L’anti-austérité, au Canada aussi…

De la Grèce aux arcanes de Radio France, l’austérité bien plus que l’esperanto semble être le langage mondialisé actuel. Et lorsqu’elle est logique d’Etat, l’austérité vise l’équilibre budgétaire donc souvent une réduction des dépenses. Sa mise en pratique ne manque ainsi jamais de soulever des contestations, que même un Canada résumé trop souvent à son calme traditionnel peut connaître.

Des enjeux si récurrents

Suivant une démarche visiblement très en vogue parmi les administrations dirigeantes mondiales, le Quebec (province autonome du pays canadien) cible ses économies à réaliser dans les domaines peu rentables à court terme. Lors de l’élaboration du dernier budget gouvernemental, l’éducation et la santé devaient faire les frais de cette politique en voyant leurs attributions financières réduites.

Pour les manifestants, les domaines visés n’ont pas vocation à entrer dans le cadre de la rentabilité. L’éducation sert à l’extraction sociale et devrait donc être conçue comme un facteur d’égalité des chances à préserver. De la même manière pour la santé, dont le coût sert un dessein social et non pas économique. D’autant plus que dans ce cas précis, ce sont les capacités d’avortement qui seraient amenées à subir le plus l’austérité.

Mais surtout, les manifestants réagissent à la redondance de ces logiques. Voilà seulement trois ans que les étudiants se sont mobilisés en masse à un niveau historique, afin d’empêcher un budget prévoyant des hausses de droits d’inscription à l’Université.

Or l’austérité n’est pas une rationalisation, c’est une restriction. Il ne s’agit donc pas là de s’attaquer à un veau d’or. Cela prend plus l’aspect d’un ciblage insistant, comme forcé par un prisme idéologique incompressible.

Une prépondérance étudiante

Depuis plusieurs semaines le gouvernement libéral de la province de Québec, mené par Philippe Couillard, est donc contesté dans la rue.

© xddorox - Flickr

© xddorox – Flickr

On trouvait de tout en ce début d’avril lors des manifestations à Montréal, des universitaires aux familles avec enfants, où l’on a voulu s’inscrire dans la durée en cochant déjà sur les calendriers le 1er mai pour un nouveau rassemblement d’ampleur. Le gros des rangs était toutefois composé d’étudiants. Chose somme toute logique puisqu’ils sont les premiers concernés par l’austérité dans l’éducation.

Ce caractère assez jeune implique qu’à côté des manifestations ponctuelles, il y a une contestation durable au sein des campus, via des grèves régulièrement prononcées lors des si fameuses AG (Assemblée Générale). D’un côté, cela semble positif de pouvoir faire vivre le mouvement anti-austérité en dehors des manifestations classiques.

D’un autre côté, si l’influx de la contestation vient principalement des campus, la question se pose de la légitimité de la grève, à l’origine rattachée au salariat. Etudiants comme observateurs considèrent parfois l’arrêt des cours imposé par les AG comme un acte liberticide, voire illégal. Les campus sont donc en attente d’un soutien auprès du reste de la société civile, d’autant plus qu’à l’heure actuelle ils ne sont que quelques dizaines de milliers à se faire entendre. En 2012, lors de la dernière mobilisation des étudiants canadiens, il avait fallu plusieurs milliers d’entre eux pour faire plier le gouvernement.

Un rapport de force tendu

Le nombre de personnes mobilisées contre le budget prévu reste limité, chez les étudiants comme lors des manifestations de rue de ce début du mois d’avril. Sur une population de plus de trente millions d’habitants, moins d’une centaine de milliers d’entre eux sont allés battre le pavé. Cela ne signifie pas que ce conflit se déroule dans un climat apaisé. Dès la fin du mois de mars, des dizaines d’arrestations pouvaient être constatées lors de manifestations, les forces de l’ordre mobilisant hélicoptère et gaz.

Une jeune femme de 18 ans a ainsi reçu une grenade de gaz en plein visage dans des circonstances qui la motivent aujourd’hui à vouloir porter plainte. Quelques jours plus tard, après la mobilisation pacifique de Montréal, la police, à la demande de l’équipe dirigeante d’une université de la ville, est intervenue pour déloger les manifestants. Les grèves d’étudiants sur les campus s’accompagnent en effet généralement d’une occupation, semblable à des piquets de grève, afin d’organiser une contestation constante. Cette opération de police, censée protéger le matériel en risque de dégradation des locaux universitaire, s’est suivie d’échanges de projectiles avec une nouvelle fois un recours aux lacrymogènes qui sont parvenus à vider les lieux.

© Grégoire Lannoy - Flickr

© Grégoire Lannoy – Flickr

Les motifs, les manières et les affrontements avec les forces de l’ordre rappellent la mobilisation de 2012 au Canada. Seule l’ampleur diffère, bien moindre aujourd’hui. Peut-être est-ce du fait de l’aspect plus anecdotique du déclencheur, les affaires de budget semblant techniques davantage qu’idéologiques auprès du grand public. Ou peut-être qu’avec ce retour si tôt de décisions qui avaient fédéré l’opposition auparavant, leur dimension inéluctable est avouée, le gain de cause obtenu en 2012 ayant finalement le goût de l’échec.

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Simple rédacteur web indépendant, s'intéresse à peu près à tout, du moment qu'on peut écrire dessus.

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