EGALITE+FRATERNITE+LIBERTE : l’équation parfaite du féminisme

Depuis quelques temps maintenant circulent sur les réseaux sociaux et au travers d’articles des témoignages de femmes se proclamant «anti-féministes». À l’heure où j’écris cet article, la page Facebook « Women Anti Feminism » comptabilise plus de 15 000 J’aime. J’avoue avoir été au départ complètement ahurie par cette initiative : comment des femmes peuvent-elles rejeter un ensemble d’idées prônant le respect de leurs droits en tant que personnes à part entière? Une fois remise de mes émotions, je décide de creuser un peu plus la question et de découvrir ce que défendent ces supportrices de l’anti-féminisme. Cela ne commence pas très bien puisque l’un des premiers commentaires que je lis est : «  Je n’ai pas besoin du féminisme parce que… je suis pour l’égalité, pas pour défendre les droits des femmes au détriment de ceux des hommes. »1 Euh, en fait c’est aussi ce que le féminisme défend. Il n’a jamais été voué à opposer les femmes aux hommes mais au contraire à les mettre sur un pied d’égalité. Plus loin, un autre témoignage me fait véritablement sortir de mes gonds : « Je n’ai pas besoin du féminisme car je suis courageuse et forte »2. Je suis ravie pour cette femme, mais son approche me semble quelque peu limitée. En effet, cela s’apparenterait à dire que parce l’on mange à notre faim et qu’on a accès à l’éducation, l’UNICEF ou la CROIX ROUGE ne sont plus nécessaires. Cherchez l’erreur…

 

Un discours bourgeois et dénué de toute ouverture sur le monde

 

Ce groupe Facebook a simplement fait le choix facile de s’attaquer à la branche extrémiste du féminisme qui n’est absolument pas représentative du mouvement dans son ensemble. Mais cela va plus loin car je trouve qu’en faisant le choix d’une telle campagne, ce groupe porte atteinte au combat de millions de femmes à travers le monde qui se battent chaque jour pour que leurs droits soient reconnus. Que dans nos sociétés dites bourgeoises, le féminisme soit controversé est à la limite compréhensible, sans pour autant être acceptable car les inégalités restent nombreuses, mais simplement moins apparentes que par le passé. Mais si l’on s’intéresse un tant soit peu à ce qui se passe dans le monde, il me paraît alors absolument aberrant et insultant de tenir le même discours. Qu’en est-il de ces femmes dont l’accès à l’éducation est refusé? Qu’en est-il de ces petites-filles dont le corps est mutilé chaque jour? Se prôner anti-féministe, cela n’est ni plus ni moins l’insulte la plus grande qu’on puisse à faire ces femmes dont les droits sont chaque jour bafoués. Que certaines d’entre-nous ne ressentent pas la nécessité du féminisme, très bien, c’est leur droit, mais qu’elles n’en fassent pas la propagande au détriment de celles qui en ont vraiment besoin.

Des droits des femmes et de leur fragilité

Waris Dirie

Waris Dirie

Cette semaine dans la presse, la rumeur d’une fatwa de l’Etat islamique en Irak et au Levant sur l’excision n’a surpris personne. Si finalement elle s’est avérée fausse, elle a mis en lumière combien la sécurité des femmes et la protection de leurs droits restent fragiles. Car oui, cela n’aurait surpris personne que cette abomination soit mise en place car après tout les femmes sont la plupart du temps les victimes des pires horreurs, et ce particulièrement en tant de conflit. Les mutilations sexuelles imposées aux petites filles et femmes à travers le monde font de nombreuses victimes chaque années. Heureusement, depuis plusieurs années maintenant, des organisations internationales comme les Nations Unies ou l’Organisation mondiale de la Santé ont pris position sur la question. Des voix de victimes se font aussi entendre comme celle de Waris Dirie qui a subi à cinq ans l’ablation du clitoris et des petites et grosses lèvres. Cette ancienne mannequin et ambassadrice de l’ONU est née en Somalie, pays qu’elle a fui pour échapper à un mariage forcé. Elle travaillera pour des diplomates somaliens à Londres en tant que femme de ménage avant d’être repérée par un photographe de mode. Au Royaume-Uni, elle découvrira qu’être une femme ne signifie pas de devoir subir le martyre auquel elle a dû faire face à cinq ans dans le désert lorsqu’une vieille villageoise s’est chargée de l’exciser. « Lors de mon excision, ma mère ne voulait pas de tâches de sang sur les couvertures »3. C’est en Angleterre donc que prendra naissance son combat contre cette coutume qui fait encore aujourd’hui de nombreuses victimes. Elle a écrit un livre qui raconte son histoire et un biopic est sorti en 2012 sous le titre de « Fleur du désert ». Même au sommet de sa carrière, Waris Dirie n’a jamais oublié son pays et les souffrances qu’y connaissent les femmes, et a ainsi décidé de mettre à profit sa notoriété pour lutter contre le phénomène de l’excision.

Le féminisme n’est pas synonyme d’une victimisation des femmes ou d’un combat contre les hommes. C’est seulement la reconnaissance de la femme comme une personne à part entière dotée de droits et dont le sexe ne doit en aucun cas apparaître comme un moyen de la diminuer. Dans une société idéale, le féminisme n’existerait pas car les femmes n’auraient pas besoin de défendre leurs droits. Mais aujourd’hui, il reste plus que nécessaire et il se doit d’être respecté à sa juste valeur.


[1]http://www.madmoizelle.com/anti-feministes-tumblr-271582

[2]Idem

[3]Waris Dirie et son combat contre l’excision: « J’ai connu le martyre à 5 ans »

 

 

 

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Auteure passionnée et touche-à-tout, je prends plaisir à user de mon merveilleux clavier d'ordinateur pour rédiger des articles divers et variés. Et comble du comble, mon clavier a l'air d'aimer ça.

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