Colombie: Foot et autres drogues

          Tout fan de ballon rond qui se respecte voue un certain culte pour le football sud-américain. Le Brésil de Pelé, l’Argentine de Maradona… La virtuosité de leurs stars et la vitesse de leur jeu a inspiré et inspire toujours les enfants du monde entier. Mais personne en France n’évoque la Colombie, ou seulement lorsqu’il s’agit de la captivité d’Ingrid Betancourt ou de narcotrafic.

Il est question ici de comprendre comment, au début des années 1990, les joueurs de l’équipe de Colombie de Football sont passés, du jour au lendemain, du statut de héros du peuple à celui d’ennemis public numéro 1, et comprendre le lien très étroit qui unissait leur sort à celui des cartels en Colombie, qui régnaient alors sans partage à travers le pays.

Juin 1994. Les Cafeteros débarquent aux Etats-Unis avec un statut inédit dans l’histoire de leur nation : celui de favori pour la Coupe Du Monde. En effet, les hommes de Francisco Maturana viennent de boucler une campagne de qualification triomphale, qui ne les a pas vu perdre une seule fois. Mieux, los tricolores ont réussi l’exploit de s’imposer 5 buts à 0 sur la pelouse de la grande Argentine, exploit retentissant qui a fait la fierté de tout un peuple. Le pays se rassemble autour de Carlos Valderrama, René Higuita, Faustino Asprilla et du capitaine Andres Escobar, et se prend à rêver d’un sacré mondial au pays de l’oncle Sam.

Son capitaine Andres Escobar – aucun lien avec Pablo – est assassiné à Medellin, pour avoir marqué contre-son-camp contre les États-Unis, éliminant du même coup la Colombie de la Coupe du Monde.

Mais au même moment, le pays traverse une crise politique sans précédent. Depuis 1990, le gouvernement mène une politique anti-drogue et demande la mise hors circulation des cartels, accusés de mettre à mal la stabilité du pays. Les États-Unis demandent même l’arrestation de Pablo Escobar, légendaire baron du cartel de Medellin, groupe le plus influent et le plus dangereux de l’époque.

Colombie 4

La pression qui règne alors sur l’équipe de football se fait de plus en plus intense, le peuple cherchant son salut auprès de joueurs qu’ils portent aux nues. Cette pression s’était déjà intensifiée lorsque les joueurs avaient étés aperçus aux abords de la prison de « La Cathédrale », immense forteresse où Pablo Escobar, par ailleurs « propriétaire » des lieux, séjourne pour éviter son extradition aux États-Unis. Le monde, pourtant séduit par la qualité de jeu de la sélection, assistait avec horreur à cet épisode malheureux qui a partiellement terni la réputation de la « tri ».

L’ensemble de la sélection démarre ainsi sa Coupe Du Monde avec une réputation peu flatteuse et une pression insoutenable. Très vite, la compétition tourne au cauchemar. La Colombie s’incline lors de ses deux premières rencontres, et se retrouve éliminée d’une compétition qu’elle avait abordé avec le statut de favori. Le retour au pays est très difficile. La situation politique est devenue encore plus délétère depuis la mort de Pablo Escobar, et la sélection est accueillie de la pire des manières. Son capitaine Andres Escobar – aucun lien avec Pablo – est assassiné à Medellin, pour avoir marqué contre-son-camp contre les États-Unis, éliminant du même coup la Colombie de la Coupe du Monde.

Dans un pays aussi instable que la Colombie, le football a longtemps servi d’échappatoire pour les jeunes des quartiers défavorisés. Ces jeunes, qui jouaient sur des terrains construits par les puissants cartels, faisaient rêver une population qui aspirait à des jours meilleurs. Seulement, la pression est vite devenue insupportable pour ces hommes qui ne demandaient qu’à donner une image plus positive de leur pays à travers le sport. La fin de cette équipe exceptionnelle fut dramatique, tout comme celle des puissants cartels, qui laisseront derrière eux des milliers de morts et une situation économique désastreuse.

Aujourd’hui, le pays se reconstruit doucement, tout comme la sélection nationale. Autour de Falcao, James Rodriguez ou David Ospina, la « tri » postule à nouveau à une place importante dans la hiérarchie du football mondial. De là à gagner la Coupe du Monde au Brésil ? Ne nous emballons pas trop vite, de peur de voir ressurgir de vieux démons…

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1 Commentaire

  • Répondre janvier 20, 2014

    Léo Loyseau

    Article très intéressant qui fait à merveille le lien entre le niveau sportif et le niveau politique de ce pays qui aujourd’hui revient au plus haut niveau footballistiquement parlant et en très bonne voie de progression économiquement parlant !

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