Le retour des fanzines

Article de La Nordisque

Ce titre doit laisser certains d’entre vous perplexes – un fanzine qu’est-ce que c’est ? Les plus intellectuels d’entre vous iront voir sur leur Petit Larousse illustré, je vais vous faire gagner du temps : fanzine, publication de faible diffusion élaborée par des passionnés de science-fiction, de bandes dessinées, de cinéma, etc… En termes d’aujourd’hui c’est un petit magazine fait par des geeks, pour des geeks. En soi c’est un truc cool.
Subjectif de nature, car en lisant un fanzine nous entrons dans l’univers de ceux qui l’ont créé – le fanzine n’a pas vocation a devenir à la mode ou à se commercialiser, sa diffusion reste marginale. Symbole du DIY, popularisé par le mouvement punk, forcément engagé, le fanzine représente les cultures alternatives. Le reflet d’une conscience politique au travers des arts les plus divers.

Qu’est-ce qui fait un fanzine ? La rencontre entre une passion et des passionnés. Vous, fan d’échecs, pourriez décider avec votre club de créer votre propre fanzine sur le pied que vous prenez à jouer les yeux bandés ou votre dernière nuit de folie à regarder Magnus Carlsen. Qu’est-ce qui fait un bon fanzine ? Le talent. Car chaque fanzine n’a pas connu le même destin. Certains ont disparu rapidement, d’autres existent encore aujourd’hui c’est le cas du fanzine rock Abus dangereux. La renommée d’un fanzine se reconnaît à ses fans, certains étaient prêts à traverser la Manche pour chopper un célébre fanzine anglais. Le fanzine c’est le moyen d’avoir accès à un média indépendant qui parle de ce qu’on aime. Avec le temps certains fanzines sont devenues de véritables œuvres d’art graphiques, le festival international de la BD d’Angoulême récompense même les meilleurs fanzines depuis 1981, à travers le Prix de la bande dessinée alternative.

Il n’y a de limite aux fanzines que l’imagination des passionnés; voilà que des hooligans parlent des politiques répressives du gouvernement Thatcher entre deux articles insultants les supporters adverses. Voilà tout l’intérêt du fanzine : (re)mettre de la politique dans tous les domaines de la vie quotidienne.
La techno par sa nature éminemment politique a été un terrain fertile aux fanzines, vendu à prix coûtant dans les teufs, en distribution chez les meilleurs disquaires ou bien passés de proche en proche. La plupart parlait des prochaines raves, des témoignages sur la dernière défonce, des chroniques sur un album ou bien une éloge à l’hédonisme. Il ne m’en fallait pas plus, et me voilà à zoner des heures derrière mon ordinateur à la recherche du fanzine eDen et d’une interview du parrain de la scène nationale : Laurent Garnier.

© La Nordisque

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Aux premières heures d’Internet, nouveau royaume des geeks, les fanzines ont pullulé. Rien d’étonnant en soi, Internet offre à chacun un moyen de s’exprimer comme c’était le cas des fanzines, les conditions étaient réunies, les coûts de diffusion étaient nuls, l’accès suffisamment secret (il n’y avait pas encore votre père ou votre voisin fan de Guetta sur Internet), l’écriture libre… C’était un flot d’infos bizarres et inconnues. J’imagine des geeks derrière leur ordinateur, leur sensation de puissance, parce qu’ils pensaient faire quelque chose d’incroyable, détenir des informations secrètes pendant que d’autres regardaient la télé. Il faut comprendre que derrière ce qui ressemblerait aujourd’hui à des blogs il y avait des passionnés, des personnes qui partageaient des informations, des œuvres, bien avant que l’économie ne proclame le partage comme la valeur du XXIème siècle. Internet était rempli d’amour, d’utopistes qui pensaient que derrière leur ordi ils pourraient changer le monde au travers de leurs échanges.

Et puis. Et puis Internet s’est transformé en royaume des haters. Un monde dans lequel chacun s’exprime mais n’a plus rien à dire, alors chacun critique. Heureusement cela nous offre des commentaires assez extraordinaires et nos heures perdues à lire ces commentaires sont rentabilisées par les barres de rire qu’ils nous provoquent – je vous conseille un petit tour sur L’Equipe un jour de PSG-OM. On peut déplorer que ces comportements ne fassent pas évoluer le débat et ne grandissent pas leurs auteurs. La critique est si facile, le débat est si intéressant : alors ne critiquez plus, débattez.

shadowwolf

La Nordisque

Un retour à cette époque est amorcé : les moyens sont les mêmes mais les causes différentes. Aujourd’hui le retour au fanzine ou aux réseaux secrets est une réponse à l’hypersocialisation et l’hypermédiatisation auquel nos cerveaux sont soumis au travers des réseaux sociaux par exemple. On recherche également à se soustraire des médias institutionnalisés qui transmettent les mêmes informations. Voilà de nouveaux geeks qui s’amusent à créer des réseaux cachés dans lesquels ils échangent dans le secret. Legowelt, lui-même, a décidé en janvier dernier de lancer son propre zine The Order of the Shadow Wolf. Calmez-vous, il est impossible d’y accéder. Il en est de même pour les fanzines versions papiers, où des groupes sociaux redonnent un sens politique à leur acte et leur façon de vivre – anarchistes, pédés, féministes…

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La Nordisque est un média musical étudiant dont les membres livrent leur vision de la musique à travers des interviews, des émissions ou encore des articles.

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