
  • share on google+

Apprentie journaliste à l'Institut Français de Presse à Paris. Sorbonnarde diplômée de Lettres passée par Sussex Uni. J’aiguise ma plume pour tenter de vous ouvrir les mirettes.

    2 Commentaires

    • Répondre février 24, 2015

      Hélène Côté

      Bravo Pauline,

      Tu as réussi à m’ouvrir les mirettes sur cette réalité grecque souvent oubliée. La Grèce, ce n’est pas que la mer bleue, les paisibles villages blancs, l’ouzo et le xasapiko!
      Merci pour cet éclairage intéressant sur le sort de ces réfugiés.
      Au plaisir de te revoir très bientôt!
      Bisous!
      Hélène

    • Répondre mars 4, 2015

      Pauline Louvet

      Merci beaucoup pour ton commentaire Hélène! Ça me fait vraiment plaisir 🙂

      La bise!

      Pauline

    Votre avis

    Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.