Menacée de mort pour avoir traduit « La Vie d’Adèle » en persan

Au pays des Ayatollahs, toute œuvre faisant référence à l’amour entre deux personnes de même sexe est censurée par les autorités. Sepideh Jodeyri en a fait les frais. De son lieu de résidence, à Prague, la poétesse cherchait à acheter le DVD de « La Vie d’Adèle », le film d’Abdellatif Kechiche, Palme d’Or en 2013. Elle est finalement tombée par hasard sur la BD « Le bleu est une couleur chaude » (Glénat, 2010) de Julie Maroh. La féministe, qui a traduit de nombreux auteurs en persan et notamment Edgar Allan Poe, a alors pris l’initiative de rendre cette BD accessible au peuple iranien. Ce texte, c’est l’histoire banale et Ô combien romantique d’un amour entre deux femmes, Clémentine et Emma. Un sujet plus que tabou dans son pays d’origine car en Iran, depuis 1979, la république islamique réprime tout « égarement sexuel ».

Couverture de la BD « Le bleu est une couleur chaude » de Julie Maroh, traduit en persan.  (Photo : Capture d'écran)

Couverture de la BD « Le bleu est une couleur chaude » de Julie Maroh, traduit en persan.
(Photo : Capture d’écran)

Accusée de faire la promotion de

l’homosexualité

Voilà comment un film maintes fois salué par la profession et le public français est devenu, là-bas, une propagande homosexuelle à bannir de la culture iranienne. Heureusement, internet n’a pas de frontières. La version numérique est donc disponible en ligne. Mais pour sa traductrice, c’est une autre histoire qui commence… Sepideh Jodeyri est désormais menacée de mort : « Aujourd’hui ma plume est interdite, mon nom est banni », a-t-elle confiée lors d’une interview accordée au site français, Madmoizelle. Son éditeur Nakooja, basé à Paris, a quant à lui perdu sa licence. Il est désormais interdit de publication en Iran. Mais surtout, sa vie est elle aussi en danger.

la vie d'adèle

« La Vie d’Adèle » d’Abdellatif Kechiche, Palme d’Or 2013, raconte l’histoire d’amour entre deux femmes

La polémique autour de Sepideh Jodeyri a démarré lorsque l’auteure a voulu faire la promotion de son recueil de poèmes dans un musée d’État, en Iran. Les médias conservateurs se sont emparés de l’affaire, l’accusant de faire la promotion de l’homosexualité grâce aux financements du gouvernement. Comme le rapporte The Guardian, le lynchage est parti du site Raja News avant de s’étendre à d’autres sphères médiatiques. Les propos tenus à son égard furent sans demi-mesure : « Sepideh soutient l’homosexualité ! Comment pouvons-nous laisser une telle personne publier en Iran ?  », a pu écrire le site Aviny Film.

Le site Rajanews avait publié les premiers articles insultant sur la traductrice. Désormais, on tombe sur la page « 404 not fund ». (dessin de Julie Maroh : http://www.juliemaroh.com/2015/02/25/raja-news-error-404/

Le site Rajanews avait publié les premiers articles insultant sur la traductrice. Désormais, on tombe sur la page « 404 not found ». (dessin de Julie Maroh : http://www.juliemaroh.com/2015/02/25/raja-news-error-404)

Ici la mobilisation, là-bas la peine de mort

De l’autre côté du globe, l’indignation n’a pas tardé à se faire entendre. L’auteure de la BD, Julie Maroh, s’est saisie de l’histoire pour alerter l’opinion: « Il m’est insupportable qu’on laisse passer de tels événements sous silence. C’est une atteinte de plus à notre liberté d’écrire, de lire, de communiquer, et par-dessus tout d’aimer », a-t-elle écrit sur son site. Et on peut dire que cette mobilisation en Europe a eu son petit effet. Les menaces à l’encontre de son éditeur sont devenues silencieuses. Surtout, les articles répugnants concernant Sepideh Jodeyri sont désormais introuvables, ce que souligne ironiquement l’auteure de la BD sur sa page web: « Maintenant si vous cherchez à y accéder en ligne, vous tomberez sur la bien connue page d’erreur 404, Not found ! Comme c’est étrange. » La plume de la poétesse reste, malgré tout, bannie d’Iran : « Je vais continuer mon militantisme féministe, mais en tant que poète, je ne sais pas ce que je peux faire maintenant », a-t-elle déclaré au site de madmoiZelle.

pendaison-publique

Iran, Mashhad, le 18 juillet 2005 : Mahmud Asgari, 16 ans (D) et Ayaz Marhoni, 18ans, accusés et condamnés pour avoir eu un rapport avec un garçon de 13 ans. (AFP PHOTO/ISNA/STR)

Mais pour de nombreux hommes et femmes en Iran, les menaces et autres intimidations continuent. En 2013, le secrétaire du haut conseil pour les Droits de l’Homme de l’Iran avait déclaré : « Nous considérons que l’homosexualité est une maladie qui doit être guérie ». Cette affaire met clairement en lumière les conditions dans lesquelles vivent les personnes LGBT en Iran, un pays où la communauté homosexuelle doit vivre cachée sous peine de recevoir au mieux cent coups de fouet, au pire, d’être exécutée.

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Apprentie journaliste à l'Institut Français de Presse à Paris. Sorbonnarde diplômée de Lettres passée par Sussex Uni. J’aiguise ma plume pour tenter de vous ouvrir les mirettes.

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