Interview: Le goût de l’aventure selon Manu & Carine

C’est en foulant le sable d’Ho’okipa, spot mythique de la côte Nord de Maui (Hawaii) que j’ai rencontré Manu pour la première fois. Une planche de surf sous le bras, le contact n’a pas été difficile à établir avec ce passionné de sports de glisse. Autrefois windsurfer pro, Manu se présente désormais comme un explorateur averti. Au fil des années, lui et son alter-égo féminin Carine se sont établis un carnet de route digne du capitaine Cook. Alors que nombreux perçoivent la vie comme un long fleuve tranquille, Manu, Carine et leurs deux petites aventurières ont eux décidé d’y ajouter des vagues, du swell, des sensations fortes et surtout un tsunami de bonheur au quotidien.

Nos interviews commencent toujours par une introspection: selon vous, qui sont Manu & Carine ?

Manu: « Je nous vois comme deux grands enfants avec une capacité d’émerveillement toujours intacte, pour la nature et la mer en particulier. Dans ce domaine, comme dans beaucoup d’autres, ce sont les enfants qui montrent l’exemple! Nous vivons de notre passion depuis presque 20 ans à travers les plus beaux endroits du monde, notre base est Maui, la Mecque des sports de glisse où nous exploitons une ferme de nénuphars avec vue sur l’océan Pacific. On peut dire que nous sommes heureux et que nous avons beaucoup de chance. »

L’ennemi public numéro 1 c’est le principe de précaution! À trop l’appliquer on ne fait plus rien.

On a tendance à vite oublier que la carrière d’un sportif professionnel se termine relativement tôt, toi Manu, en tant qu’ancien windsurfer pro, avais-tu anticipé cette reconversion en globesurfer ?

« Pour moi le windsurf, comme les autres sports de glisse est naturellement lié au voyage. Plus jeune, j’allais camper en presqu’île de Quiberon à 30 km de chez moi et c’était déjà l’aventure. Le permis en poche nous partions avec Carine au Maroc chercher des vagues et du vent. La différence principale entre les disciplines de boardriding (surf, windsurf, kite, SUP pour ce qui est de la mer) et les sports plus conventionnels est qu’ils permettent des carrières de free-riders, c’est a dire en dehors de toute compétition. Une pratique dans laquelle le rider se mesure aux éléments mais aussi dans laquelle il est attentif à son environnement, le met en avant autant que sa performance. C’est dans cette pratique que nous nous épanouissons depuis le début, donc on suit une certaine continuité. »

Lors de votre voyage dans l’archipel Tuamotu, au beau milieu de l’océan Pacifique, Carine était enceinte. Avec le recul, pensez-vous que c’était un risque à prendre ?

Manu: « L’ennemi public numéro 1 c’est le principe de précaution! À trop l’appliquer on ne fait plus rien. Dans ce cas précis je ne devrais rien dire parce-que le risque c’est quand même plus Carine que moi qui l’a pris (rires). Mais d’une manière générale je crois qu’en voyage, comme dans la vie il faut savoir écouter son instinct. Shadé a fait un super voyage dans le ventre de sa mère en tout cas. »

Carine: « J’avais déjà voyagé enceinte à plusieurs reprises. Avec Lou je suis partie en expédition neige/mer regroupant le ski, snowboard, windurf au Maroc. Un mois plus tard nous étions en reportage aux Bahamas sur une île vraiment paumée. Le jet ski a eu une panne au coucher du soleil et on a dû marcher pendant 5 heures de nuit. Je rigolais en pensant à mon livre sur la grossesse laissé sous la tente qui conseillait une petite marche quotidienne de 20 mn. Quelques années plus tard, au retour de la Papouasie, j’ai eu la dingue en Indonésie et fait une fausse-couche. Mais cela n’a peut être aucun rapport. Chaque grossesse est vraiment unique. Je pense qu’il faut écouter son intuition, et les signes que le corps envoie. Il faut faire attention mais ne pas laisser les peurs nous envahir. Je parle toujours ouvertement de mes expériences car je pense qu’elles peuvent être utiles à d’autres femmes. »

Quels sont vos critères de sélection lorsque vous cherchez un nouvel endroit à explorer ?

« Évidemment le potentiel en vagues prime mais nos sports sont devenus le meilleur des prétextes pour partir à la découverte de nouvelles rencontres et partager. Nous donnons toujours la priorité à des destinations pas ou peu connu pour le windsurf et le SUP. D’abord parce-que la découverte en générale et de spots en particulier est une des plus belles récompenses du voyageur/surfer. Ensuite parce-que les médias sont friands de nouveautés. Avec les voyages nous avons développé une conscience écologique donc nous nous intéressons aussi aux problèmes environnementaux des pays où nous allons. »

Je pense que l’Inde attirera les surfers en quête d’ouverture spirituelle

Quelle a été le plus gros changement dans votre manière de voyager depuis la naissance de votre première fille ?

Manu: « D’abord on a failli arrêter quand Lou est né il y 9 ans, effrayé par les « mises en gardes » en tout genre. Les 6 premiers mois on a évité les destinations à Malaria (mais on s’est rattrapé après et ce sont nous les parents qui avons contracté la dingue!). Pour le reste, on n’a pas changé grand chose. On « visite » un peu moins les boites de nuits du coin c’est vrai. Avec le recul, en voyage le problème ce n’est pas les enfants, ce sont les parents; tant qu’il y a de l’amour autour d’eux et à manger ils sont bien partout. Les parents peuvent être fatigués donc moins patients ou laisser leur peur prendre le contrôle dans les moments « chauds » au détriment de la clairvoyance. »

Carine: « Au niveau logistique, c’est sûr que c’est plus de boulot. Allaiter pendant 15 mois m’a évité tout transport de lait ou biberon et permis de rester dans des zones sans eau ou électricité, ou en bateau en toute confiance. J’ai toujours aimé découvrir les cultures locales. Passer du temps avec les femmes et les enfants des villages, visiter les écoles. Grâce à Lou, c’est devenu encore plus facile. Lorsqu’on voyage avec un enfant, les portes s’ouvrent encore plus rapidement. Les gens vous accueillent et vous offrent le gîte et toute aide nécessaire. »

THE 2 FACES OF INDIA. Part 1. MYSTIC SUP ADVENTURE IN THE BACKWATERS d’Emmanuel Bouvet sur Vimeo.

Après votre passage en Inde, pensez-vous que ce pays peut devenir le nouvel El Dorado du surf ?

Manu: « En tout cas il y a la place pour ça, avec des milliers de kilomètres de côtes exposées à la houle et des îles complètement sauvages. Ca n’est certes pas aussi riche que l’Indonésie en terme de vagues mais c’est une destination fabuleuse, à la fois spirituelle, culturelle, sportive, culinaire…et économique. Un super voyage pour le surfer curieux. »

Carine: « Je pense que l’Inde attirera les surfers en quête d’ouverture spirituelle et les surfers « yogis » qui aiment allier leur pratique quotidienne du yoga à celle d’un sport de glisse. »

On adore découvrir de nouveaux spots, du coup face à de tels experts, on ne peut s’empêcher de se demander quel est l’endroit qui vous a le plus marqué jusqu’à maintenant?

« J’ai toujours tendance à dire que le meilleur trip sera le prochain mais ca ne répond pas bien à la question. C’est impossible de choisir une destination en particulier, surtout si tu prends en compte tout ce qui nous fait partir: vagues, dépaysement, rencontre, musique, paysage. Parfois tu ne trouves pas des vagues tops mais tu fais un trip en bateau dont tu te souviens toute ta vie comme ce fût le cas pour aller aux îles Chagos (océan Indien) ou à Pemba (au nord de Zanzibar). Parfois tu connectes tellement bien avec les gens qui t’accueillent que tes enfants se mettent à pleurer à l’idée de partir comme à Kiribati en Mars dernier. D’autres fois, tu surfes des vagues parfaites dans des paysages magnifiques, seul à l’eau et ça te mets des frissons même dans de l’eau à 28 degrés comme aux îles Marshall, en Inde ou aux Tuamotus. À l’inverse, il arrive que tu sois marqué par la dégradation de l’environnement et la pollution comme à Bali. Toutes ces expériences font du voyage la meilleure école de la vie. »

À quand le prochain voyage ?

« On espère en Décembre remonter une partie du Nil en SUP avec une Felouque comme camp de base. Ensuite on devrait partir vivre un an au Chili faire un échange de maison avec une famille Chilienne qui viendrait vivre à Maui chez nous. On échange tout: la maison, les voitures, les surfs, même les fringues pour un échange chaud/froid! Ca va être une super expérience que de s’immerger et s’intégrer sur le plus long terme! »

Et pour finir, racontez nous votre plus grosse galère en voyage.

« Laquelle choisir… Il y a 15 ans on a voulu rejoindre le dernier paradis Sauvage de Moitessier, les îles Chagos, depuis les Seychelles car c’était et c’est encore aujourd’hui le seul moyen de s’y rendre. Un copain avait acheté un Waram (Catamaran en bois) qu’on a trop charger entre le matos et la bouffe pour 2 mois. À mi chemin après 500 miles, le bateau s’est disloqué pendant la nuit. On a sorti le canot de survie, on pensait qu’on allait couler! On a dérivé pendant 24 heures en essayant de réparer le bateau tant bien que mal. On s’est relayé toute la nuit, chacun son tour à l’eau pour faire passer du cordage autour des coques et tout ressérer au winch. On a réussi à atteindre les Chagos au bout de 12 jours mais on avait plus rien à manger. Une fois là-bas on a réparé, pêché pour manger et bu des noix de coco et windsurfé. 15 jours plus tard on est parti vers Rodrigues et on a pris le bateau pendant 2 jours, à 45 noeuds avec beaucoup de mer. Le bateau avait de plus en plus de mal à tenir. Il prenait l’eau de partout, on a dû monter les tentes dans les cabines et vivre en shorty tellement ça mouillait! On a déchiré la grand voile, cassé les aubans. Bref on est arrivé à Rodrigues dans un sale état. J’avais perdu pas mal de poids et j’avais des boutons de partout! Sympa la croisière… »

THE 2 FACES OF INDIA. Part 2: SURF DISCOVERY IN FORBIDDEN TERRITORY d’Emmanuel Bouvet sur Vimeo.

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Avec un pied dans le réel et l'autre dans le monde digital, mes intérêts s'étendent à toutes les connexions qui relient l'Homme à son environnement.

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