Mur de séparation entre l’Inde et le Bangladesh

Tout commence lors de la partition de l’Inde en 1947. Un nouvel Etat fait son apparition, le Pakistan, formé d’une partie occidentale, l’actuel Pakistan, et d’une partie orientale, le futur Bangladesh. Entre ces deux entités, les tensions sont importantes, le Pakistan oriental ne se sentant pas suffisamment intégré au pouvoir central. De vives critiques apparaissent aussi sur la répartition du budget. En 1970, des élections générales furent organisées pour la première dans l’histoire du Pakistan. La ligue Awami remporta la majorité des sièges pour le Pakistan oriental, mais Yahya Khan, alors Président de l’ensemble du pays, refusa de reconnaître leur victoire. La Ligue défendait l’indépendance du Pakistan oriental, ce qui n’était bien sûr pas du goût des autorités centrales. Au fil des mois, la colère du peuple s’amplifie et les revendications d’indépendance se font plus fortes, obligeant la junte militaire pakistanaise à intervenir. Si au départ le conflit n’oppose que les rebelles bengalis et les forces pakistanaises, l’Inde après moult hésitations viendra se ranger du côté du mouvement d’indépendance. Sa participation à la guerre de libération du Bangladesh marque le début de la troisième guerre indo-pakistanaise, qui s’achèvera le 16 décembre 1971 mais aura le temps de faire de nombreuses victimes.

© Wikipedia-Bangladesh Liberation War Lettre de capitulation du commandant des forces armées pakistanaises Lt. Gen. A.A.K Niazii signée le 16 décembre1971

© Wikipedia/ Bangladesh Liberation War. Lettre de capitulation du commandant des forces armées pakistanaises Lt. Gen. A.A.K Niazii signée le 16 décembre 1971

Les migrations transfrontalières comme dynamiques régionales

Les migrations de part et d’autre de la frontière entre l’Inde et le Pakistan oriental étaient monnaie courante, à la fois pour des motifs religieux, les musulmans rejoignant le Pakistan oriental et les hindous l’Inde, mais aussi familiales, la partition ayant séparé de nombreuses familles. La création du Bangladesh n’a rien changé à la situation : les mouvements transfrontaliers sont restés ininterrompus. L’Inde profitant d’un meilleur contexte économique, de nombreux Bangladais se rendent en Inde pour travailler sans pour autant y élire domicile de façon permanente. L’Inde de son côté, ne s’y oppose pas, ayant besoin de main d’œuvre.

Émergence de mouvements anti-immigration sur le territoire indien

Au cours des années 80, la situation change. L’immigration entre l’Inde et le Bangladesh est de plus en plus contestée, notamment dans l’Etat d’Assam, limitrophe au Bangladesh. S’ensuit le « massacre de Nellie[1] » le 18 février 1983, qui entraînera la mort de plus de plus de 2000 villageois, accusés d’être des immigrants illégaux venus du Bangladesh.  En 1986 est alors décidé le renforcement de la frontière entre l’État d’Assam et le Bangladesh, afin de calmer les tensions. La construction du Mur commence en 1992, mais voilà qu’en 1998, la coalition au pouvoir, conduite par le BJP, prend la décision de prolonger le mur tout le long de la frontière avec le Bangladesh. Aujourd’hui, il s’étend sur 3200 kilomètres. Si les mouvements migratoires sont plus difficiles, ils n’en restent pas moins toujours présents, mais plus dangereux que jamais.

 © Google images / Gaël Turine

© Gaël Turine/Agence Vu

Une frontière à la source de trafics en tous genres

Corruption, viols, violences diverses, le tout sur fonde de contrebande : voilà ce qui caractérise la région transfrontalière entre l’Inde et le Bangladesh aujourd’hui. Le commerce illégal participe grandement à l’économie des villages situés de part et d’autre de la frontière, mais tend cependant à diminuer, plus aussi rentable que par le passé et présentant plus de risques. La misère des uns fait comme d’habitude le bonheur des autres : des réseaux de passeurs de part et d’autre de la frontière sont au cœur d’un vaste trafic d’êtres humains. Ils approvisionnent des employeurs indiens à la recherche de main d’œuvre pas chère, mais aussi des réseaux de prostitution. Enfin, certaines femmes sont aussi mariées de force à des hommes du nord de l’Inde, région qui manque cruellement de femmes.

© Google images / Gaël Turine

©  Gaël Turine/Agence Vu

Le « mur et la peur » : exposition-photo par Gaël Turine

Gaël Turine, photographe belge, a réalisé un reportage de deux ans sur ce Mur et les secrets qui l’entourent. Le Prix du meilleur reportage lui a d’ailleurs été décerné en 2013 par l’Agence française du développement. Ses photos sont exposées jusqu’au 28 février à la galerie Fait&Cause à Paris. Un livre « Le mur et la peur » a aussi été publié chez Actes Sud.


Sources :

Photo couverture: Gaël Turine/Agence Vu

V. Fernando, « le mur de séparation entre l’Inde et le Bangladesh : une réponse pertinente à l’immigration bangladaise ? », 05/2011, http://base.d-p-h.info/fr/fiches/dph/fiche-dph-8812.html

M. Valla, « Inde – Bangladesh : images d’un mur oublié », France 24, 21/11/2014, http://www.france24.com/fr/20140909-visa-perpignan-gael-turine-mur-frontiere-inde-bangladesh/7

[1] Village du district de Nagaon, situé dans le nord-est du Bangladesh

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Auteure passionnée et touche-à-tout, je prends plaisir à user de mon merveilleux clavier d'ordinateur pour rédiger des articles divers et variés. Et comble du comble, mon clavier a l'air d'aimer ça.

3 Commentaires

  • Répondre mars 3, 2015

    nivaigne

    bon article que je transmets à mes amis

  • Répondre octobre 7, 2015

    Gael Turine

    Bonjour,

    Pourriez-vous crediter mes photos Gael Turine / Agence Vu ?! Google n’a rien à voir là-dedans et tant mieux…!

    Gael Turine

    • Répondre octobre 7, 2015

      Marie-Caroline Nivaigne

      Bonjour,

      C’est fait. Une nouvelle fois bravo pour votre travail.

      Bonne semaine,

      Marie-Caroline

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