La situation des « Falashas » en Israël

Rarement visibles au sein de la société israélienne, les « Falashas » ont récemment occupé le devant de la scène. Les manifestations violentes dans lesquelles ils ont été impliqués ont au moins eu cet avantage de poser la question de leur intégration au sein de cet Israël né de l’immigration, où pourtant l’on constate de la relégation.

Des manifestations sur fond de tensions larvées

Au début de ce mois de mai 2015, des troubles ont animé les rues de Tel Aviv et Jérusalem, avec des débordements ayant provoqué des dégâts chez les manifestants ainsi que du côté des agents du maintien de l’ordre. A l’origine, il y a le matraquage d’un Juif d’origine éthiopienne par des policiers. Comme l’épisode « Rodney King », l’événement capté par vidéo a provoqué une indignation finalement descendue dans la rue.

Bien qu’ils ne constituent qu’une population d’à peine 200 000 personnes sur 8 millions d’habitants, ils sont surreprésentés dans la population carcérale à hauteur des deux cinquièmes.

Le nombre anormalement élevé des blessés du côté policier, une cinquantaine selon les autorités, bien qu’évidemment regrettable, témoigne tout de même des tensions profondes animant les Juifs d’origine éthiopienne en Israël.

Les Juifs d’Ethiopie se considèrent comme israélites. Mais par leur pratique de la religion, parfois leur origine, les autres communautés juives ne partagent pas toujours l’évidence de cette fraternité. Après que la reconnaissance des « Falashas » en tant que juifs ait été acquise, au milieu des années 1970, ces derniers ont véritablement cru à l’appel d’Israël.

© downatthezoo - Flickr

© downatthezoo – Flickr

Depuis leur arrivée, ils rencontrent racisme, inégalité, pauvreté. Et bien qu’ils ne constituent qu’une population d’à peine 200 000 personnes sur 8 millions d’habitants, ils sont surreprésentés dans la population carcérale à hauteur des deux cinquièmes. Autant de situations dénoncées lors des manifestations récentes.

Les affrontements, qui ont vu des échanges de gaz lacrymogènes et de jets de pierres agrémentés d’une utilisation des canons à eau, ont un peu fait passer les contestations au second plan. Néanmoins, l’insignifiance à laquelle est cantonnée cette communauté ne peut à l’avenir se perpétuer, et devrait avoir besoin de plus que des déclarations d’intention ayant fait suite aux troubles récents.

L’intégration des « Falashas », une question large

En Israël, les enjeux politiques sur lesquels se positionnent les partis sont régulièrement d’ordre international, et sur un ton globalement sécuritaire. Les problématiques internes, pourtant parfois importantes, semblent avoir du mal à occuper le devant de la scène. Le cas de la pauvreté dans le pays en est un exemple. Touchant entre un cinquième et un tiers de ses habitants, et assurément 30 % des enfants, elle s’est installée dans la société mais n’apparaît pas comme une priorité, du moins pas parmi les premières.

© Flickr

© Flickr

Dans le cas des Juifs d’origine éthiopienne, le souci de leur intégration a d’autant plus de mal à se faire une place dans le débat public qu’ils ne dépassent pas les 2% de la population israélienne, quantité cyniquement négligeable en terme électoral.
Pourtant, cet exemple pose une question fondamentale à ce pays, au-delà des seuls « Falashas ». Israël s’appuie en effet sur un facteur d’unité évident, mais se compose quand même d’un patchwork diversifié de populations. Les flux d’immigration se sont autant nourris de populations d’Europe de l’Est ou du Maghreb que des Etats-Unis, avec pour chacun d’eux des caractéristiques culturelles différentes. Malgré le judaïsme, Israël comme tout Etat-nation doit regarder le vivre-ensemble comme un défi à relever en permanence.
Et il le vaudrait mieux, car la contestation des Juifs d’origine éthiopienne est aujourd’hui portée par de jeunes individus n’ayant pas connu l’Ethiopie. Qu’Israël soit leur foyer est donc pour eux bien plus une évidence qu’une projection.

Maus II Et c'est là que mes ennuis ont commencé, d'Art Spiegelman. P. 98-99

Maus II Et c’est là que mes ennuis ont commencé, d’Art Spiegelman. P. 98-99

Voilà une trentaine d’années sortait Maus, prix Pullitzer. Et au milieu de ce traitement novateur de l’holocauste, Art Spiegelman y témoignait brièvement d’une réaction raciste de son père, survivant d’Auschwitz, à l’encontre d’un homme noir. Deux générations plus tard, et ce dans une indifférence tant à l’échelle nationale qu’internationale, les Juifs d’origine éthiopienne ne peuvent visiblement toujours pas être autre que des individus noirs. Même au sein d’un pays qui, à l’origine, se proposait comme terre d’accueil des discriminés.

  • share on facebook
  • share on twitter
  • share on google+

Simple rédacteur web indépendant, s'intéresse à peu près à tout, du moment qu'on peut écrire dessus.

    Votre avis

    Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.