Un avenir européen incertain pour le Royaume-Uni

Du 22 mai au 25 mai 2014 se sont tenues les élections européennes. Pour la première fois de son histoire, l’Union européenne s’est dotée d’une véritable scène politique, et ce en accord avec le Traité de Lisbonne, qui donne un poids plus important au Parlement pour ce qui concerne la désignation du Président de la Commission européenne. Dans le paragraphe 7 de l’article 17 du traité, il est en effet stipulé qu’ « en tenant compte des élections au Parlement européen et après avoir procédé aux consultations appropriées, le Conseil européen, statuant à la majorité qualifiée, propose au Parlement européen un candidat à la fonction de Président de la Commission. »1 L’initiative de la désignation du futur Président de la Commission n’est plus laissée à la seule autorité du Conseil. Le pouvoir du Parlement est apparemment renforcé. C’est ainsi qu’en amont des élections, chaque grand parti européen a sélectionné un candidat. Martin Schulz représentait le PSE, Jean-Claude Juncker le PPE, Guy Verhofstadt l’ADLE, Ska Keller et José Bové les Verts-ALE et enfin Alexis Tsipras le Parti de la Gauche européenne. Les élections de 2014 ont pour elle d’avoir donné naissance à une scène politique européenne. Finalement, c’est le PPE qui a été donné vainqueur, ce qui a fait de M. Juncker le candidat légitime à la présidence de la Commission européenne. Mais de vives oppositions se sont fait sentir au Conseil européen, notamment chez nos voisins britanniques.

 

Le Royaume-Uni farouchement opposé à la nomination de M. Juncker

David Cameron a fait tout ce qui était en son pouvoir pour faire rejeter la candidature de M. Juncker. D’après le Premier ministre britannique, il ne représente pas une vision dynamique de l’Europe. Mais ce qui le dérange par-dessus tout, c’est que M. Juncker prône un fédéralisme européen, ce qui est à l’antipode de la vision britannique, axée sur une ligne plus réformiste. Si la plupart des chefs d’États se sont au début montrés à l’écoute de ses réticences, il n’a finalement pas eu gain de cause.

Bien que M. Cameron se soit montré bon perdant en appelant M. Juncker pour le féliciter de sa nomination, il n’est pas prêt d’oublier ce désaveu des leaders européens. Leur décision entache grandement sa crédibilité, lui qui avait annoncé le refus de la désignation de M. Juncker à la présidence de la Commission européenne comme un principe contre lequel il n’était pas prêt à plier.

David Cameron et Jean-CLaude Juncker le 22 novembre 2012 à Bruxelles - AFP/BERTRAND LANGLOIS

David Cameron et Jean-CLaude Juncker le 22 novembre 2012 à Bruxelles – AFP/BERTRAND LANGLOIS

L’Albion en phase de décrochage de l’Union européenne

Suite à sa « défaite », les railleries sont donc allées bon train, que ce soit dans son camp ou dans celui de ses opposants politiques. Certains journaux britanniques connus pour leurs idées eurosceptiques n’ont pas été des plus tendres avec le Premier ministre. Le Daily Mail l’a par exemple traité de perdant de l’Europe et comparé au footballeur anglais Wayne Rooney, dont l’équipe a lamentablement porté les couleurs du pays lors du Mondial. Si sur le plan européen, son échec est cuisant, il en est autrement sur le plan national. Selon le Times, Cameron a au moins mis en oeuvre une « robuste opposition », ce qui devrait jouer en sa faveur pour les prochaines élections nationales, puisque nombreux sont les électeurs britanniques à avoir approuvé l’attitude du Premier ministre.

Cependant, un problème de taille demeure. Le fait que son avis n’ait pas été suivi met en lumière le décrochage du Royaume-Uni du jeu européen. Par ailleurs, l’euroscepticisme est de plus en plus fort et nombreux sont les Britanniques à ne pas se considérer comme européens. Pour beaucoup d’entre-eux, l’UE a des ambitions démesurées, comprenez « fédéralistes », et c’est absolument ce vers quoi ils ont toujours refuser d’aller.

M. Cameron n’est pas pour une sortie de l’UE et prône plutôt la mise en place de réformes. Le problème est qu’aujourd’hui, celles qui pourraient se mettre en place ne semblent pas aller dans son sens. Le 15 juillet 2014, M. Juncker devra être approuvé par le Parlement européen. Même si cela n’est pas le cas, une étape supplémentaire a déjà été franchie dans le décrochage du Royaume-Uni de l’UE. Aujourd’hui plus que jamais, son appartenance au cercle européen relève seulement d’un choix de raison, et c’est sur cette rationalité que devront maintenant se baser la plupart des arguments européistes pour convaincre nos voisins britanniques de rester dans l’UE.

 


[1] Communiqué de presse, « »Relations entre le Parlement et les dirigeants de l’UE à l’approche des élections européennes », http://www.europarl.europa.eu/news/fr/news-room/content/20131206IPR30035/html/%C3%89lections-europ%C3%A9ennes-relations-entre-le-Parlement-et-les-dirigeants-de-l’UE

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Auteure passionnée et touche-à-tout, je prends plaisir à user de mon merveilleux clavier d'ordinateur pour rédiger des articles divers et variés. Et comble du comble, mon clavier a l'air d'aimer ça.

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