Mission Rosetta : premières retombées

Il y a quelques jours à peine, la Terre recevait les premières informations de la mission Rosetta lancée dans l’espace voilà dix ans. Sans véritablement parler de retour sur investissement, car les programmes spatiaux ne se pensent pas de cette manière, les données recueillies permettent déjà d’espérer. Elles ouvrent de belles perspectives pour cette mission, dont l’arrivée ne constitue en réalité que le début d’une longue liste d’objectifs assez ambitieux.

© europeanspaceagency - Flickr

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Les péripéties de la mission Rosetta revêtent un aspect assez ambivalent, à commencer par sa réception auprès du public. D’un côté on en a beaucoup parlé, et une réelle mobilisation au moment de l’atterrissage s’est fait sentir. Beaucoup de gens étaient restés accrochés aux réseaux sociaux pour le suivre minute par minute. D’un autre côté, on ne semble pas prendre conscience du véritable cap passé par cette mission dans l’exploration spatiale.

Se poser sur un corps solide autre que la Terre, ça a déjà été fait et d’ailleurs bien plus loin que Tchouri. L’instrument Huygens est ainsi sur le sol de Titan depuis 2005, une lune de Saturne. Mais le défi de la comète est tout autre, l’objet visé étant beaucoup moins prévisible dans ses rotations. Ca s’apparente à vouloir poser une mouche télécommandée sur une balle de tennis frappée au service par Raonic (comparaison pas à l’échelle).

© DLR_de - Flickr

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L’aspect d’une comète, rocheuse et grise, est bien moins sexy qu’un monde comme Mars ou Venus qui ont pu faire office de foyer potentiel. Or, si aller à la rencontre d’autres astres c‘est comprendre l’environnement, aller à la rencontre d’objets comme les comètes ou les astéroïdes c’est se comprendre soi-même. Se pencher sur une comète revient à dégager de sa glaise un fossile multi-millénaire, c’est de l’archéologie du ciel. Les éléments présents dans sa composition sont restés inchangés depuis le début de leurs pérégrinations, lors de la formation des planètes dont les comètes ont été expulsées. Ou pas, car les comètes ont une histoire qui ne les ramène pas forcément à la naissance du système solaire. Elles n’en témoignent pas moins directement de son passé.

En plus de l’eau la présence de matière organique a été constatée sur Tchouri, élément nécessaire –même si pas suffisant- à l’émergence de formes de vie

L’autre ambivalence de Rosetta, c’est cette superposition d’intérêt majeur et de déception constatée. La mission Rosetta n’est pas ratée à proprement parler, mais jusqu’à aujourd’hui elle a incontestablement connu des ratés. Ils sont principalement liés à Philaé.
Cette mission est composée de l’orbiteur Rosetta, chargé de rester à distance et qui a fourni d’excellents clichés photo. Elle a également lâché sur la surface de la comète un atterrisseur appelé Philaé, dont l’objectif était de renseigner sur la composition précise de Tchouri. Cet arrimage était la partie la plus délicate, et dès le premier contact a connu un problème.
Philaé a en effet rebondi sur le sol au lieu de s’y accrocher, ce qui fait que les équipes en charge sont actuellement incapables de le localiser à la surface. L’intérêt principal de cette proximité consistait en une analyse en profondeur de Tchouri. Ici un deuxième problème : Philaé a bien foré le sol, mais dans le vide à un endroit où il n’y avait rien à recueillir.

© DLR_de - Flickr

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Malgré ces approximations, déjà bien des informations nous sont toutefois parvenues. Le forage à vide illustre cette caractéristique de la comète qu’est sa porosité atteignant des taux impressionnants de 70% à 80%. Tchouri est une sorte d’éponge séchée. Son relief escarpé est probablement le produit de cette porosité qui provoque régulièrement des effondrements à la surface, limités par la gravité faible. Quant à sa forme étrange, elle suppose la collision de deux corps, et prédispose Tchouri au destin commun à beaucoup de comètes : se briser en deux. C’est donc avec une carcasse fragilisée qu’elle encaisse la glaciation et les combustions tout au long de ces milliers de kilomètres parcourus dans le système solaire, sorte de cyclique de l’instabilité, une certitude du chaos.
Autre information qui concerne particulièrement la Terre, la composition de l’eau sur Tchouri n’est pas similaire à celle de la planète bleue. Principale piste pour expliquer la présence d’eau non évaporée à un moment du passé de la Terre, les comètes ne seraient en fait pas cet élément exogène recherché. Les astéroïdes fournissent des candidats plus crédibles. Il faut néanmoins noter qu’en plus de l’eau, la présence de matière organique a été constatée sur Tchouri, élément nécessaire –même si pas suffisant- à l’émergence de formes de vie. Si la vie terrestre ne dépend pas d’une comète, d’autres astres peuvent avoir reçu de tels ingrédients par elle…

Fidèle à son nom, cette mission peut donc se révéler cette pierre de Rosette aidant à décrypter bien des choses dans un futur proche. Des réponses qui, comme le veut la démarche scientifique, ne devraient certes servir qu’à poser davantage de questions encore.

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Simple rédacteur web indépendant, s'intéresse à peu près à tout, du moment qu'on peut écrire dessus.

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