Egypte: la montée de la répression

Depuis l’arrivée du maréchal Abdel Fattah El Sissi à la présidence du pays, après sa victoire aux élections le mois de Mai dernier, l’Egypte se voit victime d’une montée de la répression politique. Le gouvernement insiste à ignorer les critiques concernant les violations commises contre les droits de l’homme en justifiant cette main de fer comme la lutte contre le terrorisme Islamiste. Après la destitution en Juillet 2013 du président Mohammed Morsi appartenant au groupe politique des Frères Musulmans, le pays a été l’objet de nombreux attentats-suicides contre les forces de l’ordre, la plupart dans la région troublée du Sinaï.

La presse et les médias en première ligne d’attaque

C’est le sort des trois journalistes de la chaine qatarie Al Jazeera, emprisonnés depuis bientôt un an qui résonne fort dans la presse internationale. Ils ont été accusés de soutenir les Frères Musulmans et ont reçu des peines de sept à dix ans de prison. Lors de sa dernière apparition dans les médias, Sissi a fait allusion à une possibilité de pardon présidentiel pour l’Australien Peter Greste, un des trois journalistes. Mais il n’a rien ajouté au sujet des deux autres détenus égyptiens.

Si l’affaire des journalistes d’Al Jazeera a fait des échos dans le monde, c’est surtout les séries de faits-divers qui petit à petit virent au cauchemar pour la liberté de la presse égyptienne et l’opposition politique. Le 12 Novembre dernier, le journaliste français Alain Gresh a été interrogé par la police égyptienne au Caire pour avoir discuté de politique dans un café de la capitale. Le directeur adjoint du mensuel français Le Monde diplomatique et spécialiste du Moyen-Orient, était en compagnie d’une journaliste et d’une étudiante égyptiennes discutant en anglais et en arabe, lorsqu’une citoyenne égyptienne qui écoutait leur conversation s’est rendue à l’extérieur du café pour faire appel aux forces de l’ordre. Les policiers l’ont alors interrogé puis confisqué son passeport et les cartes de deux égyptiennes en sa compagnie. Ce n’est que deux heures après qu’ils ont pu quitter les lieux. Alain Gresh a détaillé l’incident au site d’info égyptien “Mada Masr” rapportant que la citoyenne égyptienne leur a crié:

Vous allez détruire le pays !

Ce n’est pas la première fois qu’un citoyen égyptien alarme les forces de l’ordre contre des individus étrangers participant à quelconques activités politiques ou sociales. Ces citoyens se voient en devoir de protéger leur pays contre ces menaces étrangères de renverser le pays.

Dessin de Cost - © Courrier International

Dessin de Cost – © Courrier International

La menace de “1984”

Le pays est en état de paranoïa contre les conspirations et le terrorisme, ce qui déclenche des incidents comme celui de Mr. Gresh ou même plus absurde comme celui d’un étudiant arrêté par la police en possession du roman “1984” de George Orwell, un chef d’œuvre sur le despotisme moderne. La police a arrêté le 8 novembre cet étudiant de 21 ans devant l’Université du Caire pour avoir filmé sans autorisation les forces de l’ordre. Mais ce n’était pas leur seule raison d’emmener le suspect au poste de police. Le communiqué des forces de sécurité souligne avoir trouvé dans le sac de l’étudiant une copie du roman. “Il avait en sa possession deux portables sans batterie et le roman ‘1984’ évoquant des régimes militaires corrompus et des pays gouvernés de manière dictatoriale”, selon la transcription du communiqué par le journal égyptien « Al-Masry Al-Youm« .

Les menaces de conspirations et de révolte contre le régime militaire ne font que s’aggraver. Chaque incident plus absurde l’un que l’autre démontre bel et bien le climat despotique qui s’est installé en Egypte. Si les journalistes et les membres de l’opposition politique se voient intimidés par les forces de l’ordre, la presse égyptienne elle, ne fait que s’enfoncer. Les rédacteurs en chef de près de 17 médias locaux (gouvernementaux et privés) ont pris la décision de se rallier à la politique du régime de Sissi. Ils ont signé en Octobre une déclaration qui impose l’abstention de quelconque critique du régime ou du gouvernement afin de soutenir le pays dans sa lutte contre le terrorisme.

La presse s’autocensure, les journalistes et activistes sont visés par la police. Tout cela donne place à un climat bien similaire à celui qui régnait sous Moubarak avant la révolution égyptienne de Janvier 2011.

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Résidant actuellement à Dubaï, je suis une journaliste franco-égyptienne passionnée par les enjeux socio-politiques en Egypte et tout ce qui touche à la liberté d'expression et aux droits de la femme dans le monde.

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