Les Sikhs d’Afghanistan: une minorité ostracisée depuis des années

La découverte d’immigrants afghans la semaine dernière dans un conteneur du port de Tilbury (Essex) a mis en lumière la situation désastreuse à laquelle font face les Sikhs d’Afghanistan, obligés de fuir leur pays au péril de leur vie. Cette minorité subit depuis des années de nombreuses persécutions : d’abord forcés de se convertir à l’Islam, ils sont aujourd’hui les victimes de nombreux actes de kidnapping. Leurs conditions d’existence en terre afghane sont abominables et c’est ainsi que bon nombre d’entre-eux préfèrent partir.

Une minorité prolifique qui domine économiquement le pays

Cela fait plusieurs centaines d’années que la population sikhe est installée en Afghanistan. Leur croyance repose sur les enseignements du Gourou Nanak, le premier maître spirituel des Sikhs. Les Sikhs d’Afghanistan ont toujours représenté une proportion infime de la population afghane et pourtant leur présence semble avoir toujours fait peur à la majorité musulmane du pays. En étudiant de plus près les persécutions dont ils sont victimes depuis des années, on ne peut que faire le rapprochement avec ce qui s’est passé pour les Juifs en Europe.

La communauté sikhe nouvellement installée en Afghanistan a vite prospéré et beaucoup de ses membres sont devenus marchands, banquiers, etc. Ils ont fini par dominer l’économie afghane. Leur population connaît ensuite une forte augmentation en 1947 lors de la partition de l’Inde. En effet,  nombreux sont ceux à quitter la région du Potohar dans le nouvel Etat pakistanais où ils sont rejetés par la majorité musulmane du pays. Les Sikhs connaissent à nouveau une période de grande prospérité durant le règne de Zahir Shah, dernier roi du pays, qui s’étend de 1933 à 1973, mais aussi pendant la période soviétique, caractérisée par son idéologie laïque. La religion ne détermine plus la place sur l’échiquier social, ce qui permet aux Sikhs de se développer sans être confrontés à des discriminations religieuses.

Montée du fanatisme religieux et mise au banc de la communauté sikhe

En 1992, les Moudjahidines renversent le gouvernement russe et la situation redevient mauvaise pour la minorité sikhe. Cela ne fera qu’empirer avec l’arrivée des Talibans au pouvoir, qui les obligeront alors à porter des étoiles jaunes sur leurs vêtements, mais aussi à se convertir et à donner de l’argent pour le djihad.

En 2001, le gouvernement taliban s’effondre et la tolérance religieuse devient un objectif affiché par les Américains et leurs alliés. Mais d’après bon nombre de membres de la communauté sikhe, rien de concret n’a été entrepris par le gouvernement Karzaï. Les insultes, les crachats et autres réjouissances de ce genre n’ont eu de cesse de faire partie de leur quotidien. La majorité musulmane considère que les sikhs n’ont pas leur place en Afghanistan, ne l’auront jamais et feraient mieux de retourner chez eux. Après une présence de plus de cinq cent ans dans le pays, ce rejet sans concession est totalement injuste. Le droit de rendre hommage à leurs morts est aussi brimé, car l’Islam considère la crémation comme une abomination. Durant ces dix dernières années, le gouvernement Karzaï a attribué différents sites de crémation aux sikhs mais de nombreux villageois ne cessent de venir perturber les hommages funèbres.

Face aux persécutions incessantes, beaucoup prennent le chemin de l’exode

Certains choisissent de se rendre en Inde, où leur situation n’est malheureusement pas plus simple: si un visa de visiteur de courte durée est relativement facile à obtenir, ils connaissent de nombreuses difficultés pour l’obtention de la citoyenneté indienne leur permettant de s’installer durablement dans le pays sans risque d’être expulsés. En tant qu’étrangers, ils connaissent alors les pires difficultés pour acheter des terres ou trouver un travail convenable. Des problèmes de langue apparaissent aussi souvent, car les Sikhs d’Afghanistan parlent avant tout Dari et Pachtoune.

D’autres préfèrent partir vers l’Europe, mais leur chemin est semé d’embûches et le voyage se fait bien souvent au péril de leur vie, comme l’illustre de façon éclairante la tragédie  des immigrants afghans retrouvés à Tilbury.

En décembre 2013, le rejet du projet de loi proposé par le gouvernement Karzaï visant à réserver « un siège au Parlement à un représentant des communautés hindoues et sikhes »1 a peut-être porté le coup de grâce quant à la présence de ces deux populations en Afghanistan. Il marque officiellement l’indifférence de la majorité des représentants de la nation quant à l’ostracisme dans laquelle vivent les Sikhs depuis des années. C’est sans doute le plus grand outrage qu’on pouvait encore leur faire.


1T. Chanda, « Persécutés par les islamistes, les sikhs afghans sont forcés d’immigrer » http://www.rfi.fr/mfi/20140822-persecutes-islamistes-sikhs-afghans-sont-forces-emigrer-Angleterre-Afghanistan-immigration/

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Auteure passionnée et touche-à-tout, je prends plaisir à user de mon merveilleux clavier d'ordinateur pour rédiger des articles divers et variés. Et comble du comble, mon clavier a l'air d'aimer ça.

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