Lorsque la science soignera les peines de cœur

On a tous un jour ou l’autre vécu une peine de cœur ou assisté, impuissant(e), au chagrin d’amour d’un proche. Arrêter de regarder les photos de l’être aimé sur Facebook, mettre de la distance entre les deux, couper tout contact… Si chacun a ses méthodes pour guérir de cette véritable souffrance, un médicament pourrait peut-être tout régler à votre place, sans trop d’efforts.

L’amour : une réaction chimique dont les effets sont comparables à ceux d’une drogue

Qu’est-ce que l’amour ? La réponse très scientifique de Brian D. Earp risque de décevoir les plus romantiques. Car pour le chercheur, c’est avant tout « un phénomène ancré dans le système chimique du cerveau qui a évolué en fonction des besoins reproductifs de nos ancêtres ». Mais évidemment, pour les amoureux c’est un peu plus que ça. Des scientifiques se penchent sur ce phénomène physique et plus particulièrement sur les effets d’une rupture sentimentale sur notre cerveau.

Dugg Simpson

© Dugg Simpson

Dépendance, obsession, manque de rationalité…L’amour peut avoir des effets similaires à ceux procurés par les drogues. Quand on est amoureux, on a tendance à se concentrer sur une partie de la réalité et en éluder l’autre. L’amour rend aveugle. Ceux en mal d’amour se focalisent alors sur les côtés négatifs de leur relation, et lorsque cela devient une véritable obsession, voire une dépendance, on peut parler d’addiction dont il est difficile de se défaire.

Les recherches sur l’amour et ses réactions sur la matière grise permettent d’en connaître davantage pour éventuellement créer un traitement. Lors d’analyses, des scientifiques ont observé qu’après une rupture les malades possèdent un taux anormalement bas de sérotonine, une hormone couramment utilisée dans certains médicaments contre la dépression.

Tag à Berlin

Tag à Berlin – © Flickr

Pour y voir un peu plus clair, le chercheur Larry Young a mené des expériences sur des campagnols femelles. Après leur avoir injecté des substances pour bloquer la dopamine ou l’ocytocine (hormones du plaisir et de l’attachement), il a ensuite observé leur comportement, notamment au niveau de l’attachement, du désir et de l’empathie qu’elles éprouvent vis-à-vis de leurs congénères. À l’origine monogames, les animaux sont devenus polygames. Un résultat démontrant que ces injections ont changé significativement leurs habitudes sexuelles et amoureuses.

Une fois tous ces éléments analysés et déchiffrés, il sera peut-être possible de préparer un cocktail réalisé à partir de différentes substances chimiques, sorte de formule magique qui soignera les problèmes de cœur. Adieu chagrin d’amour ?

Un médicament pour soigner nos cœurs brisés : une bonne idée ?

Une solution radicale qui, selon le scientifique Larry Young, intéressera potentiellement un bon nombre d’individus. Mais face à cette possibilité de traitement, plusieurs problèmes éthiques se dégagent. Car si un tel médicament est mis en circulation, il faudra automatiquement mettre en place une réglementation afin d’éviter toute utilisation abusive.

L’un des risques, s’inquiète Brian D. Earp, serait que l’industrie pharmaceutique s’empare du sujet pour tourner cette situation à son avantage. Elle pourrait alors émettre un discours alarmant sur les effets destructeurs de l’amour et… se remplir les poches grâce à ce juteux marché touchant une très grande partie de la population.

Selon le docteur, lors d’une rupture, il faut avant tout réfléchir, prendre le temps de soigner ses maux par soi-même, se remettre en question et non simplement avaler une pilule pour régler nos problèmes. Un des dangers serait que ce médicament soit pris comme n’importe quel médicament, sans réelle réflexion.

Maya Ibuki

© Maya Ibuki

Dès lors, cette solution ne devrait être réservée que pour certains cas : quand la relation devient néfaste et l’attachement tel qu’il empêche la personne d’y mettre fin. Brian D. Earp donne l’exemple des femmes victimes de violences de la part de leur partenaire et pourtant trop fragiles et attachées pour rompre. On peut également penser aux personnes souffrant de dépression et incapables de se relever après une rupture douloureuse. Ces médicaments leur apporteraient alors une solution et les aideraient à se détacher peu à peu pour aller de l’avant.

Ce médicament rappellera sans doute aux cinéphiles Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michel Gondry, ce film dans lequel les conjoints prennent une pilule pour oublier leur histoire d’amour destructrice et tout ce qui les rattachaient l’un à l’autre. Si aujourd’hui cette idée relève encore de la science-fiction, cela ne devrait plus le rester très longtemps.

Source: New Scientist, Courrier international.

  • share on facebook
  • share on twitter
  • share on google+

Auteure passionnée à la plume tenace et à l'appétit vorace pour les idées qui claquent.

    Votre avis