La culture française se porte bien chez les autres

À l’approche de Noël, chacun cherche à se convaincre qu’il sera plus raisonnable que l’année précédente, tout en sachant au fond de lui qu’il sera incapable de dire non à la dernière tournée de foie gras ou de fromage. Est-ce vraiment si grave ? La French Touch, comme disent les Anglais, c’est aussi l’art de ne pas se laisser faire quand une dinde de Noël, un plateau de fromage ou une bouteille de vin viennent vous provoquer. Bientôt nous devrons nous excuser d’être français. Alors qu’on nous répète tous les matins que nous devons évoluer et changer nos habitudes, je remarque que c’est plutôt la défense d’une certaine tradition, d’une langue et d’un art de vivre à la française qui font notre succès partout dans le monde.

L’art de vivre à la française a la cote en Asie

L’art de vivre à la française est avant tout une tradition qui se transmet depuis la Renaissance dans un savoir-faire qui mêle culture, gastronomie, arts de la table et qualité des produits. La haine de soi se porte si bien en France qu’on ne se rend pas toujours compte à quel point cet art de vivre fascine la planète ; il est d’ailleurs souvent la clé du succès à l’étranger. A 32 ans, Julien Draeger a ouvert une crêperie à Shanghai qui porte le nom O Delices ! Thomas Chabrière, originaire d’Aix en Provence, a quant à lui ouvert en Chine un bar à vin dans la ville de Lijiang, laquelle est classée au patrimoine mondial de l’Unesco.

night on the town

© Flickr

Nos amis chinois sont d’ailleurs sur le point d’ouvrir, à côté de Shanghai, un parc commercial culturel franco-chinois baptisé « L’art de vivre, parc français ». L’objectif est de valoriser la culture française, les produits du terroir hexagonal, le vin, la restauration française afin de former un goût français en Chine. Les Chinois deviendront-ils, dans quelques années, les meilleurs ambassadeurs de la gastronomie française ?

À l’heure actuelle, le repas traditionnel pris en commun est de plus en plus menacé par le développement des repas individuels. L’Unesco a d’ailleurs tenu à inscrire en 2010 le repas gastronomique à la française au patrimoine culturel de l’humanité pour valoriser sur toute la planète ce moment convivial partagé. Le repas en commun ne s’est généralisé en Europe qu’à partir du XIXe siècle ; il s’agissait de promouvoir le mythe égalitaire de la Révolution en adoptant le service à la russe où les mangeurs partageaient tous le même menu. Aujourd’hui, la mode est passée au self service à l’américaine, qui permet à chacun de composer son propre repas. Il ne s’agit pourtant que d’un retour aux vieilles pratiques du XVIIIe siècle quand les mangeurs se trouvaient tous devant différents plats présentés ensemble.

4412570241_79e7bc0649_z

© Flickr

La langue française ringarde à l’heure de la mondialisation ?

La culture française ne rayonne pas seulement dans le monde par sa gastronomie mais aussi par sa langue. Bien sûr, certains nous expliqueront qu’il est passéiste, à l’heure de la mondialisation, de continuer à défendre le français. Le linguiste Claude Hagège s’attaque à cette vision et à tous ceux qui renient leur propre langue pour mieux se rallier à la domination de l’anglais. De son point de vue, une langue n’est pas un simple moyen de communication mais une culture qui véhicule une certaine vision du monde. Le succès de l’anglais, souligne-t-il, s’appuie sur la bêtise de beaucoup de Français qui se croient modernes en multipliant les anglicismes, alors qu’ils ne font que s’américaniser. Cette manie qui consiste à qualifier de ringard tout ce qui est français et traditionnel revient à dévaloriser sa propre culture.

© Flickr

© Flickr

Mais cette attitude est surtout une insulte faite à tous les pays qui cherchent, au sein de l’Organisation internationale de la francophonie, à promouvoir l’usage de la langue française. Aujourd’hui, 274 millions de personnes parlent le français dans le monde ; plus de 80 pays parmi lesquels le Canada, l’Égypte, la Tunisie, le Vietnam, le Cameroun, le Sénégal ou la Côte d’Ivoire défendent l’apprentissage du français, afin de lire les écrivains français. La France a désormais beaucoup à apprendre de ses anciennes colonies en ce qui concerne la promotion de la francophonie.

Le succès de la langue française dans le monde tient également au fait qu’elle a été et continue d’être choisie par des auteurs qui y ont trouvé le meilleur moyen d’exprimer leur pensée, même si ce n’était pas leur langue maternelle. C’est le cas de Tahar Ben Jelloun (Maroc), d’Émil Cioran (Roumanie), d’Alain Mabankou (Congo) ou de François Cheng (Chine). Le pavillon français est aussi celui qui a été le plus visité, lors de l’exposition universelle de Shanghai de 2010. Les Chinois ont visiblement la même admiration pour le vin que pour la langue française.

  • share on facebook
  • share on twitter
  • share on google+

Diplômé d'un master d’histoire et sciences humaines, j'ai enseigné l'histoire-géographie en collège. Je m'intéresse actuellement à l'évolution des sociétés, aux questions géopolitiques et aux enjeux liés à la mondialisation

    Votre avis

    Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.