Le fondamentalisme religieux gagne du terrain au Bangladesh

Le Bangladesh fut créé le 16 décembre 1971, à la suite d’une guerre d’indépendance qui opposa, au départ, les rebelles bengalis contre les forces pakistanaises et se transforma ensuite en guerre indo-pakistanaise.

© Google images - openclipart

© Google images – openclipart

Aujourd’hui, il comprend environ 155 millions d’habitants, ce qui en fait le pays le plus densément peuplé au monde. L’Islam en est la principale religion et la plupart des Bangladais musulmans sont sunnites.

La première Constitution du pays, celle de 1972, n’imposa aucune religion et promut même la laïcité, entendue comme la neutralité de l’Etat pour ce qui concerne les affaires religieuses et la volonté de ne pas se servir de la religion comme arme politique. Ce fut un des quatre principes fondateurs sur lesquels se basa le système politique du tout nouveau pays. Les trois autres furent le nationalisme, la démocratie, mais aussi le socialisme, mettant en avant la justice sociale mais aussi économique. Mais très vite, la politique tacticienne frappa en plein cœur le principe de laïcité.

Des concessions faites à l’Islam répondant à de sombres calculs politiques

Le coup d’Etat de 1975, soutenu entre autres par le Pakistan, entraîna la mort du Sheikh Mujibur Rahman, personnage clé de la lutte pour l’indépendance du Bangladesh et leader de la ligue Awami, à l’origine des quatre principes fondateurs de la Constitution de 1972. La ligue Awami est un des deux partis politiques les plus importants du Bangladesh et celui de l’actuel Première Ministre du pays, Sheikh Hasina. Une fois Mujibur disparu, c’est Ziaur Rahman qui s’empara des commandes du pays. Il leva l’interdiction des partis politico-religieux en 1976, et permit même à Ghulam Azam, leader de la branche bangladaise du parti islamiste Jamaat-i-Islami, de revenir au Bangladesh en lui facilitant l’obtention d’un visa de trois mois. Celui-ci ne quittera plus le pays.

L’Islam prend de plus en plus de place dans la vie civile, et de façon logique, les fondamentalistes vont peu à peu faire leur apparition, au dam des minorités religieuses et au mépris total du principe de laïcité d’origine.

En 1977, la prépondérance de l’Islam est affirmée dans la Constitution et toutes les mesures mises en place à l’époque ont eu pour but premier d’utiliser l’Islam afin de limiter l’emprise de la ligue Awami sur le pays. En 1988, sous la présidence de Hussain Muhammad Ershad, l’Islam devient officiellement religion d’Etat mais la tolérance religieuse est réaffirmée en ces termes : « La religion d’État de la République est l’Islam, mais d’autres religions peuvent être observées en paix et dans l’harmonie au sein de la République »[1]. La situation semble évoluer quelque peu, mais ce n’est qu’un leurre. En effet, sous le mandat d’Ershad, « l’islamisation des institutions  » a été l’objet d’une volonté politique affichée, en commençant par l’armée au sein de laquelle les prières ont été rendues obligatoires. Les stages de formation dans l’ « lslamic Fondation » furent encouragés comme un moyen de promotion professionnelle tandis que d’anciens éléments pro-pakistanais étaient rappelés à des postes supérieurs. »[2] Ainsi, l’Islam prend de plus en plus de place dans la vie civile, et de façon logique, les fondamentalistes vont peu à peu faire leur apparition, au dam des minorités religieuses et au mépris total du principe de laïcité d’origine.

© Google images - Ziaur Rahman

© Google images – Ziaur Rahman

L’Islam ou la vie

Depuis le début de l’année, deux blogueurs, Avijit Roy et Washiqur Rahman, connus pour leurs commentaires critiques sur l’Islam, ont été assassinés. Les écoles coraniques se développent de plus en plus : pour les familles pauvres, c’est une option intéressante, car les enfants y reçoivent une éducation et surtout y sont logés et nourris. La vie est devenue de plus en difficile pour tous ceux qui se disent laïcs ou athées. Il existe aussi une loi contre le blasphème, qui rend impossible l’expression d’opinions critiquant la religion. Les minorités religieuses ont, elles aussi, la vie dure, notamment les Hindous, qui subissent régulièrement les foudres des partisans du BNP, l’autre grand parti du Bangladesh, et ceux du Jamaat-e-Islami défendant une idéologie intégriste. Plusieurs d’entre-eux ont déjà brûlé bon nombre d’habitations appartenant à des hindous et tué plusieurs croyants. Nombreux sont ainsi ceux à tenter de fuir vers l’Inde.

© Google images - militants islamistes manifestant leur colère à l'encontre de blogueurs jugés trop critiques à l'égard de l'Islam (Dhaka, 2013)

© Google images – Militants islamistes manifestant leur colère à l’encontre de blogueurs jugés trop critiques à l’égard de l’Islam (Dhaka, 2013)

Le fondamentalisme religieux tend à de plus en plus à s’imposer dans le paysage politique du Bangladesh, ce qui va à l’encontre du projet politique originel du pays. Celui-ci se voulait différent de son frère ennemi le Pakistan, mais semble pour autant prendre son chemin.

 

[1] http://www.france-catholique.fr/Bangladesh-entre-laicite-et.html

[2] http://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/pleins_textes_7/b_fdi_03_03/010012909.pdf

  • share on facebook
  • share on twitter
  • share on google+

Auteure passionnée et touche-à-tout, je prends plaisir à user de mon merveilleux clavier d'ordinateur pour rédiger des articles divers et variés. Et comble du comble, mon clavier a l'air d'aimer ça.

    Votre avis

    Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.