Madrid : onze ans après les attentats du « 11-M »

11-M Memorial 2008 Atocha Station. Madrid, Spain.

Explosion de dix bombes, dans quatre trains de banlieue. En date du 11 mars 2004, cet événement est depuis lors marqué sur le calendrier. Aujourd’hui, aucune société occidentale n’est exemptée des menaces terroristes. Force est de se demander si le terrorisme actuel est toujours le même et si nous avons des outils pour le combattre. Ou si par contre, ceux-ci peuvent se retourner contre nous.

Onze ans après le 11-M, c’est un défi en plein essor. Jamais, le djihadisme n’a été autant répandu ni manifeste que maintenant. Auparavant, il n’a pas été non plus un phénomène aussi polymorphe et compétitif. Et encore moins, il n’avait pas été si connu dans le monde entier.

Ces groupes terroristes sont à la mode et même si ce n’est pas pour faire des amis en tant que tels…, ils utilisent Facebook, YouTube, Twitter ou Instagram. Le but étant de recruter de façon quasi virale des sympathisants et candidats au djihad parmi la jeunesse mondiale. Les réseaux sociaux deviennent ainsi des armes de stratégie médiatique visant à diffuser leurs campagnes de propagande.

Les grands inconnus

Lors des attentas de Madrid, les citoyens ont cherché des réponses dans l’imaginaire collectif. La difficulté à trouver des explications à ce massacre à partir d’éléments inconnus a poussé les citoyens à chercher les réponses dans leur histoire. Dans un premier temps l’ETA (« Pays basque et liberté », en basque) et, plus tard, l’Irak. Les deux étaient erronées.

Manifestation après l'11-M— elegantmob © Flickr

Manifestation après l’11-M— elegantmob © Flickr

Ils n’ont pas eu la résilience qu’il aurait fallu pour faire face à ces attentats à grande échelle. En effet, ils ne disposaient pas des capacités humaines suffisantes pour assumer cette situation, et la surmonter. Personne ne semblait être au courant à ce moment là, en Espagne, de l’existence tels groupes terroristes depuis déjà un certain temps.

Neuf ans avant l’11-M, en 1995, la France avait été le théâtre du premier attentat djihadiste en Europe occidentale. La France est l’une des ennemies principales d’Al-Qaida dans le Magreb Islamique depuis l’existence de ce groupe terroriste en 2007. Elle a subi les attentats de Toulouse et Montauban en 2012 et ces derniers à Paris en janvier 2015. Puis, la France est le point d’origine d’une troisième partie des plus de 3.000 européens qui sont partis en Syrie ou en Irak pour s’incorporer aux organisations djihadistes, et qui forment 80% des personnes recrutées pour l’État Islamique (EI).

Depuis le début des « printemps arabes » en 2011, le djihad devient encore plus important en 2014. Dès la création d’Al-Qaida par Oussama Ben Laden, les mouvements djihadistes n’avaient pas contrôlé autant de territoires ni enrôlé autant de combattants. Grâce à Internet, associer cette progression à la montée en puissance de l’EI devient encore plus remarquable.

Bien que la « djihad » ait une trajectoire dans le temps qui commence bien avant les attentats, l’utilisation du mot et de ses adjectifs n’est parvenue aux médias qu’après le 11-M. Cependant, actuellement ils postent sans scrupule de plus en plus de crimes de guerre, ce qui fait que le monde soit au courant de leurs actions terroristes grâce à Internet. Ils ne sont plus des inconnus.

L'État islamique montre une exécution des supposés espions  — Remolacha.net © Flickr

L’État islamique montre une exécution des supposés espions — Remolacha.net © Flickr

La fin des fins

Plusieurs fins ont récemment été évoquées. La fin des mesures de redistribution, la fin de l’austérité, la fin des différences sociales. Depuis longtemps, un célèbre politologue américain, Francis Fukuyama, a parlé de la fin de la théologie historique. Sans aucune alternative possible, dit-il:

La victoire de la démocratie occidentale après la Guerre Froide constituerait la fin de l’évolution idéologique du monde.

Mais le 11 mars 2004, comme le 11 septembre 2001 ou le 7, 8 et 9 janvier de 2015, la fin même s’est finie. La réalité est en cours. La théorie de « la fin de l’histoire » a été supplantée par la crise financière, l’obsession occidentale pour le modèle chinois et le nouveau autoritarisme russe ou par la croissance des populismes. Même par l’essor du djihadisme politique. Les attentats de la dernière décennie font un point d’inflexion.

Le récent anniversaire des attentats à Madrid ne peut être contemplé de manière isolée. Après tout, nous sommes à présent aptes à cataloguer les risques du terrorisme, et ses conséquences dévastatrices. Cette difficulté initiale à trouver des explications dans l’inconnu n’existe plus. Néanmoins, comprendre que les conflits persistent et qu’ils sont en train de changer le visage de la guerre ne semble pas être tout aussi clair.

Pour arriver à une véritable fin des fins, il faut repenser l’information qu’on dispose sur le réseau, soit des actes terroristes, soit des informations internationales qui peuvent être liées. En gros, nous informer pour renforcer la capacité d’alerte et de résistance aux catastrophes.

Pour que la fin du terrorisme soit aussi achevée.

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Diplômée en journalisme et captivée par tout ce qui se passe à échelle internationale. Je suis d'ici et là. De tous côtés, mais de nulle part.

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