Jeunes royalistes en ordre dispersé

Ils ont entre 16 et 25 ans et rejettent la République. Pour ces jeunes, une seule solution pour une France apaisée : réinstaurer la Monarchie. Alors qui gouvernera le royaume de France, quelle forme prendra cette monarchie ? Les divisions entre royalistes restent importantes.

Nous voulons construire la France éternelle, qui par définition ne s’envisage qu’entre le fond des âges et le jugement dernier.

Antoine, un flambeau à la main, s’est retrouvé avec ses amis place de la Madeleine. Le programme de la soirée: une marche jusqu’à la chapelle expiatoire, dans le 8ème arrondissement de Paris qui sera ponctuée de slogans tels que « Vive le roi, à bas la république ! » ou encore « Gloire et honneur au roi Louis XVI ». Plus de 200 ans après la décapitation du souverain, l’étudiant de 22 ans et secrétaire général des jeunes de l’Action Française (AF), est venu célébrer le deuil du souverain. Et il n’est pas le seul. De nombreux jeunes royalistes se recueillent aux quatre coins de l’Hexagone, nostalgiques d’une période qu’ils n’ont pourtant pas connus. Pour Hélie, étudiant en master d’histoire moderne et proche de l’Action Française, cette date « marque la rupture de l’ordre, et l’entrée dans la déshérence de notre pays ».

"La liberté guidant le peuple" d'Eugène Delacroix

« La liberté guidant le peuple » d’Eugène Delacroix

Nombreux sont les jeunes à souhaiter voir le retour du roi. Comme l’explique Hélie, reste alors à se décider sur son identité:

On est très touchés par cette division qui nous empêche de nous unir. Chaque groupe pense qu’un tel ou un tel mérite le trône. Pour moi, le plus légitime c’est Louis de Bourbon.

Alias Louis XX, petit-fils de Louis XIV auxquels s’opposent les Orléanistes, qui soutiennent eux le comte de Paris, descendant du frère de Louis XIV. Certains désiraient instaurer une monarchie constitutionnelle, telle qu’elle existe au Royaume-Uni, avec un contre-pouvoir important : celui du Parlement. Mais pour Iannis, ces « monarchies de papier-glacé » n’ont pas de vraies portées politiques puisqu’elles réduisent la famille monarchique à des people  faisant la Une des tabloïds. D’autres verraient bien un retour à l’Ancien-Régime, c’est-à-dire au système qui était en place avant la Révolution française.

Il y a pourtant un point sur lequel ils se rejoignent: la République est défectueuse. «  Ce n’est pas un régime humain, c’est une machine qui repose sur une fiction : celle que la loi est la volonté de l’expression générale », s’indigne Charles, l’étudiant en droit des affaires. Pour eux, la monarchie permettrait de dépasser les querelles politiciennes et de changer de temps politique, redonnant ainsi toutes ses lettres de prestige à la France. Une France qui, comme le souhaite Philippe serait représentée par « un roi qui apporterait la sérénité, le futur assuré ».

Les jeunes royalistes de l'Action Française veulent renouer avec la France d'avant 1798. Crédits: arte.tv

Les jeunes royalistes de l’Action Française veulent renouer avec la France d’avant 1798. Crédits: arte.tv

Nous ne prétendons pas suivre une mode ou une actualité, mais, au contraire, incarner un héritage.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, certains de ces jeunes royalistes participent pourtant à la vie républicaine. Tout comme de nombreux royalistes, Philippe, jeune militaire de 21 ans et proche de l’Alliance Royale, reconnaît partager certaines de ses convictions avec celles de Marine Le Pen: « La sortie de l’espace Schengen, la fermeture des frontières, le renforcement de la sécurité civile, le rétablissement de la peine de mort, tous ces projets s’accordent avec les nôtres ». Yohan, étudiant en Sciences Politiques, s’est quant à lui engagé au Parti Socialiste. Enfin, Claire, actuellement à l’école du barreau, ne comprend pas comment on pourrait adhérer à un parti « qui par définition ne vous sert qu’un menu tout prêt-à-penser ». Chacun de ces jeunes abordent donc le royalisme à leur manière, tentant de trouver des compromis avec cette Veme république dans laquelle ils grandissent.

Si la plupart de ces jeunes adultes ont baigné dans un mouvement de pensée royaliste, beaucoup nous font part de leur soif de connaissances sur le sujet. La plupart d’entre eux sont étudiants en droit, histoire ou sciences politiques. Ils ont d’ailleurs développé une certaine réticence, voir défiance envers les programme de l’éducation nationale : « De façon sournoise, en accaparant les écoles et leurs programmes de sorte qu’aujourd’hui, la plupart des Français croit encore que la révolution a été une révolte populaire contre une tyrannie royale insupportable, qu’elle leur a apporté la liberté et que tout avant n’était qu’oppression », s’agace Claire. Charles résume cela à « une forme de propagande sur la monarchie ».

Comme chaque 21 janvier, les royalistes se sont retrouvés sur la place de la Concorde où a été guillotiné Louis XVI. Crédits: lexpress.fr

Comme chaque 21 janvier, les royalistes se sont retrouvés sur la place de la Concorde où a été guillotiné Louis XVI.
Crédits: lexpress.fr

Contrairement au idées préconçues, les royalistes ne se cantonnent pas à fréquenter des jeunes issus de la même mouvance. Alors, se sentent-ils en décalage par rapport à leurs proches ? Les réactions quand à leur attachement monarchique sont mitigées : « Tout mon entourage n’est pas royaliste. Certains le prennent très mal », confie Antoine, secrétaire général des jeunes de l’AF. Quant à Yohan, engagé au parti socialiste, il se considère comme un marginal par rapport à son cercle d’amis. D’autres personnes interrogées nous assurent que leurs proches restent tout de même compréhensifs. Lorsqu’ils ne se réunissent pas entre royalistes dans « une ambiance bon enfant » comme l’explique Artus, 17 ans, qui a créé une section militante locale, internet est un bon moyen de se retrouver. La toile reste donc le lieu privilégié de rencontres pour ces jeunes éparpillés aux quatre coins de l’Hexagone.

Corédigé par Marie-Caroline Cabut et Pauline Louvet
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Apprentie journaliste à l'Institut Français de Presse à Paris. Sorbonnarde diplômée de Lettres passée par Sussex Uni. J’aiguise ma plume pour tenter de vous ouvrir les mirettes.

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