La République Tchèque veut agrandir son parc nucléaire

Dans les prochaines semaines devraient commencer les préparatifs pour la construction de nouveaux blocs individuels dans les centrales nucléaires déjà existantes de Temelin et Dukovany. Selon les communiqués officiels, l’accord pour la construction de ces blocs devrait durer jusqu’en 2025, et l’exécution de l’installation débuter au plus tard en 2037 lorsque seront alors éteints les unités déjà existantes de Dukovany.

Une volonté de modernisation

Le timing ne semble donc pas excessivement difficile à tenir en prenant en compte les différents aléas que peuvent connaitre les projets de ce genre. Par ailleurs, il se murmure que les instances du pouvoir réfléchiraient sérieusement à la construction de deux autres blocs, qui seraient eux aussi placés à Temelin et Dukovany.

Dukovany – © Flickr

Quelles modalités pour ce projet ?

Ces décisions sont en parfait accord avec les déclarations du ministre du Commerce et de l’Industrie, Jan Mladek, dans le courant de l’année 2014.

Actuellement, 3 options de réalisation sont possibles.

La plus profitable du point de vue de l’Etat serait la réalisation du projet par le producteur et distributeur d’électricité CEZ, dont la République Tchèque détient 70% des parts, et qui est en position de quasi-monopole sur le marché local. CEZ bénéficie de la primauté sur l’exploitation des centrales déjà existantes, ou est étroitement lié à leur fonctionnement.

La 2ème option consiste en la création d’un consortium au sein duquel se trouverait un investisseur de la branche énergétique (probablement CEZ), ainsi qu’un fournisseur d’énergie atomique et éventuellement d’autres investisseurs financiers.

La 3ème option, la moins avantageuse pour l’Etat Tchèque, serait la création d’une nouvelle coopérative publique. Cette idée a néanmoins peu de chances de voir le jour car cet investissement représenterait un effort insurmontable pour le budget du pays.

La question du financement de ce projet est en effet très épineuse. On estime que 2 nouveaux blocs coûteraient entre 250 et 300 milliards de couronnes, soit entre 10.5 et 12.5 milliards de dollars. Le ministère du Commerce et de l’Industrie a d’ailleurs affirmé qu’il ne croyait pas CEZ capable de financer les investissements de façon autonome.

Un première tentative déjà avortée

Il est intéressant de rappeler que la première tentative des Tchèques pour l’agrandissement de leur parc nucléaire s’est terminée il y a peu par un échec pour des raisons financières. La politique énergétique tchèque prévoyait en 2004 un plan initial de  réalisation de nouveaux blocs à Temelin.

Temelin – © Flickr

Placé dans un rôle d’investisseur, CEZ avait noué, dans le courant de l’année 2011, des contacts avec 3 partenaires principaux éventuels : la multinationale française Areva, le russe Atomstrojek, et enfin le japonais Toshiba.

Lorsque l’appel d’offre fût considéré comme clos en juillet 2012, il était alors prévu de signer un nouveau contrat pour une réalisation prévue pour la fin 2013. En janvier 2013, les investisseurs avaient même reçu une autorisation environnementale pour la réalisation de ce projet.

A la surprise général, CEZ décide d’abandonner le projet en avril 2014, le gouvernement de la République Tchèque refusant d’apporter les garanties financières nécessaires.

L’aide de l’ U.E. pour sauvegarder l’indépendance énergétique

Evidemment, si les Tchèques veulent sérieusement continuer à baser leur indépendance énergétique sur l’énergie nucléaire, les questions de l’assurance financière des nouveaux blocs nucléaires n’ont pas d’autre choix que d’être réglées. En se tournant dernièrement vers l’Union Européenne, les Tchèques sont face à 2 possibilités :

– soit une sorte de mécanisme de garanties étatiques (qui est une exception aux règles générales du marché de l’énergie) comme pourraient par exemple l’être les contrats différentiels britanniques auxquels Bruxelles a donné son accord

– soit un partenariat avec un investisseur suffisamment puissant et motivé pour assurer la garantie financière manquante. Néanmoins, le fournisseur de technologie atomique devra très probablement être chaperonné par un autre Etat membre, dont le consentement sera alors indispensable.

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Diplômé d’un Master d’Histoire, je suis un passionné de l’actualité internationale en général, avec une préférence pour l’Europe de l’Est, ses peuples et ses cultures.

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