INDE : Quand la corruption en vient à justifier la triche aux examens

La triche aux examens n’est pas un phénomène nouveau. Il est presque apparu en même temps que l’école, à partir du moment où, pour passer à un niveau supérieur, la réussite d’un test est devenue un passage forcé. Ne nous leurrons pas, nous ne naissons pas avec les mêmes chances. Certains disposent par exemple de plus grandes facultés intellectuelles, qui leur permettent de mieux réussir aux examens. Pour d’autres, la réussite scolaire peut se trouver grandement facilitée par la puissance financière de leur famille : à niveau scolaire égal, un enfant né dans une famille aisée se verra offrir plus de possibilités éducatives qu’un enfant issu d’une famille ouvrière. Cette inégalité dont nous ne sommes pas responsables (après tout, personne ne choisit sa famille) devient immorale lorsque l’argent est utilisé pour fausser la réalité, comme par exemple corrompre des examinateurs. En Inde, le travail reste un puissant déterminant social et certaines familles sont prêtes à tout pour permettre à leur progéniture d’accéder à une haute position. C’est ainsi que la corruption gangrène aussi le système éducatif indien et pour lutter contre elle, des moyens peu orthodoxes ont fait leur apparition.

Une société méritocratique bien fragile

Aujourd’hui plus que jamais, l’Inde se veut incarner un modèle de société méritocratique. Pas de bonnes notes, pas de réussite sociale. Jusque-là tout va bien. Mais voilà, la concurrence est rude et les places sont chères. Certaines filières telles que médecine ou ingénierie sont prises d’assaut, car elles sont les plus cotées socialement parlant. Malheureusement, le nombre de places est réduit. Alors certains n’hésitent pas à faire pression sur les examinateurs en leur donnant de l’argent ou en les menaçant. Mais pour les moins aisés, cela n’est pas possible, or leurs résultats conditionnent non seulement leur entrée mais aussi l’obtention d’une bourse. S’ajoute à cela une importante pression sociale. Très vite, la triche apparait comme la seule solution devant un système éducatif qui reste cloisonné.

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La triche comme un droit démocratique

Dans une sorte de sursaut démocratique, certains Indiens revendiquent la triche comme le seul moyen de lutter contre la corruption. Permettre à chacun de réussir, la démocratie vous l’a promis, la triche vous l’apporte sur un plateau. Cette triche-là serait presque socialement acceptable, tant la corruption dans les milieux universitaires est présente. Ainsi, au début des années 90, des manifestations pro-tricherie avaient été organisées en Uttar Pradesh, et face à la pression de la rue, Mulayam Singh Yadav, premier ministre de cet Etat, avait dû abroger un acte de loi voté l’année passée ayant pour but de stopper la copie de masse aux examens.

On touche ici à une vraie question de société : doit-on passer outre certains principes moraux afin de rétablir un système éducatif le plus démocratique possible ? Mais n’est-ce pas le serpent qui se mord la queue, puisque la triche, qui prétend lutter contre la corruption, ne fait que l’entretenir ? Une chose est sûre, la lutte contre la corruption a encore de nombreuses batailles à mener. Malheureusement, les moyens manquent cruellement.

 


-C. Jeffrey, “The students who feel they have the right to cheat”, 9 novembre 2014, http://www.bbc.co.uk/news/magazine-29950843

-S. Bengali, « India’s renowned education system has a flip side: ingrained cheating” http://www.latimes.com/world/asia/la-fg-c1-india-cheating-20140416-m-story.html#page=1

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Auteure passionnée et touche-à-tout, je prends plaisir à user de mon merveilleux clavier d'ordinateur pour rédiger des articles divers et variés. Et comble du comble, mon clavier a l'air d'aimer ça.

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