Boat people en Australie : non, vous ne passerez pas

En refusant l’entrée des Rohingyas de Birmanie sur son territoire, pourtant un des peuples les plus discriminés au monde, l’Australie a choqué la communauté internationale le mois dernier. Si l’Europe se penche actuellement sur la question de l’immigration et des bateaux de clandestins surpeuplés, l’Australie a choisi son camp. Dans le pays-continent, les migrants illégaux sont systématiquement renvoyés vers leur pays d’origine ou vers un État partenaire. Pas de visa, pas d’accès. Retour sur une des politiques d’immigration les plus dures de la planète.

Boat people

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« Pas question, vous ne serez pas chez vous en Australie »

« Non, non, non » a déclaré Tony Abbott, le premier ministre australien. Les Rohingya ne seront pas acceptés en Australie. Fuyant les persécutions, cette communauté musulmane de Birmanie s’est retrouvée, en pleine mer, face à l’impossibilité d’entrer en Australie. Le premier ministre justifie son refus : selon lui, les accepter est une non-solution car cela encourage les migrants à prendre le bateau, à leurs risques et périls.

Il ajoute « Je suis désolé, si vous voulez commencer une nouvelle vie, entrez par la porte d’entrée et non par la porte de derrière ».

De fait, la politique migratoire du pays s’est durcie depuis l’arrivée au pouvoir des conservateurs en septembre 2013. Aucun migrant ne peut entrer dans le pays sans passer par les voies légales. Autrement dit sans visas, mêmes les demandeurs d’asile et les réfugiés politiques seront systématiquement refusés.

Une campagne très stricte appelée « Stop the boats » a été mise en place pour empêcher les migrants de venir dans le pays. « Pas question, vous ne serez pas chez vous en Australie », est écrit en gros caractère sur une affiche que l’on peut lire sur le site du gouvernement australien dans presque vingt langues différentes.

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Nauru, Manus et Christmas, terres d’accueil aux conditions de vie indignes

Originaire du Sri Lanka, d’Iran, Irak, Afghanistan ou du Vietnam, les Boat people sont ces migrants clandestins qui prennent le bateau dans l’espoir de recommencer une nouvelle vie ailleurs, comme ces migrants venant d’Afrique et tentant de rejoindre les côtes européennes dans des bateaux surpeuplés. Depuis la mise en œuvre de cette politique, Tony Abbott se targue d’ailleurs de n’avoir enregistré aucun mort en mer depuis 2013.

Car depuis cette date, les bateaux transportant des clandestins sont arrêtés en pleine mer par la douane et renvoyés dans leur pays ou transférés dans un « centre de détention offshore », hors du territoire australien.

Là-bas, envoyés sur l’île de Nauru, Manus en Nouvelle-Guinée-Papouasie ou sur l’île de Christmas, leur statut de réfugié est étudié pour une durée illimitée et qui prend souvent du temps. Nauru et Manus sont des États indépendants partenaires de l’Australie et chargés du contrôle des migrants. C’est sur ces îles que les migrants attendent de savoir s’ils pourront oui ou non poser le pied sur le territoire de la douzième puissance mondiale.

Or sur ces îles, le calvaire est loin d’être fini. Car dans ces centres offshore, violence, abus sexuels et surpopulation ne sont jamais bien loin. Ces conditions de vies indignes sont vivement dénoncées par Amnesty International, les estimant « effroyables et humiliantes ». Selon Claire Mallinson, directrice nationale d’Amnesty International Australie, « Ce système (…) vise délibérément à pousser les gens à repartir vers la situation désespérée qu’ils ont fuie ».

Refugees are welcome

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Des méthodes dénoncées par la Communauté internationale

Selon Libération, dans ce pays continent de 23 millions d’habitants, 180 000 immigrés ont été acceptés en 2014. Les parlementaires australiens fixent des quotas tous les ans selon trois critères : le regroupement familial, les compétences professionnelles (les menuisiers, plombiers et techniciens sont particulièrement appréciés) et les réfugiés politiques venant par voies légales. En 2015, le quota attribué aux réfugiés légaux est de 18 750.

En refusant l’accès à ceux que l’on appelle les Boat people, l’Australie, pourtant signataire, ne respecte pas la convention de L’ONU sur le statut de réfugiés, et se décharge de ses responsabilités en sous-traitant.

Le pays des kangourous est pourtant un pays d’immigration depuis l’arrivée des colons fin du 18e siècle. Dans une interview pour Libération, le professeur de Science Po David Camroux explique : «Près d’un tiers des Australiens sont nés à l’étranger, et certainement plus de la moitié sont issus de l’immigration. On assiste au phénomène du « dernier entré dans l’ascenseur bloque les autres ».

Tout aussi paradoxal, on peut lire sur le site du gouvernement français que l’Australie « entre dans sa 24ème année consécutive de croissance et connaît, depuis 1991, une croissance moyenne annuelle de 3,5%. Avec un PIB par habitant de 67 463 USD, l’Australie est le cinquième pays le plus riche du monde ». De plus, « le taux de chômage est quasi résiduel, en légère hausse, avec 5,7% de la population active. »

Certes, l’Australie investit dans d’autres pays, notamment en Asie. Mais dans ce pays riche, la position très ferme en terme d’immigration est loin d’être au goût de tout le monde.

Source : Le Monde, The Guardian, Libération, Sydney Morning Herald, Diplomatie.gouv.fr 

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Auteure passionnée à la plume tenace et à l'appétit vorace pour les idées qui claquent.

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