Chine: quand les prisons se transforment en marchés d’organes

La Chine, pays le plus meurtrier du monde en termes d’exécutions à mort,  transforme ses condamnés en véritable philanthrope organique. Après des années de soupçons quant à la provenance des organes utilisés pour des transplantations, l’ancien ministre de la santé chinois Huang Jiefu a admis pour la première fois en 2005 que ces organes provenaient de condamnés à mort.

Pour certains, il semble légitime qu’une personne ayant ôté la vie à une autre se doive de compenser cet acte en permettant à quelqu’un de vivre plus longtemps. Mais le problème est qu’en Chine, on ne se retrouve pas condamné à mort pour avoir tué ou violé quelqu’un. Une simple pratique culturelle peut vous amener tout droit vers la case prison, sans les 200 euros de la case départ, ni même une explication. C’est le cas des pratiquants du Falun Gong, une discipline spirituelle mélangeant méditation et mouvements de relaxation, catalogués par les autorités locales comme de véritables bandits. On est bien loin des Jacques Mesrine ou autre Arsène Lupin, qui, s’ils avaient opérés au sein de l’empire du Milieu, se seraient surement fait jugés pour crime contre l’humanité.

Encore aujourd’hui, plus de 50% des 10 000 greffes annuelles en Chine sont issues des condamnés à mort.

prison chinoise

Alors que le gouvernement chinois prône le consentement des détenus à donner leurs organes, nul doute que ces prisonniers n’ont pas d’autre choix que de se faire dépouillés. Or, cela va à l’encontre de tous les principes fondamentaux de la culture chinoise qui veut que le cadavre d’un mort soit gardé intacte afin de lui permettre d’accéder à une vie post-mortem. Afin d’éviter toute polémique, les autorités ont pour habitude de brûler le corps déchiqueté du défunt avant que la famille soit mise au courant du sort de leur semblable. Si celui-ci a le malheur d’avoir des enfants, ces derniers seront perçus comme maudits, et donc exclus de toute forme d’activités sociales.

Encore aujourd’hui, plus de 50% des 10 000 greffes annuelles en Chine sont issues des condamnés à mort. Le gouvernement, conscient de l’impact négatif de cette pratique sur son image, a mis en place depuis 2009 un nouveau système de donation d’organes qui a pour but de démocratiser le concept à l’échelle nationale. Le ministère de la santé revendique la transparence de ce programme, mais l’on compte déjà de nombreux conflits d’intérêts autour de ces nouvelles transplantations d’organes. Ce partenariat avec la Croix Rouge chinoise reçoit donc un accueil pour le moins docile de la part de l’opinion publique qui a du mal à croire en la bonne foi du gouvernement, qui lui aussi aurait bien besoin d’une greffe.

 

  • share on facebook
  • share on twitter
  • share on google+

Avec un pied dans le réel et l'autre dans le monde digital, mes intérêts s'étendent à toutes les connexions qui relient l'Homme à son environnement.

2 Commentaires

Votre avis

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.