Célébration du Gourou Nanak au Pakistan : un pèlerinage d’importance pour de nombreux sikhs indiens

Chaque année, de nombreux sikhs indiens se rendent au Pakistan pour célébrer l’anniversaire du Gourou Nanak, fondateur de la religion sikhe. Il leur faut pour cela traverser la frontière indo-pakistanaise et donc obtenir un visa ce qui, au vu des conflits récurrents entre les deux pays, n’est pas une mince affaire. Si le voyage présente des risques, nombreux sont celles et ceux prêts à tout pour pouvoir accomplir ce pèlerinage.

Un contexte difficile mais une foi sans faille

Au mois de novembre dernier, plus d’un millier de sikhs indiens se sont rendus au Pakistan afin de participer aux festivités organisées pour célébrer le 546ième anniversaire du fondateur de la religion sikhe, Gourou Nanak. Le 6 novembre, des milliers de croyants se sont donc réunis au Gurdwara[1] à Nankana Sahib, son lieu de sa naissance, pour lui rendre hommage. Nombreux sont ceux à avoir fait le déplacement, et ce depuis les quatre coins de la planète.

Pourtant, la fête aurait pu être gâchée après l’attentat-suicide commis le 2 novembre 2014 et ayant fait 55 morts, à Wagah, poste frontière situé sur le territoire pakistanais. Y sont souvent organisées des parades nationalistes, considérées comme de véritables attractions touristiques. De nombreuses personnes s’y étaient rassemblées le 2 novembre et y ont tragiquement perdu la vie. L’attentat a été revendiqué par différentes factions talibanes, affirmant vouloir se venger des actions de l’armée pakistanaise, menant à la frontière avec l’Afghanistan des opérations pour déloger les militants.

Toutefois, la population sikhe indienne était au rendez-vous, ne voulant pas manquer l’occasion de rendre hommage à son Gourou. Certains attendaient ce moment depuis des années.

« Peu importe le contexte sécuritaire actuel au Pakistan et les tensions aux frontières, l’amour du Gourou est bien trop fort pour nous laisser dissuader de visiter nos lieux sacrés »[2], a déclaré Sardar Harjub Singh, chargé de conduire un groupe de plus d’un millier de sikhs indiens vers le Gurdwara Paja Sahib, situé dans la ville de Assan Habdal.

Un des blocs de roche du monument porterait l’empreinte de la main du Gourou Nanak, ce qui en fait un des lieux les plus sacrées de la religion sikhe.

Empreinte de la main du Gourou Nanak / Gurdwara Paja Sahib © Google Images

Empreinte de la main du Gourou Nanak / Gurdwara Paja Sahib © Google Images

Un Gurpurab[3] sous le signe de la joie

C’est le Pakistan Sikh Gurdwara Parbandhak Committee (PSGP) qui s’est occupé de l’organisation des festivités. A l’instar du Shiromani Gurdwara Parbandhak Committee (SGPC) en Inde, sa principale mission est de protéger les lieux de culte sikhs du Pakistan. Il a été investi par le gouvernement pakistanais. Le PSGP est cependant en querelle avec le SGPC, qui se considère comme le seul protecteur légitime des institutions et lieux de culte sikhs, en Inde et à travers le monde.

Les célébrations se sont partagées entre prières, chants mais aussi cortèges dans les rues. Un repas communal gratuit a également été servi pour le dîner, et ce dans une démarche de dévotion et de service au prochain. Comme à chaque fois, les festivités ont su se parer de leurs plus belles couleurs.

Un peu d’histoire sur le sikhisme

Les premières traces de la religion sikhe remontent à la deuxième moitié du XVième siècle. Gourou Nanak, né en 1469, s’employa à prendre ses distances avec les croyances de l’époque. Il prônait l’idée du dieu indivisible et souverainement bon, et par conséquent la tolérance religieuse. La moralité tenait une grande place dans sa doctrine, qu’il considérait comme plus importante que l’observation des rites religieux.

Lui succédèrent plusieurs gourous qui participèrent tous au développement de la religion. Mais ce fut le dernier d’entre-eux qui marqua le plus les esprits, Gourou-Govind, car il réussit à créer une véritable identité sikhe et fit émerger les soubresauts d’une véritable existence politique. Il instaura les fameux signes distinctifs des sikhs, au nombre de cinq : « le kangha (peigne), le kesha (les cheveux longs enveloppés dans le pagri, c’est-à-dire dans le turban), le karpan (dague à double tranchant, pour protéger les opprimés), le kara (bracelet d’acier) et le kaccha (caleçon court) »[4], et défendit l’idée de suppression des castes et l’égalité des droits civils, etc.

C’est aussi à travers son règne spirituel que l’image du sikh guerrier fit son apparition sous les traits entre autres des Akalis, « corps nombreux de guerriers religieux chargés de tout ce concerne le culte »[5]. Ce caractère guerrier ne cessa de prendre de l’importance avec les années, du fait notamment de nombreux conflits avec les musulmans, que les sikhs finissent par soumettre au début du XIXième siècle en s’emparant de Lahore et en créant une république fédérative qui s’étendait jusqu’en Afghanistan. Mais en 1849, le tout nouvel Etat est finalement placé sous le contrôle des Britanniques. Lors de la partition de l’Inde en 1947, les sikhs ne réussiront pas à obtenir la création d’un Etat propre, ce qui donnera naissance à de nombreux mouvements d’opposition au Pendjab indien.

Tous les écrits des Gourous sont compilés dans le Guru Grant Sahib. Chaque Gurduwara abrite un exemplaire des écritures sacrées.

Guru Granth Sahib © Google images

Guru Granth Sahib © Google images

A l’heure actuelle, la religion sikhe compte environ 22 millions de croyants[6], concentrés principalement au Pendjab indien, et dispose d’une diaspora d’environ deux millions[7].

 

[1] Lieu de culte de la religion sikhe

[2] Traduit de l’anglais. (A). Iqbal, « Sikh pilgrims’ devotion unhurt by Wagah attack »,de l

 http://www.dawn.com/news/1143313

[3] Nom que l’on donne aux anniversaires des gourous

[4] « Le Sikhisme, cinquième religion au monde », http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20120807.OBS9101/le-sikhisme-cinquieme-religion-au-monde.html

[5]http://www.cosmovisions.com/$Sikhisme.htm

[6] « Le Sikhisme, cinquième religion au monde », http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20120807.OBS9101/le-sikhisme-cinquieme-religion-au-monde.html

[7] Idem

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Auteure passionnée et touche-à-tout, je prends plaisir à user de mon merveilleux clavier d'ordinateur pour rédiger des articles divers et variés. Et comble du comble, mon clavier a l'air d'aimer ça.

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