ETATS-UNIS : LES EXECUTIONS DE LA HONTE

Warren Hill et Robert Ladd ont été exécutés à deux jours d’intervalle aux Etats-Unis. Chacun était pourtant atteint de déficience mentale, un critère qui doit sauver les détenus de la peine capitale selon la loi fédérale.

Le 27 janvier, Warren Hill, 54 ans, a été mis à mort par injection létale dans le pénitencier de Jackson en Géorgie pour le meurtre d’un codétenu, il était alors condamné à la perpétuité pour avoir tué sa femme. Sa déficience intellectuelle a pourtant été établie par de nombreuses expertises psychiatriques, et ce depuis son enfance, rappelle Amnesty International. « Cette exécution est une abomination » a déclaré son avocat, Brian Kammer. Seulement une heure avant l’injection et malgré la demande de l’Union européenne et de nombreuses organisations d’avocats et de médecins pour gracier Warren Hill, la Cour suprême a rejeté sa requête à sept voix contre deux.

Deux jours plus tard, l’Etat du Texas a procédé à l’exécution de Robert Ladd, 57 ans. Lors de son procès pour meurtre, le juge a déclaré que des « preuves suffisantes » prouvaient le « fonctionnement intellectuel nettement inférieur à la moyenne » de Robert Ladd. Un psychiatre avait décelé un retard chez son patient, alors âgé de 13 ans. Le juge a cependant estimé que son retard mental ne constituait pas un argument assez conséquent afin d’échapper à la peine capitale. Il s’agit du sixième détenu exécuté cette année outre-Atlantique, et du deuxième au Texas, Etat le plus meurtrier, représentant 40% des exécutions.

Chaque Etat est décisionnaire

La législation américaine à l’égard des handicapés mentaux est pourtant claire. En 1986, la Cour suprême fédérale a strictement interdit l’exécution des « fous » en citant le huitième amendement qui proscrit « le châtiment cruel et inhabituel ». Dans un arrêté en 2002, elle a étendu cette interdiction aux personnes atteintes d’un « retard mental », celui-ci pouvant entraîner « le risque d’une exécution arbitraire ». En 2007, il a été spécifié que le détenu devait avoir une « compréhension rationnelle » de sa condamnation.

© FlickR / Michael Coghlan

© FlickR / Michael Coghlan

Chaque Etat dispose toutefois de ses propres lois pour définir la déficience mentale. En Géorgie, le handicap d’un condamné doit être démontré « au-delà d’un doute raisonnable », c’est la raison pour laquelle l’exécution de Warren Hill a eu lieu. Il arrive fréquemment que la Cour suprême décide de ne pas s’impliquer et de ne pas appliquer la loi fédérale, comme dans le cas de Robert Ladd, doté d’un QI de 67. « N’importe où ailleurs dans ce pays, le QI à 67 de Monsieur Ladd aurait signifié la prison à vie, et non la mort », s’est insurgé Brian Stull, avocat de l’Union américaine de défense des libertés (ACLU).

Des cas fréquents

Les exécutions d’attardés mentaux sont récurrentes aux Etats-Unis. D’après le directeur du Death Penalty Information Center, Richard Dieter, 10 à 15% des criminels présents dans les couloirs de la mort pourraient être atteints de déficience intellectuelle, précise le Courrier International. En outre, une étude publiée en juin 2014 dans le Hastings Law Journal explique que la moitié des cent derniers détenus exécutés présentaient des signes de maladies mentales.

La peine de mort est une condamnation largement acceptée par les Américains. Selon un sondage effectué en 2011, 61% d’entre eux se disent en faveur de la peine capitale. Cependant, une récente étude réalisée par Public Policy Polling montre que 58% d’entre eux désapprouvent l’exécution de malades mentaux.

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Diplômée en journalisme, je porte un vif intérêt aux questions sociétales ainsi qu'à l'Histoire.

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