Le football américain et ses héros sans gloire

L’édition 99 du très réputé Superbowl s’est tenue il y a quelques jours à Glendale aux Etats-Unis. Cet événement sportif le plus regardé chaque année a vu s’affronter cette fois les Patriots de New England et les Seahawks de Seattle. Score final 28-24 pour les Patriots, un match passionnant plein de suspens et de tension. C’est bien à ce prix là qu’on explose les records de revenus publicitaires et de spectateurs mobilisés en masse, car tel est bien là le cœur de l’affaire.

Le football américain est une machine institutionnalisée depuis presque un siècle maintenant. Une machine au sein de laquelle les joueurs ne représentent guère plus que quelques tracés de course sur un plan de jeu. Ce, avant même qu’ils ne soient professionnels.

Le football universitaire représente une manne financière importante pour les écoles : billetterie de stades qu’elles possèdent, droits de diffusion, publicités…

Des joueurs repérés sur les bancs de l’université

Dès l’université, le joueur est dans l’engrenage de la NFL. Aux Etats-Unis, le double parcours d’étudiant-athlète est très courant. Repérés depuis le lycée, ces étudiants sont acceptés dans les universités avec des minimas scolaires parfois spécifiquement abaissés pour eux. Essentiellement présent pour faire marcher l’équipe de l’école, l’étudiant-athlète affiche toute sa scolarité un niveau inférieur à la moyenne de son établissement. Dans certains cas, le cursus qu’il suit est décidé par son entraîneur pour accorder le choix des modules au planning des entraînements. Et pour cause, le football universitaire représentant une manne financière importante pour les écoles : billetterie de stades qu’elles possèdent, droits de diffusion et publicité car même les ligues universitaires sont télévisées. Rémunéré uniquement par exonération de ses frais de scolarité (et pas toujours), l’étudiant-athlète permet à son école de récolter des revenus en espérant faire partie de ces petits 2 % qui décrochent à la fin de leur cursus le contrat professionnel en NFL.

© USCPSC - Flickr

© USCPSC – Flickr

Le joueur y parvient via la draft, où les équipes choisissent les meilleurs jeunes sans que ces derniers puissent choisir leur destination. Le joueur est alors plongé dans des effectifs pléthoriques. Le football américain se joue à onze, avec une équipe d’attaque et une de défense évoluant chacune à leur tour. La plupart des postes sont doublés, en plus des postes relatifs aux équipes dites spéciales. En tant que joueur, on n’est donc qu’un parmi cinquante autres. Les statistiques comptent en fait davantage que les joueurs qui se retrouvent un peu anonymes. Ceci explique l’aspect parfois un peu théâtral de leurs manifestations de joie. Dans un championnat où la préparation est plus longue que la compétition, et rapidement amputée si jamais l’équipe ne va pas en play-off, se retrouver à plaquer le porteur du ballon est parfois le seul moment dans toute une saison où le joueur va être personnellement pointé par la caméra.

© Shannon Tompkins - Flickr

© Shannon Tompkins – Flickr

A cet anonymat (relatif selon les postes) se lie presque irrémédiablement la grande flexibilité contractuelle du joueur. Moins de 10 % des joueurs vont jusqu’au bout de leur engagement avec une équipe. Il existe la pratique du « cut », soit la rupture nette du contrat, et comme les transferts sont ouverts sans période stricte, les équipes peuvent trouver un remplaçant libre au moment de cutter leur joueur. Dans un cas de cut le joueur n’a par ailleurs aucun recours. Or le football américain est peu développé hors des Etats-Unis, limitant les débouchés pour des joueurs libres.

© Keith Allison - Flickr

© Keith Allison – Flickr

Une carrière intense, non sans séquelles 

Si le joueur a mené sa carrière à terme, et elle n’est en moyenne que d’à peine quatre ans, il n’est pas sorti de la machine. Dans cette deuxième vie, le joueur doit valoriser ses acquis au-delà du football américain pour lequel il a été programmé, alors que son éducation a souvent été limitée dans ce but. De plus, les effets du train de vie de ces athlètes soumis à des efforts très particuliers durent bien après l’arrêt de l’exercice. Obésité et problèmes cardiaques afférents, séquelles des traumatismes crâniens, et les douleurs constantes (surtout aux articulations) qui persistent constituent le quotidien de l’après-carrière pour nombre de joueurs. Et le « pire » d’une certaine manière, c’est que la durée de vie d’un footballeur est plus longue que la moyenne nationale, de quoi profiter au mieux d’une maladie d’Alzheimer qu’il est quatre fois plus susceptible de développer.

© Roshan Yadama - Flickr

© Roshan Yadama – Flickr

Le joueur de football américain type voit son destin fondu dans un collectif à l’idéal tout tourné vers le spectacle, source et conclusion de cette grande machinerie. Ce collectivisme mêlé à une concurrence de la ligue cloisonnée par un système de franchise fermée, et à une réglementation salariale stricte, ne serait pas loin d’être taxé de communisme si ce n’était l’aspect tellement « show must go on » de ce football ainsi profondément américain.

© Mike Licht, NotionsCapital - Flickr

© Mike Licht, NotionsCapital – Flickr

A ce titre, cette édition 2015 du Superbowl trouve en Tom Brady son Stakhanov. Quant à Bill Belichik, pour la nouvelle affaire de tricherie entourant son équipe, il obtient sans conteste le rôle de chef du parti tirant les ficelles dans les coulisses.

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Simple rédacteur web indépendant, s'intéresse à peu près à tout, du moment qu'on peut écrire dessus.

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