Le VIIème sommet des Amériques, une réunion empreinte d’incertitudes et d’intérêts contradictoires

Après plus d’un demi-siècle d’absence, Cuba signe son grand retour à l’Organisation des Etats Américains. En soit, ce retour est un événement qui va offrir au sommet des Amériques une présence médiatique accrue, le monde entier scrutera la possible rencontre, ou tout du moins « l’échange » entre Raul Castro et Barack Obama promis par la diplomatie américaine. Toutefois chaque pays, au delà d’approuver cette nouvelle réalité, se rendra au Panama avec ses propres problématiques et intérêts à défendre. La particularité du sommet, qui se déroulera le 10 et 11 avril, est que celui-ci réunit des pays ayant des situations économiques et politiques relativement instables si nous les comparons aux dernières années.

Le pays de l’Oncle Sam a fortement perdu l’influence qui était la sienne sur cette région, qu’il n’a eu de cesse de considérer comme son arrière-cour durant les dernières décennies. 

Les problématiques sont d’une part internes et particulières, et d’autre part structurelles, touchant différents pays de manière semblable mais pas similaire. En ce qui concerne les difficultés internes, nous pouvons distinguer le scandale de la corruption au Brésil éclaboussant fortement le Parti des Travailleurs au pouvoir, la forte montée des tensions entre le Venezuela et les Etats-Unis, le scandale du procureur Nisman assassiné en Argentine ou encore l’instabilité politique aux Etats-Unis provenant de l’approche de l’élection présidentielle. Les facteurs d’instabilités structurels concernent en premier lieu la chute du prix du pétrole et plus largement des matières premières. En effet, la baisse de la croissance en Chine, importateur privilégié des matières premières produites par de nombreux pays du continent, défavorise l’économie nationale de nombreux pays latino-américains. De plus, la faiblesse politique et économique du Venezuela devrait pousser de nombreux pays d’Amérique Centrale, ayant une relation privilégiée avec le plus grand producteur régional de pétrole, à se tourner vers les Etats-Unis qui signent actuellement leur grand retour sur la scène continentale.

La poignée de main des présidents américain et cubain à Johannesburg - © Reuters

La poignée de main des présidents américain et cubain à Johannesburg – © Reuters

En effet, le pays de l’Oncle Sam a fortement perdu l’influence qui était la sienne sur cette région -qu’il considère comme étant son arrière-cour- durant les dernières décennies. L’arrivée au pouvoir de nombreux gouvernements marqués à gauche sur l’échiquier politique a progressivement créé un bloc de pays anti-impérialiste qui a largement fait barrage à la première puissance mondiale. Cette défiance est symboliquement cristallisée par l’embargo maintenu sur Cuba. Après les discours simultanés des présidents cubains et étasuniens le 17 décembre 2014, la situation s’est transformée et les Etats-Unis souhaitent reconquérir la région afin de limiter l’influence de nations extérieures au continent, en particulier la Chine et la Russie.

De nouveaux projets, de nouveaux investissements pourraient émerger, mais en évoluant dans des relations qui devront être marquées par un plus grand respect de la souveraineté nationale et plus largement par le respect des peuples et de leurs singularités.

Ce processus de reconquête devra toutefois se faire de manière respectueuse, en évitant une posture colonialiste ou post-colonialiste qui pourrait rapidement crisper les pays du sud des Etats-Unis toujours méfiant à l’égard du puissant voisin. Dans ces conditions, les récentes tensions entre le Venezuela et les Etats-Unis, brouillent et pondèrent le message de réconciliation continentale qui devrait être le symbole du VIIème sommet des Amériques. Car le rétablissement des relations entre Cuba et les Etats-Unis signe la réunion de l’ensemble des nations du continent autour de la même table. Le symbole choisi pour le sommet est évocateur de ce rapprochement. Les pays latino-américains souhaitent accroître leurs relations économiques avec les Etats-Unis, afin de compenser la baisse de leurs croissances. Le climat de défiance entre le nord et le sud du continent pourrait laisser place à une dynamique de coopération qui pourrait se révéler florissante pour l’ensemble des acteurs. De nouveaux projets, de nouveaux investissements pourraient émerger, mais en évoluant dans des relations qui devront être marquées par un plus grand respect de la souveraineté nationale et plus largement par le respect des peuples et de leurs singularités.

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Cheminot géopoliticien, passionné par les relations internationales, les apéros et les voyages. Adore tirer la théorie avec qui veut bien l’entendre !

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