Est-il possible de revenir d’un trou noir ?

Ce qu’il y a d’intéressant avec l’astronomie, c’est que depuis la Terre on peut recevoir des informations qu’on n’avait pas forcément demandées. Les découvertes viennent parfois d’elles-mêmes. Malgré ces récentes conclusions, peut-être hasardeuses, tel est le cas d’une observation effectuée voilà cinq ans par une équipe d’astronomes basée au Texas à propos d’un trou noir.

Pour saisir l’enjeu d’une information relative aux trous noirs, il faut d’abord poser un minimum de contexte. Un trou noir est un défi constant à la connaissance, que l’être humain s’est lancé depuis qu’il observe le monde extérieur. Tout le principe d’un univers fait de matières de différentes natures, depuis l’infiniment petit jusqu’à l’infiniment grand, et régi par des lois d’espace et de temps, s’effondre (littéralement) à l’approche du phénomène de trou noir. Ces derniers constituent un paradoxe perpétuel pour un esprit humain. C’est un fait scientifique qui vient semer le doute dans tout ce que la science a posé comme vérités, y compris la troisième dimension de notre univers. D’ailleurs, cette science qui pose l’observation comme un protocole fondamental est parvenue à prouver l’existence des trous noirs justement en ne les voyant pas, constatant l’invisibilité d’un corps à la forte gravitation pourtant manifeste.

Un casse-tête pour les plus grands

Le sujet est tellement glissant qu’il a mobilisé l’attention des deux plus fameux physiciens de l’Histoire. De son côté Stephen Hawking les accuse de ne pas être tout à fait noirs. Quant à Einstein, lui allait jusqu’à refuser leur existence, même si on lui doit la meilleure conception de ce qu’ils sont à l’univers. Pour s’imaginer un trou noir selon le fameux physicien, il faut voir un univers comme une toile horizontale tendue. Chaque corps céleste est l’équivalent d’une bille posée dessus, qui par son poids s’enfonce légèrement et exerce un pouvoir d’attraction sur son environnement proche. Le trou noir est un de ces corps qui est devenu trop lourd pour la toile et qui donc s’enfonce en creusant une sorte de puits. Il disparaît de la surface mais continue d’exercer un effet gravitationnel où chaque élément aux alentours va être amené à sombrer dans le puits.

© art_inthecity - Flickr

© art_inthecity – Flickr

Faire des trous noirs son sujet d’étude, c’est se confronter en continu aux limites mêmes de la notion de science sur laquelle on veut s’appuyer dans sa démarche. Tout un programme. C’est pourquoi, à chaque fois qu’une information peut être récupérée à propos de ce phénomène, elle est tout de suite intéressante étant donné que par rapport au peu d’éléments tangibles, la plupart des données peuvent apparaître crédibles. Par exemple à l’observatoire McDonald, centre d’astronomie universitaire des plus sérieux, on croit pouvoir dire qu’un trou noir peut être limité dans son absorption d’une étoile, au point même de rejeter de la matière durant le processus.

L’équipe à l’origine de l’hypothèse s’appuie sur une forte émission de lumière constatée à travers l’espace. Beaucoup trop forte et instantanée pour être l’œuvre d’une étoile, elle est d’abord considérée comme une supernova, c’est-à-dire l’explosion d’une étoile qui dégage une puissance observable sur des distances intergalactiques. Les supernovas sont d’ailleurs initialement le sujet d’étude des astronomes de McDonald.

L’éructation : idée intéressante mais…

C’est donc en tant que spécialistes qu’ils écartent la supernova comme source potentielle de la lumière. Ils songent alors à l’émission lumineuse d’une étoile en train de se faire manger par un trou noir. Or, les trous noirs en eux-mêmes étant invisibles, elle proviendrait des rejets éructés durant la destruction lente de l’étoile. Ici l’hypothèse suppose un retour dans l’univers connu de matières ayant été pris dans l’aspiration, alors même que rien ne résiste à la gravité d’un trou noir. Rien n’en revient, c’est l’incarnation même du néant. Les perspectives ouvertes par l’idée que de la matière connue puisse en réchapper bouleverserait notre approche de ce phénomène singulier.

© thebadastronomer - Flickr

© thebadastronomer – Flickr

Le problème, c’est que l’éructation supposée peut avoir une explication beaucoup plus simple. La matière de l’étoile prise au piège n’a pas forcément produit la lumière perçue à cause d’une expulsion. Comme elle est soumise à de fortes contraintes gravitationnelles, notamment aux abords proches du trou noir, la matière chauffe dans des mesures inimaginables, dégageant ainsi une lumière puissante pouvant parfois arriver jusqu’à nous. Ce phénomène déjà connu et observable, se nomme le quasar. Mais si le trou noir repéré à McDonald en était un, il aurait été identifié comme tel puisque les quasars sont bien définis avec des caractéristiques très particulières. Leur production de lumière est par exemple continue, et pas ponctuelle comme celle émise depuis le trou noir qui aurait éructé.

Peut-être l’hypothèse de l’éructation n’est-elle toujours pas la plus scientifiquement acceptable. Elle montre toutefois la fascination qu’engendrent les trous noirs, et l’énorme chantier que leur connaissance continue de brandir à la face des scientifiques.

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