Pourquoi les femmes sont-elles si bénéfiques aux djihadistes ?

Quelles que soient leurs motivations, accompagner leur époux, devenir femme de martyr, défendre une idéologie, servir une cause « divine » ou tout simplement obéir à une pression d’ordre familiale, culturelle ou religieuse, les femmes sont de plus en plus nombreuses à participer au Jihad en Syrie. Si les raisons de cet engagement croissant sont infinies, le rôle de ces femmes et de ces adolescentes âgées entre 14 et 30 ans dépasse largement le soutien technique traditionnel. Sinon un phénomène historique, l’afflux de femmes qui partent faire le Jihad est un phénomène médiatique qui profite à la survie et à l’expansion des organisations terroristes.

Les rôles des femmes djihadistes

Comme le rappelle David Thomson, auteur de l’enquête « Les Français djihadistes », les bases du combat armé sont inculquées à ces femmes et jeunes filles bien qu’elles ne participent pas aux actions de combat de terrain. Elles sont bien entendu très sollicitées dans des rôles « traditionnels » tels que la logistique, le soutien médical ou tout simplement les tâches ménagères. En revanche, le rôle sous-jacent de ces femmes est de rendre visible leur admiration et leur dévotion pour ces groupes terroristes. Dans un contexte géographique différent mais idéologiquement similaire, les femmes djihadistes kamikazes en Irak génèrent 8 fois plus de réactions dans la presse que les mêmes attaques perpétrées par des hommes [1]. La participation des femmes aux Jihad permet alors d’assurer une couverture médiatique aux groupes terroristes comme Al Nosra en Syrie, ou le groupe « Etat islamique en Irak et au Levant », mais également de générer de nouvelles recrues féminines. Qu’elles soient confinées à des rôles secondaires ou responsables de missions meurtrières, certaines de ces femmes sont élevées au rang de modèles de fierté et d’héroïnes au sein de ces communautés. Il faut tout de même noter que cette émancipation se fait généralement à travers l’acte du martyre, comme ce fut le cas de Wafa Idris, la première femme kamikaze dans le conflit Israélo-Palestinien. L’impact sur les jeunes femmes est néanmoins réel car la France est aujourd’hui le pays européen le plus touché par ce phénomène. Les réseaux sociaux sur Internet n’ont jamais autant profité à la prolifération de l’idéologie islamique djihadiste ainsi qu’au recrutement.

Considérant la structure ultra-conservatrice de ces organisations terroristes, l’intérêt souligné envers les sujets féminins semble révéler une tactique démonstrative à laquelle les médias occidentaux répondent comme prévu.

Une Anglaise manifestant en faveur du jihad en Syrie - © Sipa

Une Anglaise manifestant en faveur du jihad en Syrie – © Sipa

Le phénomène médiatique

L’engagement des femmes dans des affrontements violents et sanguinaires n’est pas nouveau. Que ce soit à travers les Tigres de libération de l’Îlam Tamoul ou les femmes kamikazes en Tchétchénie, l’association de la féminité à une violence extrême a toujours choqué. À l’inverse, le rapport de la masculinité à la violence demeure bien plus normalisé. L’image de la féminité semble restée dans une considération simpliste de la femme qui requiert une protection et qui se doit d’être non-violente voire innocente. Le phénomène des femmes qui partent aux Jihad en Syrie confronte alors ce rapport binaire entre masculinité et féminité, au risque de profiter à une médiatisation intensifiée de ces groupes terroristes sur la toile comme dans la presse. En attendant, une incompréhension totale se perpétue quant aux motivations et aux capacités de ces jeunes femmes. Si le rôle des femmes djihadistes ne se restreindra surement ni au soutien secondaire ni à l’effet médiatique, reste à voir jusqu’où ira leur engagement en Syrie. Le déploiement massif de femmes djihadistes kamikazes en Irak dès 2008 avait offert une riposte sanglante contre l’invasion américaine, preuve que la tactique peut s’avérer bénéfique.


[1] Bloom, M. (2005). Dying to kill. 1st ed. New York: Columbia University Press.

 À lire aussi: Ces européens qui partent faire le djihad: Comment expliquer leur engagement?

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