Les Scarifications ethniques en Afrique

Depuis des siècles, les scarifications ethniques visibles sur le corps et le visage des membres des tribus africaines font partie de leur culture. D’où viennent ces marques, quelle est leur signification ?

Selon la tradition Moose, les scarifications seraient apparues au Nord du Ghana actuel.

Au XVIIIe siècle, au Bénin, les marques sur le visage permettaient d’identifier les membres de son clan, au cours de guerres et de conflits. Ces marques furent également une manière de contourner l’esclavage, à partir du XVIe siècle. Les négriers se détournaient des personnes portant des marques sur le visage et sur le corps.

Les balafres sont faites sur les enfants, dès l’âge de dix ans. Pour les garçons, les scarifications interviennent souvent au moment de la circoncision. Pour une fille, il est important d’être balafrée avant le mariage. Comme un rite de passage, ces scarifications sont généralement accompagnées d’une cérémonie, de la même manière que l’excision, pratiquée dans 29 pays d’Afrique et du Moyen-Orient. Elles sont souvent réalisées à l’aide de pierres, de verre ou de couteaux.

Dans les villages, les enfants dépourvus de cicatrices ont longtemps fait l’objet de moqueries au sein des écoles. Aujourd’hui, à l’inverse, cette tradition est considérée comme une pratique, tantôt barbare, tantôt rétrograde. Moqueries en cas d’absence de cicatrices durant l’enfance, puis moqueries engendrées par ces scarifications en zones urbaines, la tradition a la vie dure.

© Flickr

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Significations

Les balafres sont réalisées aussi bien sur les tempes, les joues, le front, que le corps, notamment l’abdomen et le dos.

Les significations sont multiples : appartenance à un clan, croyance en une divinité, appartenance à une classe sociale, ou encore symbole du franchissement d’une étape dans la vie. Par exemple, une femme prête pour le mariage portera sur le ventre une série de cicatrices. Parfois même, les scarifications sont faites dans un but thérapeutique. Au Togo, la pratique de ces entailles aurait pour vocation de soigner les maladies neurologiques, comme l’épilepsie.

Une femme de la tribu Mursi en Ethiopie - © Flickr

Une femme de la tribu Mursi en Ethiopie – © Flickr

Une tradition qui divise

Certaines personnes sont balafrées contre leur gré. Il s’agit souvent d’enfants, qui ne les acceptent pas, car ils n’en comprennent pas la signification.

Quand certains acceptent leurs scarifications avec le temps, d’autres, au contraire, ne les assument plus. Car dans un contexte de société moderne, le regard des autres peut se faire pesant.

Mme K. Djeneba, gérante d’une boutique au Burkina Faso, vit ses cicatrices comme un poids aujourd’hui.

 Les gens trouvent ça beau, moi je trouve ça laid. Nous ne sommes pas comme les autres. Auparavant j’aimais mes cicatrices et je m’en vantais. Mais aujourd’hui, en ville, c’est passé de mode

La tradition se perd. La modernisation imposée petit à petit par les autorités religieuses et gouvernementales ont progressivement freiné cette pratique. Certains reprochent l’uniformisation culturelle.

Flickr © Facial Scarification in Africa in the early 1940s

Scarification faciale en Afrique au début des années 1940 – © Flickr

Autre frein à la pratique de la scarification : les enjeux sanitaires. Les balafres sont en effet réalisées dans le respect de la tradition ancestrale, à l’aide d’outils non jetables. De là découlent de nombreuses campagnes de sensibilisation dans les villages. Les risques d’infection, de contamination, notamment SIDA, tétanos, sont autant de raisons et d’arguments venant s’opposer à cette pratique.

Pourtant, il existe aujourd’hui une grande volonté de faire perdurer cette tradition, malgré tout. Encore aujourd’hui, les scarifications sont un signe de reconnaissance entre les peuples. De la même manière qu’une langue commune rassemble. Pour illustrer ces scarifications, la photographe Joana Choumali présente une série de photographies intitulée « Hââbré, The Last Generation », pour que cette tradition ne soit pas oubliée.

Une femme Mayombe au Congo - © Flickr

Une femme Mayombe au Congo – © Flickr

Aujourd’hui, les scarifications ethniques sont interdites par la loi du Burkina Faso. Au Bénin, cette pratique est quasiment éteinte, suite à l’intervention des colons français.

Entre fierté et embarras, chacun vit ses scarifications d’une manière différentes. Qu’elles aient été faites par choix, qu’elles soient vues, en bien ou en mal, tous ces paramètres font qu’aujourd’hui, la tradition tend à disparaître. Désormais, les derniers balafrés sont des personnes de plus de quarante ans. La modernité aura eu raison de cette tradition ancestrale.

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Titulaire d'un diplôme européen d'études en journalisme, je suis touche à tout, mais je m'intéresse tout particulièrement aux thématiques culturelles.

    4 Commentaires

    • Répondre juillet 31, 2015

      Maxime

      j’ai apprécié votre article.
      en fait, bien vrai que la scarification soit une valeur culturelle, je conviendrait avec ceux qui sont pour son abandon. nous avons toutes les méthode d’identification des individus de nos jours pour encore compter sur ces pratiques retrograde dont le but était surtout l’identification.
      j’était à la recherche d’information sur ces pratiques pour construire un billet.
      j’vous remercie pour ce billet

    • Répondre octobre 7, 2016

      PAKMENSO

      Salut Maxime,
      je partage le même point de vue que toi, mais je me permets de dire que ta façon d’aborder le sujet est trop agressive, il vaudrait mieux qu’on le fasse avec tact et courtoisie car c’est un sujet très délicat.
      Il faut amener avec douceur les praticiens de la scarification à comprendre que cette pratique n’est pas la meilleur façon d’identifier les personnes.

    • Répondre décembre 2, 2016

      Martin

      Bonjour,

      J’ai trouvé votre article très intéressant, je souhaite également faire un travail photo sur ce sujet. Et interviewer des gens qui porte des scarifications. Vous m’inspirer lorsque vous parler de fierté pour certains et d’embarras pour d’autres.
      Pourriez vous me renseigner sur de la littérature, des articles, documentaires photos ou vidéo concernant ce sujet ?

      Merci

    • Répondre avril 24, 2017

      Naky

      J’ai eu un peu de mal avec ma cicatrice étant enfant mais aujourd’hui c’est ce que j’aime le plus de ma personne. Car c’est à la fois un mystère qui entoure ma personne aux yeux d’autres qui hésitent à vraiment me demander l’origine de la cicatrice. En Europe j’ai senti cette gene de certaines personnes de me voir à coté d’eux dans les transports communs et l’admiration des rares curieux qui qui veulnt savoir comment ça s’est passé. Une fois le mystère élucidé, l’approche et l’attitude changent.
      Je comprends parfaitement l’embarras de certains mais je pense que nous devons ( nous qui potons les cicatrices) arriver à nous accepter et mieux faire comprendre à ceux qui n’en savent pas grand chose.

      Je suis tout à fait d’accord sur le point que les enfants ne font aucun choix et sont obligés de subir toute leur vie mais je trouve malheureux que nous perdions ces valeurs au profit des regards et pensées des autres personnes.

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