Football : le fair-play financier légalement attaqué

Ce 11 mars, lors du quart de finale de Ligue des Champions, le PSG élimine Chelsea dans des conditions que la presse a pu juger héroïques. Au-delà de l’aspect strictement sportif, l’événement est le reflet d’un changement de rapport de force entre le nouveau riche anglais des années 2000, et le nouveau riche français destiné à dominer la décennie suivante. Un destin qui doit néanmoins composer avec un cadre bien différent, celui du fair play financier aujourd’hui contesté même juridiquement.

Un principe d’équité…

Le fair play financier, c’est cet instrument administratif mis en place à partir de 2011 et issu de l’UEFA. Peut-être inscrit dans le sillage de la crise mondiale des subprimes, il souhaite ramener un peu d’équilibre financier dans un monde du football souvent perçu comme ostentatoire. Telle fut la manière choisie par Michel Platini, président de l’UEFA porteur du projet, pour le faire avancer au regard de l’opinion publique.

© DrabikPany - Flickr

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Son élaboration repose sur un concept simple, voire simplissime : imposer aux clubs des dépenses dans la limite de leurs revenus. La chose semble aller de soi, mais en économie, tout se complique très vite lorsqu’il s’agit de gros sous. Jusque-là, des clubs ont pu dépenser des dizaines de millions sans générer l’argent suffisant, en s’appuyant sur un processus d’endettement parfois faramineux.

Les plus importants comme le Real Madrid comptaient sur le principe du too big to fail car solvables et soutenus. Mais ce type d’endettement a conduit à des concrétisations moins glamour, comme des joueurs sans salaire plusieurs mois durant à Galatasaray, Parme ou en Grèce. Derrière les projecteurs, cela signifie des employés de clubs très loin du foot business dont l’avenir est baigné d’incertitudes. Car dans des cas extrêmes, des clubs ont tout bonnement disparu, chose notamment connue au Portugal. Le fair play financier est venu pour rationaliser tout ça, et éviter ce risque de disparition définitive planant constamment au dessus des structures fragiles.

Ben Sutherland b

Ne pas avoir les yeux plus gros que le ventre, une idée de bon sens qui, dans un contexte économique fortement libéral (d’autant plus en Europe) est peut-être en contradiction avec la loi. C’est du moins ce que semble penser Jean-Louis Dupont, un avocat particulièrement impliqué dans les affaires sportives. Il assume la charge d’une plainte déposée par un agent de joueur contre l’UEFA à propos de ce fair-play financier. Il s’appuie principalement sur l’argument d’entrave à la libre concurrence que représente cette limitation de financement, parfois par des investisseurs privés normalement libres de la gestion de leurs ressources.

… au service des installés ?

L’affaire pourrait n’être que le combat personnel d’un lésé face aux institutions, comme il en existe tant dans tous les domaines. Là où elle prend une tournure intéressante, c’est que certains clubs du circuit européen posent un œil attentif sur la suite des événements. Le fair-play financier avance certes comme un instrument d’équilibre et de mesure, mais il vient aussi pénaliser des investisseurs qui ne font peser aucun risque financier immédiat sur leurs clubs. L’exemple de ce Chelsea éliminé il y a quelques jours de la Ligue des Champions en dit long à ce titre.

Lorsque son investisseur russe a débarqué au début des années 2000 avec ses fonds, il a pu les injecter sans aucune contrainte dans les finances du club pour bâtir une machine de guerre sportive sans commune mesure. Pour reprendre le parallèle avec le PSG, ce club aujourd’hui possédé par des Qataris ne peut suivre la même démarche à l’heure actuelle malgré sa motivation, et un argent pas forcément moins propre que celui d’un apparatchik. Le fair-play financier lui impose des contraintes comptables. Même s’il souhaitait déverser des sommes astronomiques, qu’il possède par ailleurs, le propriétaire du PSG ne le pourrait que s’il trouve à côté une source de revenu équivalente. 

© Urbanfeeds-Paris - Flickr

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Et le PSG n’est qu’un exemple. Manchester City ou Monaco désirent tout autant s’imposer au niveau continental grâce aux généreuses ressources d’un mécène. Ces nouveaux challengers sur la scène européenne accusent alors des clubs installées (le Real Madrid, le FC Barcelone, le Bayern Munich ou Manchester United) d’établir via l’UEFA où ils sont influents un règlement ad hoc contre les puissances financières émergentes venues les déloger.

Cas comparable aux sommations des pays atlantiques envers la Chine pour limiter sa pollution, désormais que le vert est la couleur à la mode, alors que ceux-ci se sont assis sur ces préoccupations pendant des décennies.

La procédure menée par Dupont est en cours et rien ne laisser présager son issue. Mais des supporters se sont déjà infiltrés dans la faille juridique, qui sûrement désireux de voir débarquer des gros contrats dans leur équipe attaquent à leur tour l’UEFA.

Et voilà vingt ans cette année qu’une décision de justice, l’arrêt Bosman, avait suffi à changer radicalement la face du football européen. L’affaire avait alors été portée par un certain… Jean-Louis Dupont.

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Simple rédacteur web indépendant, s'intéresse à peu près à tout, du moment qu'on peut écrire dessus.

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