L’Écosse donne le droit de vote aux étrangers pour le référendum sur l’indépendance

À moins de cent jours du référendum sur l’indépendance de l’Écosse qui se tiendra le 18 septembre prochain, les pronostics vont bon train. Différents paramètres sont scrupuleusement étudiés afin de prévoir le plus exactement possible de quel côté la balance va pencher. C’est ainsi que dernièrement, la BBC a consacré un reportage sur la question du vote des étrangers. Environ 400 000 Européens vivent en Écosse, nombre qui augmente encore lorsqu’on ajoute les citoyens britanniques venus aussi s’y installer1. Enfin, la communauté étrangère compte aussi de nombreuses personnes originaires du Commonwealth devenues résidents permanents. À toutes ces personnes la possibilité est offerte de prendre part au référendum du 18 septembre. À partir de là, plusieurs scénarios sont envisageables.

 Scénario A : Je suis étranger et je vais voter NON 

Ma décision vous surprend peut-être. Mais voilà, si j’ai choisi de venir au Royaume-Uni, c’est pour profiter du marché de l’emploi britannique dans sa totalité, et non pour me retrouver limité à un seul pays. Actuellement, il est si dur de trouver du travail que beaucoup d’immigrants comme moi souhaitent se garder le maximum de portes ouvertes. Après tout, si nous quittons notre pays d’origine, c’est pour nous assurer un meilleur avenir. Un autre aspect du problème repose sur le fait que bien souvent, immigrer au Royaume-Uni, c’est d’abord partir vivre en Angleterre. L’installation en Écosse est souvent due à une opportunité de travail qui s’est finalement dégagée, à la présence de proches qui proposent à l’immigrant leur aide dans son installation et dans sa recherche de travail, ou à un partenariat entre sa faculté et une des universités écossaises. L’installation au Royaume-Uni hors Angleterre relève pourrait-on dire davantage de l’aléatoire, même si cela tend à évoluer.

Si je soutiens tant l’unité du Royaume-Uni, c’est aussi parce qu’en ces temps de morosité économique, elle s’avère rassurante. Faire partie d’une union permet de s’assurer un soutien en cas de difficultés. Après tout, les banques écossaises ont largement été aidées par leur voisin du Sud, et le déficit de l’Écosse a été grandement soutenu par l’émission d’obligations britanniques dont le taux d’intérêt est resté relativement bas puisque massivement rachetées par la banque d’Angleterre2.

Je souhaite pour l’Écosse et pour moi-même un futur stable et prometteur. Pour cela, le meilleur moyen est de rester unis. Je voterai non le 18 septembre.

J. Mitchell / Getty Images

J. Mitchell / Getty Images

Scénario B : Je suis étranger et je vais voter OUI

Je ne sais pas si je suis indépendantiste à part entière, mais une chose est sûre, je crois en l’avenir de l’Écosse et souhaite qu’elle puisse exprimer toutes ses potentialités afin d’assurer à ma famille et à moi-même un meilleur avenir. L’Alba est un territoire dynamique qui cherche à exprimer tout son potentiel. Malgré les pouvoirs supplémentaires obtenus grâce à la dévolution, le pays reste sous l’emprise du gouvernement de Westminster. Depuis 1999, l’Écosse a gagné en expérience et dispose de leaders brillants qui pourront permettre au pays de révéler tous ses atouts. Le pays conduit par le SNP se veut développer une politique beaucoup plus sociale que celle actuellement en vigueur en Angleterre. La question de l’immigration est un autre de point de friction avec une Écosse qui voit la venue d’étrangers comme une possibilité de développement et un moyen de faire front au vieillissement de sa population. Je partage totalement cette vision, et ne souhaite plus devoir dépendre de Westminster pour gérer cette question. Nos visions sont devenues trop antagonistes. Enfin, je suis un européen convaincu, et je défends avec fermeté l’appartenance à l’Union Européenne, au contraire de bon nombre de mes compatriotes anglais qui n’hésitent pas à voter en masse pour le UKIP. Ce n’est pas l’avenir que je désire.

Je souhaite pour l’Écosse et pour moi-même un futur stable et prometteur. L’indépendance en est la meilleure garantie. Je voterai oui le 18 septembre.

Scénario C : Je suis étranger et je ne vais pas voter

Si j’ai le droit de voter pour le référendum, j’ai décidé de ne pas le faire. Non par « respect » comme j’entends certains le dire autour de moi, mais simplement parce que je considère que cette question n’est pas la mienne. Elle n’est pas la mienne d’abord parce que je suis étranger et que je ne pense pas avoir légitimité à voter sur une question politique de cet ordre. Si je suis parfaitement intégré en Écosse, je ne me sens pas de prendre part à ce projet politique d’importance majeure pour le futur du pays. Non que je sois désintéressé de la question, bien au contraire. J’essaie de suivre le plus possible l’avancée des débats, mais plus en tant qu’observateur.

Cependant, plus j’y réfléchis, plus je me sens confus, non sur ma décision, mais sur les raisons qui l’expliquent. Je n’ai jamais considéré que la nationalité relevait seulement d’un droit du sol. Après tout, je suis peut-être bien plus au courant des affaires écossaises que bon nombre de nationaux. En fait, comme je l’ai dit précédemment, voter pour ou contre l’indépendance, c’est prendre part à la création d’un futur pour le pays, et pour cela, je crois qu’il est primordial de s’être suffisamment projeté. Vais-je faire ma vie en Écosse? Je n’en sais rien à l’heure d’aujourd’hui. Si c’était le cas, peut-être que mon attitude serait différente. Mais aujourd’hui, du fait de cette incertitude, je suis hors-jeu. Enfin pas tout à fait, puisque j’essaie de suivre au mieux ce qui se passe, car après tout, l’Écosse vit un moment historique. Mon voisin, un Polonais installé depuis 20 ans en Écosse, va quant à lui voter pour assurer le meilleur des futurs à son pays d’adoption.

Je souhaite pour l’Écosse un futur stable et prometteur. Pour les raisons énoncées ci-dessus, Je ne voterai pas le 18 septembre, mais soutient le processus démocratique du référendum.


1S. Minto, « The « foreigner » vote », http://wingsoverscotland.com/the-foreigner-vote/

2« Indépendance de l’Ecosse: une perspective libérale », http://www.contrepoints.org/2013/05/11/124057-independance-de-lecosse-une-perspective-liberale

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Auteure passionnée et touche-à-tout, je prends plaisir à user de mon merveilleux clavier d'ordinateur pour rédiger des articles divers et variés. Et comble du comble, mon clavier a l'air d'aimer ça.

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