France/Etats-Unis: D’une police l’autre

Outre-Atlantique, ces dernières semaines l’actualité a été fortement animée par les décès de jeunes afro-américains ayant croisé la route de policiers. Or, au sein d’une période chargée, un événement français pouvant pourtant y faire écho a peiné à se rendre visible. Un événement témoignant que l’hexagone aussi a une police qu’il faut regarder de près.

Traité sur Impact magazine il y a peu, le sujet des policiers américains impliqués dans la mort de citoyens noirs a défrayé la chronique. Suite à leur relaxe des mouvements de protestation se sont déclenchés dans la population américaine, et même à l’échelle internationale. Quelques jours à peine après ces faits, à la mi-décembre tout juste, tombait une décision de justice française impliquant également la responsabilité de la police après la mort d’un homme. Pour la troisième fois le décès trouble d’Ali Ziri a été juridiquement conclue par un non-lieu. L’affaire débute il y a cinq ans. Ali Ziri, un homme de 69 ans alors passager d’une voiture conduite par un proche, se fait contrôler par la police puis embarqué au commissariat, en début de soirée. Le lendemain en début de matinée Ali Ziri décède. Environ un mois plus tard, un premier non-lieu est décidé par la justice. Le début d’un marathon judiciaire pour la famille.

Médiatiquement le dernier épisode en date, cette décision de mi-décembre, n’a guère été répercuté que par un seul titre de la presse quotidienne nationale. Déjà en 2009 ni le drame ni la première décision de justice n’avait eu les faveurs d’une couverture. A noter qu’un an plus tard, dans la même ville, une affaire n’ayant pas eu l’issue dramatique d’Ali Ziri avait rencontré beaucoup plus d’écho. Il avait été question d’une femme pénalisée pour avoir conduit voilée…

© Flickr – Shrieking Tree

© Flickr – Shrieking Tree

Aux Etats-Unis, dès la première décision de justice délivrant les policiers de leur responsabilité, la population s’est émue en masse. Il est vrai que plusieurs événements similaires se sont superposés pour provoquer une mobilisation de cette ampleur, peut-être appuyée par une présidence Obama symbolisant un progrès qui visiblement a encore du chemin à faire. Mais avant Antonio Martin, Michael Brown ou même Trayvon Martin, l’année 2009 avait aussi vu un drame aux Etats-Unis, la mort d’Oscar Grant dans des circonstances similaires. Depuis, cet événement a tout de même débouché sur un film, preuve qu’outre-Atlantique il existe un minimum de travail sur cette mémoire.

 En France les choses sont notablement différentes. Pourtant dans les affaires de décès impliquant les forces de police on retrouve plusieurs éléments similaires aux Etats-Unis. Les issues judiciaires de ces cas sont absentes, sinon souples, pour deux tiers d’entre eux. Jusque dans les rapports d’Amnesty International on en vient à utiliser le terme d’impunité.
Les drames constituent une tendance lourde sur la durée, puisqu’en moins d’un demi-siècle des milliers de cas de violences policières sont survenus. Ainsi c’est à plusieurs reprises que la France a été punie par la Commission européenne des Droits de l’Homme pour cela. Et un archétype se dégage chez les victimes. De même que les Afros-Américains, ce sont en France les individus rattachés à des origines africaines, et notamment d’Afrique du Nord, qui sont bien plus susceptibles de subir des violences face aux forces de police.

Dans cette situation, pourquoi un tel écart dans l’importance donnée, médiatiquement et politiquement, aux conséquences d’une telle… routine ?

Peut-être déjà dans le rapport avec la violence, extrêmement différent aux Etats-Unis et en France. Les Américains, entre leur droit de porter une arme et la tolérance des autorités pour leurs comités de surveillance, envisagent aussi la sécurité comme une responsabilité personnelle. En France la violence a été durement captée par une autorité centrale, elle ne peut s’exprimer dans le cadre de la loi qu’au travers de l’Etat. Si jamais sa légitimité est remise en cause, ça n’est pas simplement un policier mais tout le corps politique qui est engagé.

© Flickr – seven_resist

© Flickr – seven_resist

C’est d’autant plus marquant que les Etats-Unis sont comme une fédération. Les impairs de la police d’un Etat peuvent émouvoir sans forcément concerner la population de l’Etat voisin, ni même tout le pays. La France se targuant d’être une république, souvent taxée (à tort) de jacobinisme donc centralisée, la police n’est pas qu’un corps de maintien de l’ordre. Y sont insufflées des concepts idéologiques, ceux notamment d’égalité et de liberté. Relever des manquements réguliers à leur égard amène à conclure qu’ils ne sont que des mots finalement peu mis en pratique, ce qui poserait des questions sociales dépassant complètement la seule thématique de la police.

D’où probablement le réflexe des médias à se précipiter sur les affaires de Jouè-les-Tours et de Nantes. Et de pareillement se précipiter quelques jours après pour se dédire sur des Allahou Akbar finalement peut-être pas lancés, mais qu’on avait quand même mentionnés.

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Simple rédacteur web indépendant, s'intéresse à peu près à tout, du moment qu'on peut écrire dessus.

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