Génocide culturel et religieux au Nigeria : jusqu’où peut aller BOKO HARAM?

Malgré l’importante campagne médiatique qu’avait suscitée l’enlèvement par Boko Haram de 276 jeunes-filles dans la ville de Chibok en avril dernier, ce groupe fanatique continue de gagner du terrain au Nigeria. La semaine dernière, il a de nouveau semé la désolation dans la ville de Baga, au nord-est du pays. D’après Amnesty International, environ 2000 personnes auraient été tuées[1], dont des enfants et une femme alors en train d’accoucher. Les actes de violence de Boko Haram peuvent se diviser en cinq grandes catégories : les attaques suicides, les voitures piégées, les enlèvements, les attaques et embuscades ainsi que les assassinats ciblés ; c’est cette violence protéiforme qui contribue à faire de ce groupe terroriste un des plus meurtriers que l’Afrique ait connu.

Émergence de Boko Haram sur fond de guerre de religion

Cela fait de nombreuses années maintenant que le Nigeria est sous la coupe de conflits religieux meurtriers. En 2004 par exemple, des centaines de musulmans furent tués par des milices chrétiennes à Yelwa, et en représailles, des musulmans s’en prirent à des chrétiens dans la ville de Kano. En 2008, dans la ville de Jos, d’autres émeutes eurent lieu, et cette fois-ci, la police et les forces armées furent accusées par Human Rights Watch d’avoir procédé à « au moins 90 exécutions sommaires »[2]. De ce terrain meurtrier ne pouvait émerger qu’un fanatisme encore plus ardent, représenté aujourd’hui par la secte Boko-Haram, groupe islamiste créé en 2002 par Mohammed Yusuf. Celui-ci trouvera la mort en 2009 et sera remplacé par Abubakar Shekau. Dès le début, le groupe montre une féroce opposition à tout ce qui fait référence à l’Occident. En fait, en langue Hausa, parlée par la majeure partie de la population du nord du Nigeria, Boko Haram signifie « l’éducation occidentale est un péché ».

© Michael Fleshman

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Politique de l’autruche de la part du gouvernement

La guerre de chiffres qui oppose Amnesty International et le gouvernement nigérian sur les massacres de Baga (2000 contre 150[3]) n’est qu’une preuve parmi tant d’autres de la réticence du gouvernement à s’impliquer dans la lutte contre Boko Haram et à mettre en place de véritables mesures répressives. Le Président Jonathan n’a même pas pris la peine de s’exprimer sur les massacres de la semaine dernière, plus occupé à se préparer pour les présidentielles du mois prochain. Pourtant, il est avéré que Boko Haram contrôle une zone de la taille de la Belgique et entend véritablement former un Etat dans l’Etat, comme l’ont déclaré certains de ses représentants : « Ils appellent (ce pays) le Nigeria ». Nous sommes dans le califat islamique. Nous n’avons rien à faire avec le Nigeria ».[4] Le silence du gouvernement et son incapacité à protéger sa population contribue au renforcement de Boko Haram et à la multiplication de ses actions meurtrières. Les pays voisins sont aujourd’hui aussi menacés.

© Michael Fleshman

© Michael Fleshman

Risque de propagation du conflit : le Cameroun en ligne de mire

Boko Haram souhaite étendre son califat islamique et sa présence commence à se faire de plus visible au Cameroun, qui « doit faire face depuis plus d’un an à des infiltrations de terroristes sur son territoire»[5]. Au contraire de Goodluck Jonathan, actuel président du Nigeria, Paul Biya, chef de l’Etat camerounais, n’y a pas réfléchi à deux fois pour faire intervenir l’armée. Plus de 140 membres de Boko Haram auraient ainsi été tués depuis le depuis le début de l’année[6]. Le danger n’est pas éliminé pour autant et des attaques sont aussi à craindre du côté du Niger et du Tchad. Il semble peu probable que le Nigeria, malgré sa totale impuissance, demande de l’aide, mais si la situation en vient à devenir sous tension chez ses voisins, il est possible que ceux-ci choisissent cette option. De par ses relations de longue date avec le Niger et le Tchad, la France pourrait être le premier pays vers qui ces États se tourneraient. Une chose est sûre, Boko Haram prend du terrain, et l’Afrique pourrait bien avoir à affronter un nouveau conflit régional.


[1]« Nigeria : pourquoi le silence du gouvernement après les massacres de Boko Haram à Baga? », http://fr.globalvoicesonline.org/2015/01/15/180470/

[2] « Le Nigeria : les conditions d’émergence de Boko Haram », http://liberation-opprimes.net/le-nigeria-les-conditions-demergence-de-boko-haram/

[3] « Nigeria : pourquoi le silence du gouvernement après les massacres de Boko Haram à Baga? », http://fr.globalvoicesonline.org/2015/01/15/180470/

[4] « Nigeria: Boko Haram place sous le règne du « califat islamique » une ville du nord-est », http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20140824.AFP4443/boko-haram-proclame-un-califat-islamique-dans-une-ville-du-nigeria.html

[5] « Nigeria : vers une intervention militaire internationale contre Boko Haram ?», http://afriqueinside.com/nigeria-vers-une-intervention-militaire-internationale-contre-boko-haram13012015/

[6] Idem

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Auteure passionnée et touche-à-tout, je prends plaisir à user de mon merveilleux clavier d'ordinateur pour rédiger des articles divers et variés. Et comble du comble, mon clavier a l'air d'aimer ça.

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