L’hibernation artificielle : de la science-fiction à la réalité

Une équipe de chirurgiens américains a reçu l’autorisation, en juin 2014, de mettre au point une technique d’hibernation artificielle, qui pourrait être mise en pratique dans le cadre de missions spatiales. Si ces techniques ont déjà été étudiées dans le domaine de la médecine, cette nouvelle utilisation ne serait pas sans rappeler 2001, l’Odyssée de l’Espace, une référence en matière de science-fiction.

Les chirurgiens américains de l’UPMC (University of Pittsburg Medical Center) Presbyterian Hospital, à Pittsburgh, travaillent actuellement sur une manière d’utiliser l’hibernation artificielle dans le cadre de missions spatiales. Mais que se cache derrière ce concept ?

Le concept d’hibernation artificielle

Du temps. Ce dont manquent les médecins lorsqu’il s’agit de sauver une vie. Dans les années 1950, Henri Laborit, chirurgien et neurobiologiste français, travaille sur une technique d’hibernation artificielle. Ce concept permet de faire baisser la température du patient jusqu’à 31 degrés, par l’injection dans son sang d’une solution saline froide. Cette méthode de conservation, appliquée à l’être humain, permettrait de faire chuter considérablement le rythme cardiaque, ainsi que la pression artérielle. En bref, ralentir le métabolisme, et gagner de précieuses minutes.

© Flickr - (NASA, International Space Station, 03/07/11

© Flickr – (NASA, International Space Station, 03/07/11

Quand la fiction flirte avec la réalité

Des hommes et des femmes, allongés en rang d’oignons dans une pièce éclairée d’une faible lumière bleutée, comme endormis, étendus dans ce qui ressemblerait à d’étranges cercueils de verre. C’est ainsi que l’on pourrait se représenter un voyage à bord d’une navette spatiale, dans un avenir plus ou moins proche. Influencés par la pop culture, nous ne pouvons nous empêcher d’imaginer l’Homme, touchant du doigt ce fantasme scientifique. La science fiction comme source d’inspiration, serait-ce si fou ? Dans les faits, un voyage dans l’espace demandant plusieurs mois (ndla : 6 à 8 mois pour un voyage sur Mars), cela nécessite des provisions alimentaires, ainsi qu’un approvisionnement en eau et en oxygène. Dans un état de torpeur, ces besoins diminueraient considérablement. Par ailleurs, ce procédé protègerait les voyageurs des rayons cosmiques, responsable de lésions sur le métabolisme [1].

Alien, le huitième passager

Alien, le huitième passager

Applications concrètes

Jusque-là, les recherches les plus abouties en matière d’hibernation artificielle ont été observées en médecine, sous l’appellation d’hypothermie thérapeutique. Concrètement, ce procédé est utilisé dans les hôpitaux pour traiter différents cas. La pratique de l’hypothermie thérapeutique s’est introduite dans les hôpitaux ces vingt dernières années. Ses applications vont de la réanimation au traitement d’arrêts cardiaques, en passant par des cas d’accidents vasculaires cérébraux.

Le projet Mars One [2] a contribué à relancer le sujet et à le mettre en perspective sur le plan aérospatial. Dans cette optique, la NASA a financé une étude réalisée par SpaceWorks [3], dans le même but : trouver le moyen de réduire les coûts en matière de nourriture et d’eau. En effet, le simple envoi des denrées alimentaires nécessiterait un lancement à lui seul.

© Flickr - Mars One

© Flickr – Mars One

Bien que l’idée puisse faire rêver à des expéditions aérospatiales dignes de 2001, Odyssée de l’espace, les recherches scientifiques visent avant tout à trouver une application dans la médecine.

Le but premier de cette méthode est, comme l’indique à juste titre l’un des membres de l’équipe de chirurgiens de l’UPMC « de sauver des vies, pas d’envoyer des personnes sur Mars. »

La science reste encore loin de pouvoir utiliser l’hibernation artificielle sur des astronautes. Pour l’heure, son application reste médicale. Cependant, les nombreuses études menées actuellement n’écartent pas la possibilité qu’un jour, les astronautes puissent bénéficier de cet état de sommeil profond.

 

[1] L’atmosphère et le champ magnétique terrestre rendent possible la vie sur terre. En l’absence de ces deux phénomènes, dans le cadre de voyages spatiaux, l’homme est soumis à d’importants rayons cosmiques, qui, chargés en protons, endommagent les cellules.

[2] Projet Mars One : Expédition spatiale sur la planète Mars prévue en 2025. Le but de cette opération est d’y créer un habitat permanent pour l’homme.

[3] SpaceWorks : Société américaine d’ingénierie aérospatiale.

 

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Titulaire d'un diplôme européen d'études en journalisme, je suis touche à tout, mais je m'intéresse tout particulièrement aux thématiques culturelles.

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