ETATS-UNIS : Un racisme institutionnel

Ces derniers mois, des dizaines de milliers d’Américains sont descendus dans la rue afin de protester contre les violences policières à l’encontre des Noirs. Le meurtre de Michael Brown, étudiant Afro-Américain de 18 ans, par Darren Wilson, policier blanc, a été le point de départ de ces manifestations.

Le 9 août 2014 à Ferguson dans le Missouri, l’officier s’est approché du jeune homme et de son ami pour leur signaler de marcher sur le trottoir. S’en est suivi une altercation entraînant la mort de Michael Brown, atteint par sept balles. Le policier a soutenu l’état de légitime défense face à un individu extrêmement « agressif ». De nombreux témoins ont néanmoins contredit les dires de Darren Wilson. Selon eux, Michael Brown était à terre, les mains en l’air, demandant à l’officier de ne pas lui tirer dessus. Un mois auparavant, une affaire similaire impliquant la police new-yorkaise (NYPD) a suscité l’indignation. Eric Garner, un père de famille noir de 43 ans, est mort après avoir été étouffé par un officier qui tentait de le mettre à terre. Il était suspecté de vendre des cigarettes à la sauvette. Une vidéo de l’altercation mise en ligne sur les réseaux sociaux montre que l’homme a signalé ne pas pouvoir respirer à plusieurs reprises avant de cesser de bouger. L’issue de ces drames a été identique, la justice américaine décidant de ne pas poursuivre les policiers. Rendus à dix jours d’intervalle, le 24 novembre pour Darren Wilson et le 4 décembre pour l’officier new-yorkais, les verdicts ont scandalisé de nombreux américains.
Enfin, une troisième bavure est venue accroître le sentiment d’injustice des afro-américains. Le 22 novembre, à Cleveland dans l’Ohio, le jeune Tamir Rice, 12 ans, a été abattu par un policier alors qu’il jouait avec une arme factice.

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Ciblés par la police et la justice

Ces affaires sont loin d’être exceptionnelles, elles démontrent l’hostilité des forces de l’ordre face aux Afro-Américains. Dans une interview accordée à Libération, Cornell Brooks, président de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), qui défend les droits des Noirs, affirme qu’un Noir a « 21 fois plus de risques qu’un Blanc d’être tué par un policier ». Les officiers ont en effet recours à la force létale beaucoup plus facilement face aux Noirs, qu’ils estiment plus dangereux. Seulement 2% des policiers impliqués dans des affaires de meurtre d’un afro-américain se retrouvent face à la justice. Dans ce cas, il arrive fréquemment qu’ils soient acquittés, à l’image des quatre officiers qui avaient passé à tabac Rodney King à Los Angeles en 1991. Outre-Atlantique, l’homme noir est le stéréotype du criminel, cette image est ancrée dans la société. De nombreux américains prennent ainsi la défense des policiers, soulignant qu’ils agissent dans le cadre de leur métier, protégeant ainsi la population. Par exemple, une page Facebook soutenant l’officier Darren Wilson compte plus de 100.000 abonnés.
La communauté noire subit également cette discrimination au niveau de la justice. D’après le site Prison Policy, les afro-américains ont cinq fois plus de risques de se retrouver derrière les barreaux que les Blancs, ils écopent en outre de peines plus lourdes. Les adolescents noirs sont de ce fait jugés en tant qu’adultes beaucoup plus fréquemment.

Plus grandes manifestations depuis les années 60

Le laxisme de la justice face aux meurtres des Noirs ne concerne pas seulement les policiers, l’acquittement du surveillant de voisinage George Zimmerman en est un parfait exemple. Le 26 février 2012, ce dernier a abattu Trayvon Martin, un jeune noir de 17 ans non armé, alors qu’il rentrait chez lui dans la ville de Stanton en Floride. Pour rendre leur verdict, les juges se sont appuyés sur la loi « Stand your ground » (« défends ton terrain »), qui permet à quiconque se sentant menacé d’avoir recours à l’arme à feu.

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L’affaire Trayvon Martin a provoqué quelques manifestations et émeutes à travers le pays en 2012, puis en 2013. La réaction des Américains face aux décisions de la justice pour les meurtres de Michael Brown et Eric Garner a toutefois été d’une toute autre ampleur. Cette année, les protestations rassemblent des personnes d’origines ethniques variées, elles se sont répandues jusqu’en Europe avec la marche « Black Lives Matter » (« les vies noires comptent ») qui s’est déroulée à Londres le 10 décembre. C’est également aux travers des réseaux sociaux que les protestants ont exprimé leur indignation. En utilisant le hashtag #CrimingAsWhite, les Blancs énoncent les délits impunis qu’ils ont commis.
Il s’agit des manifestations les plus importantes depuis le mouvement pour les droits civiques des années 50 et 60. A l’époque, les Afro-Américains se battaient pour posséder les mêmes droits que les Blancs, ils désiraient mettre un terme à la ségrégation. Plus de cinquante ans après, le combat n’est pas achevé. Ils demandent aujourd’hui l’impartialité des institutions à leur égard.

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Diplômée en journalisme, je porte un vif intérêt aux questions sociétales ainsi qu'à l'Histoire.

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