Insupportable CAN

La Coupe d’Afrique des Nations 2015, c’est pour demain. L’événement phare du football de ce continent suscite déjà beaucoup d’espérances du côté des supporters, mais aussi et comme à chaque fois des haussements de sourcils circonspects (et plus si affinités). Cette compétition constitue en effet une belle préfiguration des rapports de forces nord-sud.

La CAN, compétition internationale parmi bien d’autres, a cette spécificité de régulièrement soulever des scepticismes et des critiques du côté du tenant historique du football, à savoir le continent européen. Ces critiques ne proviennent pas particulièrement des institutions du football, qui sont bien contentes de savoir leurs fédérations étendues à tout le globe. Ce sont surtout les clubs qui grondent, au travers de leurs staffs et donc des médias qui relayent les commentaires. La CAN serait dérangeante pour eux, car la plupart des joueurs africains de niveau international évoluent en Europe.

C’est vrai que la CAN se déroule plus souvent qu’une autre compétition internationale de ce type, à savoir tous les deux ans. Mais la Copa America, en Amérique du Sud, n’est pas régulière et s’organise de façon assez anarchique d’une année sur l’autre.
C’est aussi vrai que la CAN se déroule en plein cœur des saisons de clubs en Europe : en début d’année civile. Dans le calendrier d’une saison ces semaines sont chargées entre compétitions nationales et européennes. Même les clubs modestes subissent cette CAN qui vient mobiliser des joueurs, au détriment de structures pour lesquelles ils sont pourtant salariés. Il n’est alors pas rare de voir apparaître de soudaines blessures chez des joueurs africains à l’approche de la CAN. A demi-mot les recruteurs des clubs, les années de CAN, avouent ne pas s’intéresser aux joueurs africains. La situation actuelle d’un joueur comme Touzghar, au RC Lens, montre à l’extrême toutes les pressions que peuvent subir les joueurs à cette occasion, de la part des équipes dirigeantes des clubs déterminées à les faire porter pâles.

© Flickr - Laurent LAMACZ Photographie

© Flickr – Laurent LAMACZ Photographie

A jouer, la CAN est lourde c’est entendu. Tout comme l’est une coupe du monde qui tronque les préparations physiques des saisons. Les débuts du Borussia Dortmund, de Manchester United, du Paris Saint-Germain cette saison en témoignent.

La CAN ne colle pas au calendrier européen, c’est entendu. Tout comme le championnat russe pendant des années. Les clubs russes n’en ont pas moins gagné plus de compétitions européennes que les clubs français.

La CAN a simplement son identité propre. Et sur un continent comme l’Afrique, le football représente un référent culturel commun. De par la jeunesse des constructions étatiques de l’Afrique, le football représente une bonne occasion de célébrer une unité encore fragile. L’équipe africaine qui s’est montrée la plus convaincante à la dernière coupe du monde, en l’occurrence l’Algérie, en est un bel exemple. Ce pays a eu une équipe de football avant même d’être un pays indépendant arborant les frontières qu’on lui connaît actuellement, du temps du combat du FLN.

Cette tendance à la politisation des équipes a son revers, les tensions géopolitiques se transposant parfois dramatiquement sur le rectangle vert. Le Maroc devait accueillir cette édition de la CAN avant de se retirer de façon trouble, et une rumeur a couru comme quoi le pays aurait eu peur de voir débarquer une équipe d’Algérie en forme qui aurait gagné sur son terrain. Vrai ou pas, cette raison témoigne de la rivalité sportive entre les deux voisins maghrébins, qui tire sa source des contentieux politiques qui ont marqué leurs relations.

© Flickr - Magharebia

© Flickr – Magharebia

C’est aussi l’histoire du football, et ça n’empêche pas la CAN de remplir un rôle qu’un Européen n’est pas dispensé de connaître.

Sa fréquence élevée offre une compétition d’importance à un public qui n’a que peu de représentants en coupe du monde, et donc pas beaucoup de possibilités de s’y enflammer.

Le problème de la période pourrait être réglé en déplaçant la Coupe en fin de saison. Mais les conditions climatiques spécifiques du pays, une chaleur incompatible avec la pratique du football aux mois de mai et juin, induiraient une limitation des zones aptes à accueillir la compétition. Alors que la CAN appartient à toute l’Afrique, s’étant déjà tenue dans des pays aussi petits que la Guinée Equatoriale ou le Ghana, chez des Etats aussi relégués que la Libye, l’Ethiopie, le Soudan.

La CAN pourrait, dans l’absolu, faire évoluer son format actuel. Ce serait la repenser sous l’angle d’intérêts strictement européens. Or le football africain n’a pas pour destin de répondre aux besoins des coéquipiers du nord, aussi ubuesque soit-il parfois, ce sur quoi par ailleurs ni les institutions ni les acteurs du football européen n’ont de leçons à donner actuellement.

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Simple rédacteur web indépendant, s'intéresse à peu près à tout, du moment qu'on peut écrire dessus.

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