Hongrie: non, le viol ne se résume pas à une question de vêtements

En Hongrie circule depuis quelques semaines une vidéo très controversée sur la prévention du viol. On peut y voir trois jeunes filles vêtues de tenues très sexy se rendant en boîte de nuit. Arrivées là-bas, elles boivent beaucoup et dansent de façon très libérée avec de jeunes hommes. Jusque-là, rien de vraiment anormal, malheureusement. Mais voilà qu’en fin de soirée, une des jeunes-filles se fait violer. Le message qui apparait alors en bas de l’image est sans appel : « Tu y es pour quelque chose, tu peux faire quelque chose pour éviter cela». Comprenez : « Habillez-vous moins sexy, adoptez une attitude responsable et tout ira bien ». Vous l’aurez compris, le viol se résume à une simple question de vêtements. Merci à la police hongroise pour cet éclairage si pertinent.

Un message machiste…

Oui, aujourd’hui, de nombreuses jeunes-filles qui sortent en boîte de nuit se comportent de la même façon que les trois protagonistes de la vidéo. Certains y voient une victoire du féminisme avec des femmes se fichant pas mal de l’image qu’elles rendent. Je pense au contraire que le féminisme aura véritablement gagné une fois que le corps de la femme ne sera plus considéré comme un instrument de pouvoir. Mais je dois l’admettre, porter une tenue sexy est un moyen de lutte silencieuse, une façon de montrer sa domination sur le sexe opposé. Chetan Baghat, dans un article du Huffington Post intitulé « Elle peut porter ce qu’elle veut car elle vit dans un pays libre appelé Inde » (She can wear what she wants because she lives in a free country called India »), parle de « pouvoir sexuel » de la femme. Il écrit qu’une femme peut l’utiliser comme bon lui semble, et peu importe la manière dont elle choisit de le faire, cela ne donne jamais légitimité à un homme de forcer une femme à avoir des relations sexuelles avec lui. Mais c’est exactement ce que cette vidéo destinée à être diffusée dans les lycées en Hongrie tend à vouloir montrer : il n’est pas permis d’utiliser ce pouvoir et si nous décidons de le faire malgré tout, c’est à nos risques et périls. Comme c’est plus simple comme ça. Il faudrait presque plaindre le violeur, car après tout il n’est qu’une pauvre victime de ce pouvoir sexuel de la femme.

…Et complètement erroné

Cette vidéo voudrait également nous faire croire que les viols ne se produisent que dans ce genre de situations, lorsque la jeune-fille porte une tenue sexy et est sous l’influence de l’alcool. De qui se moque-t-on ? A Edimbourg, ville où je réside actuellement, plusieurs viols ont été récemment commis, et ce en début de nuit ou tôt le matin. La première victime se rendait au travail vers 4:30 tandis que la dernière rentrait de soirée vers 7:00 et s’est fait agresser par un pseudo joggeur. Combien compte-t-on de viols qui ont lieu alors que les victimes accomplissent simplement leurs activités du quotidien ? Arrêtons de nous leurrer, le viol n’est pas qu’une question de vêtements ou d’attitude, ce serait trop simple, c’est un problème bien plus profond qu’il faut traiter à la racine. Des vidéos comme celle réalisée par la police du district de Baranya sont contre-productives, rétrogrades et portent atteinte à la prévention contre le viol, car elles échouent à proposer une véritable solution pour lutter contre ce crime qui continue d’hanter nos sociétés.

  • share on facebook
  • share on twitter
  • share on google+

Auteure passionnée et touche-à-tout, je prends plaisir à user de mon merveilleux clavier d'ordinateur pour rédiger des articles divers et variés. Et comble du comble, mon clavier a l'air d'aimer ça.

    Votre avis

    Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.