« Mad Pride » : la marche des fous    

Perruques multicolores, maquillage bariolé et ambiance festive au milieu du mois de juin à Paris… Non, ce n’est pas la désormais traditionnelle Gay Pride. C’est une autre marche des fiertés qui s’est tenue le samedi 14 juin dans la capitale : la « Mad Pride ». Née en 1993 au Canada, et exportée depuis dans de nombreux pays, la Mad Pride (littéralement, la « Fierté des Fous ») voit apparaître cette année sa première édition française.

Logo officiel de la Mad Pride française 2014

Logo officiel de la Mad Pride française 2014

Des citoyens comme les autres

Le mouvement est une réponse à la stigmatisation des personnes atteintes de maladies mentales, aux préjugés dont souffrent les malades et leurs proches, et aux amalgames. « Au moment de l’affaire Cahuzac, Hervé Morin s’est permis de dire que l’ancien ministre du budget était un « schizophrène ». Non, c’est seulement un mec malhonnête ! » explique Philippe Guerard, président d’Advocacy, une association de lutte pour la préservation des droits civiques, du respect et de la dignité des malades.

Samedi dernier, un cortège d’environ 500 personnes a donc défilé dans une ambiance festive, depuis l’hôpital Sainte Anne, « symbole de l’enfermement de jadis », jusqu’à l’Hôtel de Ville, « symbole de la citoyenneté ». Au programme, forum d’associations, happenings d’artistes et signature d’une charte de la dignité en santé mentale avec Bernard Jomier, adjoint à la mairie de Paris en charge des questions de santé.

Maladie mentale, préjugés, peur et exclusion

Du fait d’un manque d’information du public, les personnes atteintes de maladies mentales souffrent des préjugés et des tabous.

En 2009, une étude Ipsos commanditée par la Fondation FondaMental* soulignait le fossé entre la perception des maladies mentales au sein de la population française et leur réalité. 65% des Français considèrent qu’un schizophrène représente un danger pour les autres, alors que seuls 0,2% des patients atteints de schizophrénie peuvent potentiellement être dangereux pour les autres. L’étude met également l’accent sur la variation de l’acceptation sociale suivant les pathologies : 80% des personnes interrogées accepteraient de travailler avec une personne atteinte d’autisme (67% pour les maniaco-dépressifs) et 90% des personnes interrogées accepteraient que leurs enfants soient dans la même classe qu’un enfant autiste (65% pour les maniaco-dépressifs).

Trop souvent stigmatisées, les personnes atteintes de maladie mentales sont les premières à être touchées par l’exclusion. « Alors que 1% de la population française est porteuse de pathologies psychiatriques, 20 à 30% des sans domicile fixe sont affectés », déclarait le président de Médecins du Monde en 2007. Ce qui ne fait qu’empirer la situation ; le fait d’être privé d’aide et d’une vie sociale « normale » favorisant l’aggravation des troubles psychiques.

Manifestants à la Mad Pride du samedi 14 juin — Photo AFP

Manifestants à la Mad Pride du samedi 14 juin — Photo AFP

La prise en charge des maladies mentales en France

Ignorés ou emprisonnés lorsque leur comportement troublait l’ordre social, les malades mentaux ont par la suite été enfermés, isolés et mis à l’écart dans des asiles. Après la Seconde Guerre Mondiale, les traitements médicamenteux se développent, et, surtout, la psychiatrie s’ouvre aux sciences humaines. L’idée d’internement comme outil thérapeutique est remise en cause et une prise en charge de proximité est instaurée, afin de soigner par les relations plutôt que par le placement en institution.

Alors que 62% des Français reconnaissent pouvoir être un jour atteint de maladie mentale, la peur et les idées reçues persistent. Malgré tout, les Français expriment un besoin d’information crucial afin d’améliorer la prise en charge et la prévention des maladies mentales.


* Perceptions et représentations des maladies mentales, enquête menée par Ipsos Public Affairs pour FondaMental, du 8 au 12 mai 2009, auprès d’un échantillon national de 916 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

  • share on facebook
  • share on twitter
  • share on google+

1 Commentaire

  • Répondre juillet 1, 2014

    Anton

    Cette marche fait elle fi des réelle nuisances des malades mentaux, envers eux même ou envers les autres?
    Un(e) malade mental, bipolaire ou autre, peut nuire à ses proches, par l’agressivité qui résulte de sa conduite (mépris de l’autre, profonde dépression …).
    Où conduit la fierté citoyenne ? Elle peut devenir un encouragement au mal, envers soi même ou envers les autres.

    Voyez à quoi pousse la gay pride … à des changements qui confinent à la folie
    au mariage pour tous, à la pma pour toutes, à la gpa pour tous, à l’exploitation des sexualités et des corps, féminins ou masculins …

Votre avis

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.