Denis Mukwege, l’homme qui redonne vie aux femmes violées

Le mercredi 26 novembre, au Parlement européen de Strasbourg, le docteur Denis Mukwege s’est vu remettre le prix Sakharov, qui vise à récompenser des personnes participant à la défense des droits humains. Ce médecin dénonce depuis des années le viol comme stratégie de guerre et met son expérience et ses compétences au service de milliers de femmes brisées par les conflits en République démocratique du Congo (RDC).

Mardi dernier, France 5 a proposé un superbe documentaire intitulé « Au Congo, un médecin pour sauver les femmes » et consacré à l’hôpital Panzi, situé dans la région du Sud-Kivu. Ce reportage a été réalisé d’une main de maître par Angèle Diabang, qui a voulu donner la parole à la fois au personnel médical, conduit par la personne du docteur Mukwege et dévoué corps et âme à ses patientes, mais aussi à ces femmes violées que la vie n’a pas épargnée. L’hôpital Panzi, créé par le docteur Mukwege lui-même, devait au départ porter assistance aux femmes enceintes de la région ne pouvant se rendre dans les grandes villes. Mais devant la recrudescence des viols, l’hôpital s’est vite spécialisé dans l’accueil et le traitement des femmes victimes de sévices sexuels…

prixsakharov

Accompagner les femmes sur le chemin de la reconstruction

Le grand atout de l’hôpital Panzi, outre la dévotion de son personnel, est de proposer aux femmes des soins médicaux afin de reconstruire leur appareil génital ainsi qu’une prise en charge thérapeutique et une formation professionnelle. Ce que ces femmes ont le plus besoin, c’est qu’on leur redonne vie, que leur parole soit à nouveau prise en compte et surtout que leur statut de victime soit reconnu. Beaucoup d’entre-elles ont en effet été rejetées par leur famille, souvent anéanties par un sentiment de honte dû à la pression sociale. Comme je l’avais déjà évoqué dans mon précédent article « le viol, l’arme de guerre qui détruit en masse », au travers du viol des femmes, c’est toute une communauté que l’on cherche à détruire, et ce notamment par la diffusion du sentiment de honte. Ce phénomène est très bien expliqué dans le documentaire d’Angèle Diabang : les hommes dont les épouses ont été violées vont quitter leur village en vue de retrouver un certain degré d’anonymat tandis que les femmes vont fuir pour retrouver un certain sentiment de sécurité. Peu importe les motivations, le résultat est le même : fragilisation du tissu social et dislocation de la communauté. A l’hôpital Panzi, les femmes violées prennent conscience qu’elles ne sont pas seules, et que ce qu’elles ont vécu n’est absolument pas de leur faute. Petit à petit, elles peuvent relever la tête.

Promouvoir le processus de paix à tout prix

Si cet hôpital est une formidable avancée, son action doit s’accompagner de la mise en place de politiques de prévention contre les crimes sexuels d’une part, mais surtout de l’initiation d’un véritable processus de paix entre les différentes communautés au Sud-Kivu. Tant que la violence sera le seul moyen de se faire entendre, rien ne changera. Guy-Bernard Cadière, chirurgien travaillant aux côtés du Dr. Mukwege, met en lumière cette idée en évoquant le problème des enfants soldats et la cruauté à laquelle ils doivent faire face dès leur plus jeune âge. Ils franchissent si jeunes le seuil de l’horreur qu’il est plus qu’impossible de leur faire ensuite comprendre que violer des femmes est une monstruosité sans nom. Cela fait trop longtemps déjà qu’il ont passé le point de non-retour. Promouvoir la paix est le seul moyen qui puisse garantir aux femmes une véritable sécurité. C’est pourquoi le Dr. Mukwege s’emploie depuis des années à alarmer les autorités internationales sur le sujet : la recrudescence des viols en RDC traduit un problème profond qu’il faut traiter à la racine, en s’attaquant à cette culture de la violence qui tue en masse, à l’instar d’un génocide.

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Auteure passionnée et touche-à-tout, je prends plaisir à user de mon merveilleux clavier d'ordinateur pour rédiger des articles divers et variés. Et comble du comble, mon clavier a l'air d'aimer ça.

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