Nigéria, première économie africaine: Un exemple?

Dimanche 6 Avril, le Nigéria est devenu la première économie africaine, devançant l’Afrique du Sud, avec un PIB de 510 milliards de dollars en 2013 selon le Bureau national des statistiques. Adoptant une nouvelle formule de calcul pour la première fois depuis 1990, ces chiffres permettent d’analyser de nouveaux secteurs de l’économie Nigérianne comme l’industrie locale du cinéma, Nollywood, une émergence convaincante pour les investisseurs étrangers. Néanmoins, celui qui est désigné comme le « Tigre Africain », en référence aux économies fructueuses de l’Asie du Sud-Est, se distingue aussi par ses inégalités de développement et d’autres facteurs d’instabilité notoires. Si le Nigéria s’impose comme une puissance économique, les retards de développement persistent.

En 2012, 61% des nigérians – environ 100 millions de personnes – vivait avec moins d’un dollar par jour.

Une croissance portée par l’or noir

Depuis les années 1970, les réserves de pétroles nigériannes se sont progressivement imposées comme le pilier de l’économie du pays (95% du revenu de ses exportations). L’impact de la crise de 2008 a montré à quel point le Nigéria était dépendant de cette exportation principale qui engendre des fluctuations décisives sur son taux de croissance.

Aujourd’hui, le pays membre de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP) est le 8e plus grand producteur mondial de pétrole. Bien que les bénéfices financiers de ce secteur à forte intensité de capital entretiennent une croissance dynamique, ils maintiennent également une pauvreté qui touche la grande majorité de la population. En 2012, 61% des nigérians – environ 100 millions de personnes – vivait avec moins d’un dollar par jour (Source : BBC).

Taux de chômage au Nigéria (% de la population active)

unemployment(Source: Bureau National des Statistiques, Nigéria – 2013)

De plus, depuis 2008 la dette totale du Nigéria a augmenté de 66,08% pour atteindre 10,43 milliards de dollars en 2013 (Source : AFDB). Enfin, l’insertion de nouveaux secteurs de l’économie dans les méthodes de calculs ne se reflète pas dans la réalité, où l’agriculture qui représente 70% de la population active, souffre d’un manque de financement malgré des défis environnementaux et une pauvreté endémiques.

En 2011, la Fondation Mo Ibrahim qui évalue la gouvernance des états africains, a placé le Nigéria à la 43e place pour un total de 53 pays.

Corruption et démocratie de façade

Outre les problèmes de développement, la dépendance pétrolière nourrit une corruption importante. Comme le précise l’hebdomadaire Jeune Afrique, de nombreuses multinationales sont impliquées dans des affaires de corruption comme Halliburton & Kellogg Brown, Technip et Saipem. En 2011, la Fondation Mo Ibrahim qui évalue la gouvernance des états africains, a placé le Nigéria à la 43e place pour un total de 53 pays. À l’inverse d’une redistribution des revenus favorable au développement, la place du pétrole dans l’économie a favorisé le maintien d’une élite au pouvoir, au détriment de l’évolution d’une classe moyenne qui inciterait à  acquérir des progrès démocratiques et des réformes développementales nécessaires. Cette élite dirigeante à la recherche constante d’une maximisation de la rente pétrolière contribue alors à élargir la trappe à pauvreté tout en entachant les idéaux démocratiques.

 

Le delta du Niger : le talon d’Achille du Nigéria

Depuis le début des années 1990, le delta du Niger est déchiré par une crise opposant des insurrections de groupes armés au gouvernement nigérian. Attaques, prises d’otages, destructions d’infrastructures, tels sont les rapports de force qui caractérisent l’environnement politique dans cette région du Sud du pays.

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Des insurgés brandissent leurs armes sur la rivière de l’Escravos 

Ces affrontements ont forcé le gouvernement à consacrer 13.6% du budget de l’État au renforcement de la sécurité et au réparation nécessaires (Source : AFDB). Dans la première économie d’Afrique, le rôle du pétrole est celui d’une source d’énergie indispensable mais aussi celui d’un objet de lutte. Là où la culture démocratique demeure encore récente, des réformes sont requises afin d’apaiser les tensions sociales (consulter l’article sur l’homosexualité) et d’anticiper la menace de l’émergence de Boko Haram au Nord du pays, une organisation terroriste inspirée par les Talibans d’Afghanistan et menée par Abubakar Shekau.

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