Boombox #7 : Taste

Véritable potager artistique de ces dernières années, Bruxelles a encore vu éclore une fleur au parfum exquis. Rencontre avec Taste, ambassadeur du bon goût, qui vient de sortir sa première mixtape « Just a taste ». Un avant-goût qui fait déjà frétiller nos papilles, à tel point que notre appétit s’impatiente pour le plat principal.

Histoire d’éduquer un peu les novices, qui est Taste?

 « Taste est un rappeur/beatmaker, basé sur Bruxelles, membre fondateur du collectif 2five2. Né il y a deux ans dans mon bureau et actuel studio, Taste est en quelque sorte mon alter-ego, mon Mr Hyde. Toutes les parties inhibées de ma personnalité se retrouvent en lui. »

Raconte-nous tes premiers pas dans l’univers musical.

 « Mon père est un grand mélomane, il m’a fait baigner dans la musique depuis ma plus tendre enfance. Des classiques de Bob Marley aux blues de Jhon Lee Hooker en passant par la chanson française, je n’ai jamais manqué de musique pour donner couleur à mes sentiments. Vers 11 ans, j’ai commencé à écouter du rap, plutôt westcoast avec l’album 2001 de Dr.Dre. Au fil des années j’ai appris à  apprécier des artistes plus conscients et d’inspiration East Coast tels que Mobb Deep ou Eminem. Vers 15 ans, je n’écoutais que très peu de rap et baignais dans le reggae. A 16 ans, j ‘ai emménagé au Cameroun où j’ai rencontré plusieurs artistes talentueux qui m’ont fait reprendre goût au rap sans pour autant oublier le reggae. Durant ces années je me suis essayé plusieurs fois à la musique. En écrivant des textes de chant et de rap mais sans grande conviction ni persévérance, j’ai aussi joué du saxophone pendant un an.

Le déclic est arrivé il y a deux ans de cela, c’était l’été et j’étais coincé à Bruxelles. Un pote parti en vacances m’a filé son matos d’enregistrement (micro, carte son, casque) et j‘ai décidé de m’y mettre. J’avais disparu, séquestré chez moi, je dessinais sans le savoir l’esquisse d’un travail qui, deux ans plus  tard, commence enfin à prendre forme. »

La scène c’est l’aboutissement final d’une chanson, c’est comme jouir après avoir fait l’amour pendant des heures.

Y-a-t’il un ou une artiste qui t’a particulièrement influencé?

 « Palesto… Palesto est un ami chanteur/rappeur que j’ai rencontré au Cameroun. Il m’a imprégné de rap et de reggae. Artiste méconnu vu les conditions de son pays, son authenticité m’a plu aux premiers abords. Sans le savoir, car je n’ai jamais osé rapper devant lui, il est devenu en quelque sorte mon mentor et m’a appris beaucoup sur la structure de rime, la voix et le flow. Dans la catégorie « mainstream » je dirais que Andre 3000 de Outkast et Logic resteront toujours des grandes sources d’inspiration pour moi. »

Qu’est-ce-que tu cherches à transmettre à travers ta musique? Quels sont les principaux messages véhiculés?

 « La musique je la fais d’abord pour moi. C’est un exutoire, elle me permet d’aborder des sentiments dont je serais incapable de parler en d’autres circonstances. Les thèmes que j’aborde sont la solitude, le voyage et l’amour. Je ne cherche pas à révolutionner ou revendiquer quoi que ce soit si ce n’est mon travail. J’apprécie énormément que ma musique touche un public et j’espère que ça continuera. « We do it all for the love » est une citation de Q-tip qui résume bien mon état d’esprit. »

As-tu déjà eu l’occasion de te produire sur scène? Si c’est le cas, qu’est-ce-que tu as ressenti face au public?

 « Oui j’ai fait 2 shows lors de soirées. J’ai aussi beaucoup côtoyé les open mic. La scène c’est l’aboutissement final d’une chanson, c’est comme jouir après avoir fait l’amour pendant des heures. C’est un relâchement, un état de transe et de fusion avec le public. J’espère pouvoir encore faire un maximum de scènes pour le feeling mais aussi l’expérience que cela apporte. »

On voit de nombreux artistes bruxellois exploser en ce moment, comment expliques-tu ce renouveau de la capitale européenne? Y a-t-il une atmosphère particulière à Bruxelles qui pousse à la créativité artistique?

 « En effet, je pense que Bruxelles n’est pas innocente dans le virage qu’a pris ma vie artistique. C’est un carrefour culturel et artistique influencé par plusieurs pays dû à sa situation géographique. L’Art avec un grand A y est omniprésent et encouragé. Il est facile de recevoir des aides de l’Etat pour toute activité artistique. Je pense que l’éducation joue aussi un rôle dans cette émergence artistique. En laissant aux élèves la liberté de se découvrir et en ne leur mettant aucune barrière, les artistes en herbe ont de quoi fleurir. »

En tant qu’artiste indépendant qu’attends-tu de ce nouveau projet « Just a taste » ?

 « Sortir ce projet était un impératif pour moi. Ça en devenait quasiment une frustration. J‘aimerais évidemment toucher un maximum de gens avec ce projet tout en sachant que c’est mon premier projet et que j’ai encore un long chemin à faire. Cette tape fait à présent partie de mon CV. C’est un passeport pour collaborer avec d’autres artistes. J’aimerais également que cette tape me permette de faire quelques scènes. »

C’est toi qui a produit l’instrumentale du premier extrait de ta mixtape « Say you’re sorry », as-tu produit l’ensemble des instrumentales sur ce projet? En général, comment tu procèdes (de l’inspiration de base au sampling, acoustique, etc..)?

 « « Say you’re sorry » est l’unique son extrait de ma mix tape que j’ai produit. Les autres tracks ont été produites en connexion avec un beatmaker flamand Equnamix et d’autres artistes. Généralement tout commence par une mélodie qui retient mon attention: le sample. Je découpe le sample en plusieurs parties et le réarrange sur ma MPD. À partir de là, j’essaie de trouver des mélodies originales à insérer dans l’instrumentale. »

  • share on facebook
  • share on twitter
  • share on google+

Avec un pied dans le réel et l'autre dans le monde digital, mes intérêts s'étendent à toutes les connexions qui relient l'Homme à son environnement.

Votre avis

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.