LE « SWATTING », VENGEANCE DES GAMERS

Hugo Skrzypek, plus connu sous le pseudonyme de Bibix, a l’habitude de partager en direct ses séances de jeux vidéo en ligne. Ce gamer compte plus de 60.000 abonnés sur la plateforme de streaming Twitch et 130.000 sur YouTube. Dans la nuit du 10 au 11 février dernier, alors qu’il était en pleine partie de DayZ, un jeu de zombies, Bibix a été interrompu par une unité de la BAC s’introduisant chez lui. « A genoux, les mains sur la tête ! », ont ordonné les policiers en le menottant, croyant qu’il était sur le point de tuer sa femme.

Très rapidement, le joueur a compris qu’il était victime d’un canular. Tout en gardant son calme, il a informé les forces de l’ordre qu’il s’agissait d’une mauvaise blague. Fait troublant : le numéro utilisé pour contacter la police était bel et bien celui de Hugo Skrzypek, ce dernier n’était pourtant pas l’auteur de l’appel. Après avoir réalisé que le joueur disait vrai, l’équipe de la BAC, ébahie, n’a pas pris la peine de le transporter en garde à vue.

Les Gamers, mais pas que…

Bibix est la première victime française de swatting. Ce phénomène originaire des Etats-Unis est né en 2013, il consiste à appeler la police en prétendant être la personne piégée. En affirmant être sur le point de commettre un crime, l’auteur de la farce est quasiment certain qu’une équipe de la SWAT, unité d’élite paramilitaire, sera déployée au domicile de la victime. Le canular doit également son efficacité à la technique du spoofing : l’appel entrant indique le numéro de la victime, elle est réalisable à l’aide de quelques recherches sur Google.

© FlickR / Sergey Galyonkin

© FlickR / Sergey Galyonkin

Le swatting est une pratique principalement utilisée dans l’univers du jeu en ligne. A l’origine, les piégeurs y avaient recours dans le but de se venger du joueur qui avait tué leur personnage dans le jeu. Les streamers comme Hugo Skrzypek sont désormais les principaux visés, comme en témoignent les nombreuses vidéos mises en ligne sur YouTube. Outre-Atlantique, le cas le plus récent remonte au 7 janvier dernier.

Josh Peters, un streamer américain qui cumule plus de 50.000 abonnés sur sa page Twitch, a assisté à l’invasion de son domicile par les forces de l’ordre. Des milliers de joueurs l’observaient au moment des faits. D’après The Verge, le FBI recense 400 cas de swatting par an. Bien que le phénomène soit privilégié par les gamers, des célébrités ont également été prises pour cibles : Tom Cruise, Selena Gomez, ou encore Kim Kardashian.

Un phénomène dangereux

Malgré l’anonymat et le sentiment d’être intouchable des piégeurs, le swatting est puni par la loi. En France, la Police Nationale a tenu à rappeler que les personnes donnant de fausses informations dans le but de faire intervenir les forces de l’ordre risquaient jusqu’à 30.000 euros d’amende et deux ans de prison. La peine encourue aux Etats-Unis peut s’avérer plus lourde, à l’image de Brandon Wilson. Ce jeune homme de 19 ans risque jusqu’à cinq ans de prison pour plusieurs cas de swatting, rapporte le site Ars Technica

En plus de déranger les forces de l’ordre et d’effrayer les victimes, le swatting présente des dangers. Croyant à une situation de vie ou de mort, les policiers peuvent avoir recours à l’arme à feu. « Quand la police m’a dit de mettre les mains en l’air, j’avais une grosse boule de scotch dans les mains, ils auraient pu croire que c’était une arme », expliquait Brian Kebs, journaliste victime de swatting en 2013, à The Verge.

Cette expérience peut également être traumatisante, le petit frère de 10 ans du streamer Josh Peters souffre de cauchemars et de migraines depuis l’incident. Malgré l’importance qu’a pris le phénomène, et notamment son arrivée en Europe, les cas de swatting restent isolés. Les mesures prises contre les auteurs visent à dissuader les futurs piégeurs, leur efficacité n’est toutefois pas avérée.

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Diplômée en journalisme, je porte un vif intérêt aux questions sociétales ainsi qu'à l'Histoire.

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