Frappez avant d’entrer. Une plongée dans l’univers mental du SM

A moins que vous n’ayez hiberné dans une tanière à l’écart de toute civilisation ces dernières semaines, il ne vous aura pas échappé que l’adaptation cinématographique du best-seller “50 Nuances de Grey” est sortie en salles. L’histoire érotico-romantique de E. L. James (que l’auteure de ces lignes confesse – sans mauvais jeu de mots – n’avoir ni lue ni vue) a mis sur le devant de la scène le phénomène BDSM, sans que l’on sache vraiment de quoi il s’agit. Au-delà des idées préconçues, éclairage sur un univers mal connu.

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« MaleSub Bondage 2 » par Geier (Licence CC BY-SA 2.0, © Wikimedia Commons)

Précis de vocabulaire : différencier la domination du sadisme

BDSM est la contraction de plusieurs associations de mots : BD pour Bondage (pratique de l’attachement de son partenaire) et Discipline, DS pour Domination et Soumission, SM pour SadoMasochisme. Cette dernière composante a fait l’objet de nombreuses études en philosophie et en psychanalyse. A la suite de Deleuze, la contraction Sadomasochisme, “monstre sémiologique”, a été invalidée dans son principe, les logiques sadique et masochiste respectives étant loin d’être complémentaires. Le sadisme renvoie au plaisir d’infliger de la douleur à une victime non consentante. Le masochisme au contraire est la recherche du plaisir dans la douleur et l’humiliation. Il suppose une acceptation pleine et entière de la part du masochiste, formalisée par un contrat qui unit formellement et moralement les parties prenantes. La rencontre heureuse entre un sadiste et un masochiste est donc dans son principe impossible.

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« MightMac Handcuffs 1 » par Emily <3 / Alex (Licence CC BY 2.0, © Wikmedia Commons)

L’importance du contrat : formaliser l’accord entre dominateur et soumis

L’univers masochiste, empreint d’esthétisme et de formalisme juridique, se transpose dans les relations de Domination/Soumission. Le principe premier d’une relation DS est le transfert de volonté. La personne qui se soumet accepte d’abandonner sa volonté pour s’en remettre à celle de la personne qui la domine. Les parties prenantes signent un contrat plus ou moins détaillé qui établit le principe, les modalités et éventuellement la durée de l’accord. Il précise les pratiques entièrement acceptées, les pratiques absolument rejetées (limites fermes) et celles qui suscitent une faible réticence (limites souples). Au stade de la définition des termes du contrat, c’est la personne qui se soumet qui a le pouvoir : elle fixe ses règles, que le dominateur devra toujours absolument respecter. Comme tout contrat, il peut se rompre avec l’accord des parties ou se renégocier dans le temps, éventuellement à la faveur d’une “progression” de la personne soumise qui évolue dans sa soumission et peut accepter à un moment donné des pratiques qu’elle refusait précédemment.

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© Wikimedia Commons

La notion de progression est centrale. La relation DS est souvent pensée comme un parcours initiatique dans laquelle le dominateur guiderait le soumis vers un dépassement de soi, une meilleure connaissance de son être et de sa sexualité et un repoussement incessant de ses limites. Dans sa forme la plus extrême, la relation DS est une expérience totale. Bien que la dimension ludique ait sa place, il ne s’agit pas d’un jeu où les participants endossent un rôle, mais un mode de vie à part entière. Les contractants, en particulier les soumis, se donnent vraiment eux-mêmes, pleinement.

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© Wikimedia Commons

Le contrat qui formalise la relation DS manifeste l’importance du rapport qui s’établit entre les partenaires, d’abord noué autour d’un échange ; de mots, de représentations, d’allégories, préliminaires essentiels au don de caresses et à l’infliction de châtiments. La relation se construit autour d’une confiance qui doit être totale pour que l’expérience reste bienveillante et ne vire pas à la manipulation sadique.

C’est le contrat pleinement accepté qui justifie et légitime la pratique de la punition. Le but n’est pas de faire mal pour faire mal (hors relation “purement” masochiste), mais de recadrer, de rappeler qui est le maitre dans un cadre qui a été défini à deux.

L’organe sexuel le plus sollicité est alors le cerveau : c’est la symbolique de la situation qui décuple le plaisir tant du dominant que du soumis. L’usage des accessoires et l’esthétisme des mises en scène concourent à ce plaisir cérébral : comme l’exprime le maitre dominateur Hieros, “l’on sort alors du profane pour entrer dans une scène sacrée”.

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« BDSM collar back » par Grendelkhan (© Wikimedia Commons)

Dans cet univers sacralisé, fantasmé, l’espace-temps est transformé. Contrairement à une relation vanille (relation non BDSM dans le jargon des initiés), le temps est distendu : au-delà et en-deçà de l’acte sexuel, le plaisir s’exprime aussi dans la longue phase de préparation qui intervient en amont et dans la phase de reconstruction en aval. L’attente joue un rôle central : le délice se retrouve aussi dans le supplice de l’orgasme différé ou retenu.

Jouissance du dominateur et extase du soumis : les deux faces du plaisir DS

Le plaisir que retirent les partenaires d’une relation DS, si tant est que l’on puisse généraliser ce qui reste un ensemble d’expériences singulières, pose la question de leur rapport au pouvoir (social et personnel).

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© Wikimedia Commons

Si l’univers n’est pas dénué de violence physique et psychique, il s’agit d’une violence souhaitée et sublimée, expression de la toute-puissance de l’un qui se réfléchit dans la totale impuissance de l’autre. Du point de vue du dominateur, les ressorts du plaisir se trouvent dans l’exercice de ce pouvoir, dans le contrôle absolu de l’autre, possession de son corps et de son esprit ; mais aussi dans la réaction du co-contractant, qui gratifie son “maître” par son obéissance et l’expression de son propre plaisir.

Un sentiment de toute-puissance prométhéenne s’exprime dans le fait de modeler l’autre ; pas par une création ex nihilo, mais en partant de la matière que l’autre lui met à disposition (sa personne entière). Sculpter son œuvre à son goût, mais pour mieux révéler son potentiel premier.

 Du point de vue du soumis, c’est le renoncement qui est source de plaisir ; se dessaisir de soi, s’oublier, pour atteindre un état second vécu dans un total lâcher-prise. Cela permet d’aller “hors de soi” et de goûter à une sensation d’extase quasi-mystique.

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« Submissive wings » par Sara Eileen et Meitar Moscovitz (Licence CC BY 3.0, © Wikimedia Commons)

L’extase de l’abandon s’oppose alors à la jouissance du contrôle ; là où le soumis se laisse aller, le dominateur, “maitre” de la situation, doit toujours être pleinement conscient. Il ne doit jamais s’oublier, encore moins oublier l’autre.

Hors de tout jugement moral, la relation DS semble donc pouvoir fonctionner à condition que chacun y trouve son équilibre, pour les raisons qui lui appartiennent, et si elle est dégagée de toute manipulation. Dans ce cas, les témoignages rapportent des relations qui peuvent atteindre un degré de fusion extrême, quasi symbiotique.

On pourrait dénombrer autant de motivations qui conduisent à s’engager dans ce type de rapports humains que de personnes : un besoin de reprendre le contrôle par l’exercice de la domination ; de sublimer par le fantasme un pouvoir que l’on exerce déjà socialement ou au contraire de le compenser par la soumission ; d’exorciser une expérience humiliante traumatique en se réappropriant une soumission cette fois volontairement subie ; de se laisser guider par une autorité à laquelle on s’en remet pour ne pas se perdre voire pour se trouver.

Au côté sucré des relations vanilles, la relation DS oppose une saveur douce-amère. Attention cependant à la fragilité psychique de ceux qui la pratiquent, sans quoi cela pourrait virer à l’aigreur.

Finalement, tout est question de goût.

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Auteure amateure, j’aime les mots qui résonnent et les idées qui déraisonnent.

    1 Commentaire

    • Répondre août 16, 2017

      karine

      j aime la soumission je suis initiee sm dressee j aime jouir ainsi

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