Le mur de la Méditerranée : quelques chiffres sur l’immigration

Naufrages en Mediterranée - Flickr Denis Bocquet

Se définir, se situer, ça veut dire quoi ? Ça veut dire trouver sa place. Mais aujourd’hui, pour y arriver, il faut mettre cela en perspective. Pour se situer dans le monde de nos jours, il est indispensable de prendre en compte certaines données qui lui donnent une logique de fonctionnement au sens large.

C’est voir le monde à partir de ces chiffres: le budget annuel de l’organisation internationale FAO (Food and Agricultural Organization), qui a pour fonction de veiller à ce que la population mondiale soit nourrie, est de 677 millions ; celui de Manchester United, l’équipe de football britannique, est de 1 milliard 400 millions.

Depuis 1988, selon des ONG, près de 20.000 personnes seraient décédées aux frontières extérieures de l’Union Européenne à cause de l’immigration clandestine en Méditerranée.

Le budget des opérations de maintien de la paix des Nations Unies est de 7 milliards de dollars par an. Et paradoxalement, dans le même temps, le coût de la guerre en Irak en 2003 a franchi les 1.000 milliards. Un des malheurs du XXe siècle, et du début du XXIe siècle, le totalitarisme, a fait 100 millions de morts. Mais le nombre de morts causés par le seul sous-développement, est six fois par an plus élevé, soit 600 millions de morts chaque année.

Par ailleurs, la faim dans le monde fait 2.800 morts toutes les trois heures. Ce qui équivaut à l’attaque sur le World Trade Center du 11 septembre 2001 (2.973 morts). Ce qui veut dire que, tous les jours, la faim dans le monde provoque l’équivalent de huit attaques du World Trade Center de New York.

Une campagne d'Amnesty International à Brighton en Angleterre - © Flickr

Une campagne d’Amnesty International à Brighton en Angleterre pour lutter contre l’inaction des gouvernements européens face aux problèmes de migrations  – © Flickr

À cela, il faut également ajouter les vagues de migration. Ainsi, depuis 1988, selon des ONG, près de 20.000 personnes seraient décédées aux frontières extérieures de l’Union Européenne à cause de l’immigration clandestine en Méditerranée. Les conflits du Moyen-Orient ont forcé des centaines de milliers de réfugiés au déplacement. La Guerre de Syrie, à elle seule, a entraîné la dispersion dans les pays voisins de 4 millions de personnes.

Ces ordres de grandeur demandent plus d’importance et de considération. Ce sont des concepts cruciaux pour se situer dans le monde.

C’est plutôt voir notre monde, hélas, dans sa souffrance.

De la terre vers la mer

Mais, regarde-t-on toujours dans la bonne direction ? La faim dans le monde, ou les morts en Méditerranée, ne sont-ils pas, au demeurant, plus réels que l’éventuelle bombe iranienne ou que la prétendue bombe nord-coréenne ? Actuellement, le monde est en fait beaucoup plus dominé par des questions stratégiques que sociales.

Le nombre d’immigrants arrivés en Europe a triplé en 2015 : selon des données de Frontex, l’agence européenne en charge du contrôle frontalier.

Le nombre de déplacés dans le monde ne cesse de s’accroître. La violence et les conflits sont les causes premières qui expliquent que l’Europe, en tant que riveraine de nombre de pays en lutte, ait admis en 2014 près de 220.000 immigrants maritimes clandestins.

La Méditerranée est devenue un gouffre politique, un trou noir qui fait disparaître non seulement des espoirs, mais des vies. Le nombre d’immigrants arrivés en Europe a triplé en 2015 : selon des données de Frontex, l’agence européenne en charge du contrôle frontalier, près de 57.300 personnes sont entrées dans l’Union Européenne depuis le début de l’année contre 22.500 lors du premier trimestre 2014.

Immigrants clandestins

Immigrants clandestins – © Flickr

La réponse d’une Europe divisée

Si on continue avec les chiffres, 32 km, c’est la distance que fait le mur à la frontière de la Bulgarie avec la Turquie. Ils sont une sorte de limite qui marque deux réalités si différentes entre les deux rives de la Méditerranée : l’une, prospère et en paix, et l’autre, pauvre et en guerre. En termes économiques, en termes de revenus mais aussi en termes sociaux et des droits de l’homme, la différence immense qui existe entre les deux rives génère un afflux de personnes qui ne saurait être contrôlé s’il n’est pas planifié par des efforts conjoints.

Par delà la subtilité de tous ces événements, il y a deux pôles européens : un groupe formé par les pays du Nord, principalement l’Allemagne, les Pays-Bas et les pays nordiques, peu enclins à destiner plus de fonds pour affronter les naufrages en Méditerranée, car les demandeurs d’asile terminent par s’installer au nord de l’Europe ; et d’autre part, le groupe des pays du Sud, avec l’Italie en tête, qui ne veulent pas affronter tout seuls cette pression migratoire, étant donné que le problème concerne l’Europe dans sa totalité.

Cependant, l’ampleur des derniers événements sur les côtes italiennes semble avoir mis fin à la ligne de séparation entre ces deux blocs européens. Mais, y a-t-il une véritable volonté de réponse commune ? Car c’est seulement par cette voie qu’un partenariat réel et fort peut se construire, et s’affirmer, entre les deux rives de la Méditerranée.

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Diplômée en journalisme et captivée par tout ce qui se passe à échelle internationale. Je suis d'ici et là. De tous côtés, mais de nulle part.

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