Interview de Corentin de Chatelperron: Fondateur de Gold of Bengal

Après avoir fini ses études d’ingénieur à l’Institut Catholique d’Arts et Métiers (ICAM) de Nantes, Corentin de Chatelperron travaille pendant 3 ans sur des projets d’écotourisme avant de partir en 2009 au Bangladesh. C’est en travaillant sur le chantier naval TaraTari que son projet va débuter. Son idée: utiliser une ressource naturelle locale, la fibre de jute, pour construire un bateau plus écologique et plus adapté. De leur premier voilier, Tara Tari, à leur second prototype de bateau, Gold of Bengal, le travail innovant de Corentin et son équipe a permis de développer la recherche dans de nombreux secteurs.
Retour sur le périple d’un jeune visionnaire dont le parcours est une véritable source d’inspiration.

Comment s’est passée la construction du premier bateau?

« J’avais fait des essais en imbibant de la toile de jute avec de la résine. J’ai envoyé des échantillons à un ami architecte naval qui m’a donné les propriétés mécaniques de mes échantillons. C’est comme ca que j’ai pu déterminer la composition de la coque de TaraTari. J’ai fait les plans du bateau et choisi l’équipement grace à 2 amis architectes navals (Gwénolé Gahinet et Marc Van Peteghem). On a fabriqué la coque dans le chantier TaraTari, d’Yves Marre, près de la capitale Dhaka. Puis pour l’équiper j’ai récupéré pas mal de choses issues des chantiers de déconstruction de cargos : des hublots, des morceaux de coques pour faire des dérives, des canalisations pour faire le mat, etc. Résultat : le bateau avait l’air solide mais pas du tout confortable ! »

Pour prouver la solidité de votre bateau construit à 40% de composite en fibres naturelles de jute, vous avez décidé de naviguer du Bangladesh à La Ciotat. 14000 km pour une première expérience en mer et cobaye de votre propre invention, c’est stimulant ou c’est effrayant?

« Stimulant mais stressant. Le stress était dû au fait que je partais vraiment vers l’inconnu, je n’avais jamais navigué tout seul ou loin des cotes, et sur un bateau dont je ne connaissais pas grand chose ! »

Nous voulons proposer des challenges de recherche à des chercheurs, étudiants, bricoleurs et entreprises pour booster la recherche et mettre en avant les low tech, via une grande expédition maritime.

 Quel a été le principal obstacle à votre voyage?

« L’homme, particulièrement l’administration. J’ai du quitter le Bangladesh sans papiers parce que je n’arrivais pas à immatriculer le bateau, puis j’ai eu des embrouilles avec la Navy Sri Lankaise qui m’a enfermé plusieurs jours dans le port et poursuivi à mon départ. Puis pour passer le canal de Suez ça a été un long combat, la zone des pirates autour de la Somalie… je ne m’attendais pas à ce genre de problèmes ! »

De tels projets nécessitent des fonds financiers important, comment avez-vous démarché vos sponsors et qui sont-ils?

« L’expédition TaraTari a couté environ 7000 euros, j’ai payé la plus grosse partie, j’ai eu quelques sponsors comme Oryx, une entreprise francaise au Bangladesh, où Jules, et Plastima et Incidences m’ont offert du matériel et des voiles. Ensuite pour financer toute les recherches qui ont suivi se sont surtout des mécènes particuliers et des fondations, comme celle de Veolia Environnement et Latécoère, qui nous ont aidé. »

Tout est une histoire de partage de savoir-faire.

Outre la prouesse technique de votre innovation, est-ce l’objectif de votre association « Gold of Bengal” d’inspirer une forme d’entrepreneuriat associant écologie et développement?

« Avec toute l’équipe que nous avons monté pour mener ces recherches sur la fibre de jute, nous nous sommes rendus compte qu’il n’y avait pas besoin d’être un chercheur pointu pour innover, et que même tout droit sortis d’école nous pouvons contribuer de manière significative à un progrès plus sain. Nous nous rendons compte qu’en mixant les savoir-faire occidentaux, en l’occurrence nos connaissances des matériaux composites,  et des savoir-faire traditionnels (culture et transformation du jute), on peut trouver de bonnes choses à développer. Tout est une histoire de partage de savoir-faire. Cela évite de faire des « copier-coller » des technologies qu’on invente en occident vers les PVD, qui ont souvent des conséquences dramatiques. D’abord en terme d’écologie, mais aussi à travers la perte de savoir-faire locaux, la fuite des cerveaux vers l’occident, etc. »

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre récent projet “Nomade des Mers”?

« Nous montons sur internet une plateforme de recherche sur les « low technologies » : des systèmes simples qui répondent aux besoins de base grâce aux moyens du bord. Par exemple : four solaire, culture de spiruline, hydroponie, réchaud à économie de bois, pédalier de vélo pour produire de l’électricité, système pour recycler localement le plastique ou l’aluminium, etc. Tous ces systèmes qui sont des moteurs de progrès local et durable… il n’y a pas assez de recherche sur les low tech, pas assez de partage de savoir-faire, nous voulons donc proposer des challenges de recherche à des chercheurs, étudiants, bricoleurs et entreprises pour booster la recherche et mettre en avant les low tech, via une grande expédition maritime. »

Dans quelques années, sera-t-il possible d’imaginer un accès démocratisé à ce type de navigation pour les pêcheurs des pays en voie de développement?

« Nous organisons une expédition à la voile non pas parce que nous nous adressons aux marins seulement, mais parce que le bateau est un excellent moyen de tester les low tech : sur un bateau, il faut faire avec les moyens du bord ! »

 


Suivez toute l’actualité de Gold of Bengal sur leur site: http://www.goldofbengal.com/

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Cofondateur

    1 Commentaire

    • Répondre novembre 16, 2014

      Bernard Vessillier

      Super documentaire qui doit tout au « charme » de Corentin: Son visage, son sourire, sa silhouette, sa diction, … n’en jetez plus !
      Corentin, assure un maximum de sécurité sur ton bateau ( attention aux vagues traîtresses !) .
      Il sera dommage qu’il n’y ait pas une suiite !
      J’en redemande !
      Longue et heureuse vie !

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