Modernité et Architecture: La XIVe Biennale d’Architecture de Venise

La XIVe Biennale d’Architecture de Venise, qui se déroule jusqu’au mois de novembre 2014, invite cette année les pays participants à confronter leur identité architecturale à la notion de modernité en réponse au thème  « Absorbing Modernity 1914-2014 » donné par l’architecte Rem Khoolhaas (Prix Pritzker 2000).

« Sombre, pessimiste, nous ressortons du pavillon français le front perlé d’angoisse », c’est ce que vous diront les plus perplexes. Le cheminement du parcours s’inscrit clairement dans une lecture critique « Made in France » dont les quatre galeries offrent des axes d’analyses à la fois mélancoliques et décomplexés. Le commissaire du projet, l’architecte-historien Jean-Louis Cohen, annonçait pourtant déjà la couleur au mois d’avril en choisissant d’intituler son installation « Modernité, promesse ou menace ? ». Le pavillon français obtient une mention spéciale du jury 2014 présidé par Francesco Bandarin.

La mise en scène du contenu s’organise autour de quatre expositions enveloppées simultanément par un collage cinématographique de Teri Wehn Damisch.

Pavillon intérieur

Pavillon intérieur

Les quatre projets interrogent et répondent sous différents angles à la problématique. Dans la première salle sous le thème « Objet de Désir ou machine du ridicule ? », la maquette de la Maison Arpel personnage principal dans le film Mon Oncle réalisé par Jacques Tati au début des années 60 devient la nouvelle promesse moderne de l’habitat individuel loin du schéma traditionnel proposant une liberté de circulation et de communication entre les différents espaces de vie. La prouesse technologique devient rapidement menaçante en prenant le pouvoir sur ses habitants.

Salle Jacques Tati

Salle Jacques Tati

Maquette Villa Arpel

Maquette Villa Arpel

La modernité conçue par Jean Prouvé dans les années 50-60 et l’échec commercial des murs rideaux préfabriqués en acier sont présentés en seconde partie sous le thème «  l’imagination constructive ou Utopie ».  J.L Cohen s’appuie sur la pensée du maître. Celui-ci écrivait qu’

« Être moderne, c’est surtout ne jamais prononcer ce mot, qui est extrêmement dangereux, parce qu’il pose un problème au moment où on le prononce. Il faut construire avec l’esprit de son époque. Admirer le passé, bien sûr parce que c’est la connaissance, mais tâcher de découvrir ce que une époque peut procurer. Choisir l’acier, et découvrir ce que l’on peut faire de l’acier. En faire autant du béton, des matières plastiques, et d’autres choses qui vont nous procurer des possibilités nouvelles de construire. Et de tirer dans le temps présent le meilleur parti de ces matériaux avec les moyens les plus avancés de façonnage. Ça, c’est le modernisme tout simple, c’est de construire avec l’esprit de son temps. »

Sous la poésie constructive de l’architecte-designer, pour vivre avec son temps il faut admirer son histoire. Néanmoins, qu’on le veuille ou non le passé architectural a souvent déçu, le commissaire du pavillon français rappelle humblement cette vérité, loin du pessimisme linéaire mais ancré dans une constatation bien réelle, c’est que l’on perçoit en visitant les des deux autres salles d’exposition. L’une présente la modernité développée en période d’après guerre donnant naissance à l’esthétique de l’habitat social français que peu de pays encore aujourd’hui nous envient : «  La préfabrication lourde : économies d’échelle ou monotonie ?  » enfin la dernière galerie analyse une forme urbaine de la modernité conçue «  contre les villes » puis vécue tragiquement à Drancy : « Le grand ensemble d’habitation : hétérotopie salvatrice ou lieu de réclusion ? ».

Mur rideau Jean Prouvé

Mur rideau Jean Prouvé

Jean Prouvé

Jean Prouvé

Maquette habitat social français années 50

Maquette habitat social français années 50

La société a toujours questionné. Les concepteurs imaginent puis promettent le développement d’un mode de vie meilleur en réponse à des attentes sociales de plus en plus empressées. Ainsi, la modernisation architecturale implique inévitablement un processus d’évolution composé de petites et grandes expérimentations. Ces dernières donnent souvent lieu à des tentatives de productions sur le plan urbain, social, culturel et technologique, parfois gravement chaotiques.

La lecture de la modernité proposée par le pavillon français serait pour certains scolaire ou paranoïaque mais bien au contraire…! En tant qu’historien, Monsieur Cohen se positionne comme un père bienveillant, soucieux de transmettre une vérité construite en matière de modernité architecturale. Par le biais de cette connaissance minutieuse l’architecte ou l’apprenti a en mains les outils nécessaires pour concevoir et construire le monde moderne de demain en prenant soin d’imaginer, d’après les propos de Jean-Louis Cohen:

des architectures pertinentes, en relation aux innovations des technologies autant qu’aux représentations du monde que nous donnent les sciences humaines. Je ne veux pas leur livrer de message nostalgique mais plutôt dire qu’il faut apprendre à regarder le monde contemporain, à « ouvrir des yeux qui ne voient pas », selon l’expression de Le Corbusier.

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